A PROPOS D’INCOMPETENCE : ET SI LE PROFESSEUR LAURENCE J. PETER AVAIT RAISON ?

Publié le 28 Août 2014

....un certain principe dit de Peter, du nom de son auteur.

....un certain principe dit de Peter, du nom de son auteur.

En pole position, François Hollande et autres rois et présidents en titre.

En ces temps de « branle » planétaire – comme l’écrivait en son temps Michel de Montaigne – on est tenté d’extirper du fin fond de sa bibliothèque un petit ouvrage sans prétention quant a son contenant mais singulièrement enrichissant par son contenu.

Lorsque j’étais encore jeune journaliste débutant dans ce grand journal d’information qu’était alors Nice Matin, un de mes chefs de service direct, confronté à mon désarroi quant à certaines incompréhensions d’ordre professionnel, me conseilla de me plonger dans une théorie qui, manifestement, avait sa faveur : un certain principe dit de Peter, du nom de son auteur.

Non sans empressement je me précipitais chez mon libraire habituel.

La découverte du fameux « principe de Peter » fut une révélation. En clair, il mettait en exergue la volonté de chaque employé ou, le cas échéant, d’une personne en charge de certaines responsabilités, de continuer à s’élever de son niveau de compétence jusqu’à son niveau … d’incompétence.

UNE PREUVE SURPRENANTE

Paradoxe me direz-vous ? Pourtant, j’eus guère de peine à trouver foule d’exemples autour de moi attestant du bien-fondé du principe en question.

C’est vrai qu’il n’est point besoin, de s’extasier devant un défilé militaire sur les Champs Elysées pour partager l’idée consensuelle que chaque soldat nourrit secrètement des ambitions à devenir officier.

Quoi de plus légitime, au fond, que d’espérer, au fil d’efforts engagés, accéder un jour au poste suprême ?

Si le pouvoir et l’action sont entre les mains des meilleurs tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Malheureusement, nous savons qu’il n’en est rien.

Et chaque matin apporte son lot de catastrophes et déraillements en tous genres.

C’est là que L.J. Peter entre en scène pour apporter la preuve surprenante que le personnage dit d’élite ne convient pas systématiquement à sa situation après qu’il se soit hissé à son niveau … d’incompétence !

Vous pouvez vous pincer tant qu’il vous plaira, vous ne rêvez pas.

Un principe établi non sans impertinence contre les « carriéristes ».

Ceux-là même que l’on pourrait comparer aux combattants de la fameuse armée Brancaleone de l’an Mille - composée de gueux plus soucieux de sauver leur peau que d’aller courageusement au combat- merveilleusement immortalisée par la caméra de Mario Monicelli avec un Vittorio Gassman à l’affiche.

Une armée Brancaleone qui, depuis a fait des petits et une entrée conjoncturelle dans le langage familier contemporain pour qualifier certaines entreprises humaines défaillantes.

BRANLOIRE PERENNE

Pour revenir à notre philosophe préféré, auteur des « Essais » dont je recommande à tout un chacun la lecture ou la relecture :

« Le monde n’est qu’un branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Egypte, et du branle public, et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. »

Aujourd’hui, nous n’entrerons pas dans les arcanes d’une existence – celle de Montaigne – qui ne fut pas un long fleuve tranquille se frayant, selon certains auteurs, une philosophie personnelle entre Héraclite et l’Ecclésiaste.

Nous aurons, en effet, maintes opportunités de revenir sur ce « sage » remarquablement pétri de modernité … je dirais rompu aux formules renversantes d’un réalisme sinon d’une prise conscience manifeste :

« Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul » !

L’auteur des « Essais » me rappelle, en d’autres termes mais approchants, le conseil que me dispensait mon père pour vaincre ma timidité lors d’échanges avec certaines personnes considérées comme « compétentes » donc, « pseudo naturellement » décisionnaires :

« Au plus fort de ton désarroi imagine toujours ton interlocuteur assis sur ses toilettes. »

L’INCOMPETENCE : UNE INSTITUTION SOCIALE

Avec L.J Peter on entre donc résolument dans le monde d’une incompétence érigée en institution sociale.

De Paris à Londres en passant par Washington ou Berlin, une promenade politique que l’on peut élargir à l’internationale pour ce qui concerne plusieurs centaines de postes gouvernementaux et quelques milliers de postes de responsabilité en tous genres, les exemples et surtout les résultats sont édifiants.

Ceux qui sont en charge de plus modestes responsabilités familiales, professionnelles ou associatives - qu’ils contribuent parfois aussi à faire sombrer -ne sont pas épargnés par le principe de Peter.

Et le professeur n’y va pas par quatre chemins pour étayer son argumentation finalement indiscutable.

Plus prés de nous, les naufrages politico économique confirment et ne rassurent pas. En cause, une hiérarchologie mal appliquée consistant à puiser dans la même pépinière intellectuelle sinon culturelle avant de repartir selon le même concept d’incompétence notoire.

Les fiascos en tous genres et parfois financièrement de taille en témoignent.

Enfin, dans le domaine spécifique de la technologie de haut niveau, le récent « loupé » du satellite Galileo ne serait-il pas , quelque part dans la chaîne de conception, la conséquence d’une forme d’incompétence ?

Je voudrais, en manière de conclusion, en référer encore à mon maître de circonstance et le citer opportunément :

« Notre façon ordinaire c’est d’aller après les inclinations de notre appétit, à gauche, à dextre, contre-mont, contre-bas, selon que le vent des occasions nous emporte. Nous ne pensons ce que nous voulons, et changeons comme cet animal qui prend la couleur du lieu où on le couche. Ce que nous avons à cette heure proposé, nous le changeons tantôt et tantôt encore nous retournons sur nos pas : ce n’est que branle et inconstance. »

Une façon d’illustrer la théorie sans appel de L.J Peter établissant un thermomètre social concrètement éloquent allant, sans concession et sans dévier de sa trajectoire ascensionnelle, de la super compétence à l’incompétence avec un pallier au stade de la compétence à ne pas dépasser !

Simple mais pas évident au plan de la réalité.

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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