Frédéric. CHOPIN : Des amitiés si particulières …

Publié le 29 Novembre 2014

 Frédéric. CHOPIN : Des amitiés si particulières …

« C’est en vain, je le sais, que je t’aime. Pourtant je voudrais que tu m’aimes toujours davantage.»

En manière de devinette, on pourrait s’interroger sur l’auteur (ou l’auteure) de ces quelques mots empreints d’une extrême passion.

Et surtout déterminer l’identité de ceux ou celles à qui ils s’adressent.

De la même façon, sur cette autre déclaration, au demeurant sans ambiguïté, quant aux sentiments amoureux de celui (ou celle) qui les écrits :

« Je raconte au piano ce qu’il m’arrive de te confier. Mon véritable amour est malheureusement impossible à déclarer ; je t’aime à la folie, j’aimerais te dorloter et l’être par toi. Reçois mes plus sincères étreintes, car je n’ai que toi. »

Eh oui, ces véritables et touchantes déclarations d’amour émanent bien de celui dont le répertoire figure aujourd’hui au Panthéon de la musique mondiale aux côtés des plus grands et étonnamment ne sont pas destinées à une personne du sexe opposé comme le chante à sa façon singulière Pierre Perret.

ANTIPATHIQUE MANTE RELIGIEUSE

Pour Frédéric Chopin – car c’est de lui dont il est question - ce n’est pas encore la période Georges Sand dont on comprendra vite que cette « antipathique mante religieuse » comme on la qualifiait, fumant le cigare et d’apparence masculine, n’était en aucun cas en mesure de séduire le délicat Chopin. Et pour cause !

En revanche, alors que Frédéric commence de s’installer au sommet de son art et en retire honneurs et avantages multiples, sa rencontre avec la cantatrice Constance Gladkowska aurait pu être un déclencheur sentimental justifié au vu de l’aura et de la beauté juvénile de la jeune artiste en pleine épanouissement de son art.

A ce titre, Constance est pour Chopin une source d’inspiration. Mais pour ce qui est du grand amour, c’est une autre histoire. Tout comme le fait d’avoir dédicacé bon nombre d’œuvres à des personnalités féminines.

En filigrane, Chopin porte ailleurs ses désirs secrets.

Son étude N°12 en Ut mineur tout comme l’Impromptu Opus 29 témoignent certes et admirablement de l’inspiration provoquée par Constance tout en réservant la meilleure part de ces bijoux musicaux pour quelqu’un d’autre:

« Je confie à mon piano ce que je voudrais confier à toi seul. Je t’aime. »

En filigrane de cette confidence, ce n’est pas de Constance dont il s’agit mais bien de Tytus, le beau et ténébreux Tytus, le véritable et cher ami !

INTOLERANCE

Certains observateurs et historiens pour quelques uns chatouillés par le démon insupportable de l’homophobie s’emploient à surfer sur la vague de ce qu’ils estiment constituer le seul et véritable sentiment amoureux, celui qui ne peut se manifester qu’entre deux personnes de sexe opposé.

Une façon, sinon un leurre, dans une société où il n’était pas de bon ton d’afficher ses préférences sexuelles surtout homosexuelles … depuis, les mentalités ont à peine évolué mais certains pays condamnent encore, conduits par une hypocrisie, une imbécillité manifeste et ce qui est plus grave, une intolérance sans réserve.

Dans une de ses correspondances Frédéric Chopin donnait la mesure de cette discrétion volontaire dictée par des valeurs héritées de son milieu familial. Sans compter avec la notion de « quand dira t-on » qui a traversé les siècles et n’a pas fini de le faire :

« Il faut être prudent et respecter le manteau des sentiments cachés. » recommandait Frédéric à Tytus.

Au-delà d’une amitié qui n’était pas banale que faut-il encore pour justifier un amour considéré – allez donc savoir pourquoi - comme interdit ?

Au lycée de Varsovie, l’adolescent s’était déjà nourri, sinon délecté, de l’amitié pour le moins équivoque de deux de ses amis à la beauté insolente :

Le fameux Tytus Wojciechowski , bien sûr, qu’il préfèrera d’ailleurs à Jan Matuszinski auquel il enverra quand même ces quelques mots qui ne sont pas sans trahir ses penchants :

« Mon âme, mon chéri, mon Jeannot bien-aimé, je te baise cordialement la bouche. Aime moi, mon bien-aimé, tend tes lèvres à ton ami. Je n’aime que toi, donne-moi ta bouche. »

COMME AVEC UNE VIERGE

Manifestement, les deux beaux garçons jouent simultanément de leurs charmes pour séduire le jeune et sensible Frédéric qui, musicalement, a rendez-vous avec un succès grandissant sur les scènes internationales.

La séquence Georges Sand qui ne fut pas un long fleuve d’amour tranquille est cependant engagée :

Georges Sand dont Chopin lui-même posait la question de savoir si c’était bien une femme.

Un personnage maternel et protecteur sur lequel Balzac, qui la connaissait bien, confiait :

« Qu’elle n’était pas aimable, condamnant le mariage et l’amour tout en étant une artiste généreuse, dévouée et Chaste.»

Georges Sand qui ajoutera à son dépit en révélant de façon fort désagréable combien Chopin avait de la répugnance pour le corps féminin.

En rajoutant plus tard une couche au terme de la présence de Chopin à ses côtés et notamment dans le cadre du château de Nohant qui fut toutefois pour le musicien un lieu de paix et d’inspiration en déclarant tout de go :

« Il y a sept ans que je vis avec Chopette comme avec une vierge ! ».

COMING-OUT

Ceux qui, à tort ou à raison, ont à dessein occulté la personnalité pour le moins particulière de Chopin en lui attribuant des relations féminines de circonstance ont peut-être, volontairement ou pas, cédé à la facilité. Ils ont aussi et peut-être considéré qu’un tel génie ne pouvait pas endosser une pareille réputation alors qu’un décryptage de sa correspondance aurait en partie forcé le mystère.

C’était faire l’impasse sur d’autres génies, et non des moindres, qui sans pour autant faire leur « coming-out », comme cela se pratique aujourd’hui et qui avaient en leur temps éprouvé une irrépressible attirance pour les personnes du même sexe.

Un état qui ne retirait en rien à son génie et qui sait peut-être même pourrait l’expliquer.

Frédéric Chopin avait cependant pleine conscience de la protection obligée de ses relations particulières lorsqu’il confessait à son ami Tytus :

« Tytus, mon chéri, je cache tes lettres comme le ruban d’une amante. Ecris-moi et nous nous dorloterons de nouveau dans une semaine. »

Bernard VADON

Dans son livre « Un amour impossible » chez Michel Lafon, Eve Ruggieri, sur la foi de trois volumes de correspondance, conforte cette analyse d’un Chopin qui n’était pas le moins du monde attiré par les femmes. En tout cas sur le plan physique. Ce qui, bien entendu, met à mal la thèse de ses amours passionnés notamment avec Georges Sand qui en réalité ne fit office que de maman- infirmière et attentionnée pour son hôte illustre.

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Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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