Le Jeûne en question …

Publié le 10 Juillet 2014

Alors même que pointe l’aube quelque part du côté de l’Est là où, naturellement, le soleil doit apparaître, la Koutoubia de Marrakech se nimbe d’un léger voile de brume.

Dressée telle une garde vigilante aux portes de la médina frémissante d’une renaissance proche.

Plus loin, la Kasbah tout aussi chargée de rumeurs sourdes mais significatives de la vie retrouvée se réveille à son tour.

De chaque minaret s’élève, monocorde, la prière lancinante et riche de ces versets coraniques qui, par leur caractère spécifique, aident le fidèle à trouver Dieu au travers de mots clés - l’Ikhlas et Ihsan - quasiment intraduisibles sinon qu’ils expriment la forme de sincérité et d’excellence exigées par la foi.

En clair, le moment est venu de taire ses colères, ses pulsions ses tendances à l’assoupissement. De faire aujourd’hui mieux qu’hier pour être encore meilleur demain.

Autrement dit, dans le texte, accomplir l’obligation religieuse comme si elle était à la source naturelle de soi-même.

Et cela, en filigrane de l’obéissance à Dieu sur fond d’humilité et de fidélité dans la recherche de l’excellence.

Dans le cas du jeûne, il convient d’y ajouter la notion de solidarité et de partage. D’endurance aussi qu’exige le concept fondamental du jeûne.

Des notions de principe pas faciles à suivre, il faut le reconnaître.

Cependant, toute « obligation » étant une règle, comme telle elle doit être respectée. Toute la difficulté est là.

En revanche, d’aucuns occultent fréquemment le fait que le jeûne doit être aussi une invitation à la discrétion et à la retenue.

Trop d’exemples regrettables au quotidien nous démontrent l’inverse : comportements exacerbés, quand ce n’est pas le prétexte à la violence; perte de notion de la réalité avec en prime la nonchalance ; le gaspillage. Etc.

Question d’égalité liée au statut social ?

C’est oublier que l’égalité supposée des individus dans la vie courante, évolue avec la piété laquelle détermine, en fin de compte et au seul regard de soi-même, le rapport aux autres sans rien devoir au statut social.

Une leçon, entre autres et pas toujours respectée, du ramadan et de la pratique du jeûne qui en découle. La raison aussi qui fait que tout le monde n’est pas, moralement, intellectuellement et physiologiquement, à niveau égal pour supporter le choc.

D’où certains dérapages exécutés au mépris de la plus élémentaire et théologique tolérance.

Est-il nécessaire de rappeler que le jeûne, ou mieux, dans le texte, « l’obligation de jeûne », en trempant les caractères vise aussi à développer le sentiment de compassion à l’égard de ceux qui souffrent, notamment de la faim, à promouvoir l’esprit de solidarité économique et sociale et enfin à combattre les discriminations et les privilèges indus.

Une profession de foi idéale.

Alors, pourquoi, dans la réalité quotidienne, y a t-il parfois si loin de la coupe aux lèvres et le cultuel inculqué prend-il si facilement l’avantage sur le culturel ?

Peut-être parce que la pratique religieuse n’est pas toujours en adéquation avec la rigueur scientifique sinon une modernité avec laquelle, en la circonstance, il n’est pas aisé de négocier.

La thérapie du jeûne, sous cet angle singulier, n’est pas une vue de l’esprit même si l’objectif est différent.

Ainsi, le jeûne, spécifions-le, « laïque », sérieusement appliqué dans le temps avec des prises d’eau obligatoires et mesurées, peut aussi constituer un élément fort de santé publique. Notamment, dans le traitement de certaines et graves affections.

C’est ce que nous apprend l’information - via les (parfois) précieux réseaux sociaux - qui précise que les russes sont pionniers. Ils ont en effet établi, en matière de jeûne, une relation directe de cause à effet dans un monde de surconsommation alimentaire parfois critique, porte ouverte sur certaines et graves maladies du siècle dont l’impitoyable cancer.

Nous livrons cette thèse à la réflexion éclairée de chacun.

Le temps de retourner en terre marocaine.

Aujourd’hui, la journée sera chaude, très chaude. « L’obligation » n’en sera que plus délicate à respecter.

Puis, quand le soleil parachèvera sa lente course vers l’Ouest, à ce moment précis où l’obscurité enveloppera doucement la ville dans son manteau de mystère, lorsque par miracle les rues se videront de toute présence humaine, que le temps suspendra son vol et que la rupture du jeûne sera consommée, alors je prendrai le Ciel à témoin d’une sérénité momentanément retrouvée et surtout apaisante.

Le rêve, quoi !

Bernard Vadon

Le Jeûne en question …
Le Jeûne en question …

Rédigé par Bernard Vadon

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