Art de vivre - Le tadelakt

Publié le 2 Décembre 2014

Art de vivre - Le tadelakt
Le tadelakt : Une remise au goût du jour qui s’accommode de qualités environnementales mais aussi d’une forme de bien-être. Démonstration.

Le terme est évocateur de ces nuits d’Orient génératrices de mystères.

En tout cas, de séduction certaine sinon de cette volupté que peuvent inspirer les minerais précieux mais aussi ces matières issues d’un mélange subtil et singulier.

Curieusement catalogué dans les manuels d’initiation comme le « marbre du pauvre » il tombe quelque peu dans l’oubli dans les années 70 au bénéfice des carreaux de ciment et de la mosaïque.

Aujourd’hui, il a retrouvé ses lettres de noblesse perdue. Reconnaissance on ne peut plus légitime dans un monde aux prises avec une industrialisation galopante et pas toujours encline à marquer le pas sur le chemin du « tout naturel ».

Mais peut- être n’est-il pas trop tard pour le réhabiliter dans cette course engagée pour favoriser un environnement quelque peu maltraité.

L’une des clés se cache peut-être dans cette approche de l’authenticité recomposée.

Pour notre mieux-être ou tout simplement l’art de vivre.

Thérapie relaxante

Le terme de tadelakt s’identifie à ces verbes – caresser et masser - qui expriment, quelque part, une forme de bien-être. Une sorte de thérapie relaxante appliquée à la matière comme pour la domestiquer et se l’approprier.

Son utilisation est intimement liée à la culture sinon à la tradition puisqu’elle entre dans les finitions de la plupart des palais marocains. En particulier, dans les hammams mais aussi sur

les murs et parfois au sol.

Par le fait de ses impuretés, la chaux de Marrakech – aérienne et hydraulique avec un taux de 15% de minéraux différents - serait la seule en mesure de répondre aux exigences d’un académisme rigoureux.

Ne serait-ce que parce qu’elle recèle les propriétés d’étanchéité recherchée par les spécialistes ( notamment, dans les salles de bains ) mais aussi au plan de l’esthétique dans le travail en relief et en profondeur.

A ce titre, les spécialistes s’accordent à reconnaître au-delà de sa rusticité – dans laquelle réside tout le paradoxe de cet élément de décoration de plus en plus prisé – combien la façon de travailler la chaux grâce, précisément, au ferrage au galet et au savon noir subtilement infiltré dans la matière lors de son alchimie avec l’air.

Ce que les artisans expliquent par le terme de « carbonatation de la chaux » qui réagit différemment dans ses échanges gazeux selon les supports et l’hygrométrie ambiante, processus aidant à sa transformation en calcaire et contribuant non seulement à sa beauté intrinsèque mais aussi et surtout à son velouté très spécifique.

Fruit d’un savoir-faire ancestral

A l’instar de toute culture agricole, le minerai est également sujet aux fluctuations de la

climatologie.

Ainsi, un rien dans son traitement peut le rendre superbe et proche de la perfection comme un rien peut aussi anéantir le travail du tadlakeur.

L’enduit, en ce cas, « faïence » sous l’effet du temps non maîtrisé et tout est à reprendre.

Cet enduit très ancien à la chaux dite « paysanne » d’un brillant particulier et imperméable qui à ce titre permet une application autant en intérieur qu’en extérieur explique son origine dans les hammans traditionnels où il a fait la preuve de ces qualités.

D’où son originalité et sa beauté caractérisant cette technique fruit d’un savoir-faire se perpétuant dans le droit fil d’un véritable compagnonnage de circonstance.

Pour cette raison, il est redevenu tendance et revêt toute sa plénitude minérale dans les salons et la plupart des lieux privés.

Après avoir été « ferré » – selon le terme consacré – à l’aide du galet de pierre dure et avoir été « massé » au savon noir jusqu’à l’obtention de ces nuances soyeuses que soulignent le choix des couleurs à l’infini grâce à l’intégration de pigments naturels, le tadelakt apparait alors dans toute sa splendeur apte à mettre en valeur tout ce qui fait une décoration classique mais également contemporaine.

Une remise au goût du jour qui s’accommode de ses qualités environnementales et écologiques au travers de ses propriétés hydrofuges antibactériennes. Entre autres.

Et par les temps qui courent où la carte du bio écologique est un « atout » conseillé d’aucuns peuvent mesurer l’importance de cette technique dans la construction actuelle mais aussi dans la création d’objets utilitaire ou simplement de décoration.

Bernard VADON

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Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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