José « Pépé » MUJICA , ancien chef de l’Etat d’Uruguay

Publié le 23 Novembre 2014

José « Pépé » MUJICA , ancien chef de l’Etat d’Uruguay

Pauvre et longtemps méconnu, en tout cas un vrai président « normal » dont pourraient – au-delà d’une perfection humainement impossible - s’inspirer, au nom de la plus élémentaire éthique politique, bon nombre de responsables à tous niveaux généralement plus vénaux que sociaux.

José Mujica – ancien président uruguayen – n’est pas à proprement parler un original conforme à la signification qu’en donne le dictionnaire, un caractère étrange ou excentrique.

Je lui préfère l’adjectif singulier – même si celui-ci est sémantiquement proche des précédents termes – qui se rapporte plus fidèlement à la marque d’exception d’un homme d’Etat animé, dit-on, de « grandes idées pour un tout petit pays ».

Singulier et attachant par son comportement et surtout par sa conception de ses hautes fonctions.

En tout cas, un modèle considéré comme en avance sur son temps et qui fait école dans les contrées latino-américaines et dont pourraient aussi s’inspirer nos dirigeants européens (en l’occurrence français) qui n’ont jamais rien compris et ne comprendront jamais rien à la nature fondamentale de leurs responsabilités.

Le sympathique et pourtant ancien guérillero du temps des Tupamaros (auquel on ne peut faire reproche d’avoir fait quelques banques à son profit) avait sa conception, mais quelle conception, du service public … je serais plutôt tenté de dire du service aux autres.

TOUS EGAUX

Il n’a pourtant pas fait l’ENA et encore moins Polytechnique ou Centrale sinon Cambridge, Oxford et les universités américaines où se peaufine la pseudo intelligentsia destinée au pouvoir.

En revanche, celui qu’on surnomme affectueusement « Pepe » au même titre que d’autres leaders farouches opposants dans le monde à toutes dictatures, a goûté durant prés de 15 années aux délices empoisonnés de l’enfermement. Et à ce titre sait aussi de quoi il parle en matière de dictatures et de républiques :

« Elles n’ont pas été inventées, affirme t-il, pour qu’on y recrée une petite cour. Elles sont nées pour affirmer que nous sommes tous égaux. »

Porté à la tête de ce petit état des contrées latino-américaines, il va rapidement s’imposer, aux yeux des autres pays et notamment de ses voisins, comme le reflet d’une manière de concevoir autrement les réalités du monde dans lequel nous vivons.

En clair, privilégier la prise en compte et sans réserve des réalités.

Ainsi, de l’avortement qu’il légalisa tout comme le cannabis sans oublier le mariage homosexuel, cet homme audacieux et profondément humain estime qu’une société c’est complexe et le pouvoir plus encore. Le preuve en est certains fléaux qui n’ont pu être éradiqués totalement comme la criminalité.

Pas surprenant qu’il ait du même coup pris un recul cependant non dénué de bienveillance à l’égard des mouvements d’opposition de par le monde.

Selon lui :

« Elles ne mènent nulle part si elles ne sont pas accompagnées d’une certaine conception des mentalités politiques et collectives. »

EXEMPLES

Concrètement, dans son pays, l’analphabétisme a disparu et la politique économique est une réussite - qu’il s’agisse de la progression des salaires ou de la baisse du chômage au plus bas et par voie de conséquence de celle du seuil de pauvreté -

Le président Mujica, à tort ou à raison, considère que : « Sans intérêt collectif, il n’est pas de changement possible. »

Quelque part, sur ce continent latino-américain, il rejoint quasiment à la lettre un autre homme de la même trempe. Et non des moindres aujourd’hui puisqu’il s’agit du Pape François tout autant détaché des privilèges indument octroyés par le pouvoir. Un pontife qui a fait de la pauvreté son cheval de bataille et qui s’applique à lui-même sa façon de penser.

Tout comme José Mujica qui, durant son mandat, roulait dans une vieille Coccinelle bleue, habitait dans une modeste ferme et n’acceptait qu’un minimum de sécurité, tout en distribuant 90% de son salaire aux œuvres caritatives – la grande majorité des hommes de pouvoir de par le monde les plaçant sur des comptes personnels à très haut rendement pour certains - :

« Les gens doivent avoir à l’esprit qu’être vivant est un miracle. Nous sommes venus du silence minéral et nous retournerons dans le silence minéral ».

Une conception philosophique un peu spécifique quant à l’existentiel et qui, en l’occurrence et à propos de la pauvreté, s’inspirait plutôt d’Epicure, de Sénèque ou des Aymaras, qui ne définissaient pas le pauvre comme celui qui a peu, mais comme celui qui a une infinité de besoins et désire toujours plus qu’il n’a.

SUR LES RESEAUX SOCIAUX

En tout cas, il ne fait pas de doute que son effroyable séjour en prison – où parfois il en fut réduit à boire son urine pour vaincre la soif – a généré en lui une certaine forme de sagesse et de rage de vivre :

« Dans la lutte pour se surpasser soi-même on laisse de côté les pensées de haine et de rancœur, et la solidarité se transforme en une forme de satisfaction permanente. On peut également survivre à travers la haine, mais on ne trouve pas le bonheur de cette façon-là. Aujourd’hui, nous sommes fous, mais fous de nombreux rêves. »

Pour autant, il ne fait pas toujours l’unanimité sur sa personne mais a considérablement gagné en sympathie. Notamment, sur les réseaux sociaux où ce qui le plus souvent importe c’est de souligner l’audience de Mujica auprès des jeunes qui retrouvent chez cet homme, manifestement atypique, un sens des valeurs qui font aujourd’hui défaut. En particulier, parmi la grande majorité des gouvernants de la planète qui confondent facilement intérêt public et intérêt personnel…

D’aucuns ne manqueront pas de tordre le cou aux thuriféraires de circonstance. On leur répondra que nul n’est parfait et qu’à l’impossible nul n’est tenu.

A cette différence que les candidats aux fonctions suprêmes fussent-elles présidentielles, ministérielles ou simplement locales devraient naturellement s’inspirer de l’exemple de ces femmes et de ces hommes qui donnent -ou ont tout donné - pour les autres.

Dans le collimateur, ceux qui en particulier détiennent les ficelles du pouvoir.

On souhaiterait ne pas rêver et pourtant …

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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