« Et Dieu dans tout ça ? »

Publié le 14 Janvier 2015

« Et Dieu dans tout ça ? »

La tragédie de « Charlie Hebdo », suivie de celle de l’Hyper Cacher, a donné lieu à toutes les analyses et réactions imaginables sinon inimaginables. Emotionnelles et spontanées surtout.

Mais aussi à des mobilisations louables au nom d’un principe universel : le respect de la vie humaine.

En clair, la condamnation sans réserve de l’acte terroriste d’où qu’il vienne.

Car une caricature, si nulle et de mauvais goût soit-elle, ne justifie pas un meurtre

Au-delà des manifestations exemplaires dont le monde et singulièrement la France ont été le théâtre, nous serions tentés de lui préférer le recueillement précédant la réflexion encline à déterminer les véritables causes de ce comportement dérangeant et à trouver les solutions adéquates. Si toutefois cela est encore possible au cœur d’une société qui semble avoir perdu ses repères. N’en déplaisent à certains « adorateurs » sinon extrémistes d’une laïcité qui parfois mériterait aussi de se soumettre aux caricatures.

Amalgame : le mot-clé sinon la tendance qui ont curieusement et dernièrement inspiré, sur un plateau de télévision – il n’est pas le seul - un philosophe citant le Christ venu (sic) apporter « le glaive et non pas la paix », témoigne de ce mélange des genres.

Allusion peut-être aux reproches faits à la communauté musulmane qui a quelques difficultés compréhensibles à harmoniser les principes laïques en vigueur dans la République Française et une religion qui impose des règles strictes.

La représentation physique du Prophète en est une et l’événement d’aujourd’hui qui lui est associé ne sont pas étrangers aux drames inexcusables qui en résultèrent.

En ce 9 décembre 1905, la loi française relative à la séparation de l’Eglise et de l’Etat entrait en vigueur alors même que l’Islam n’avait pas encore droit de cité. Aujourd’hui, une harmonisation serait intéressante et bénéfique tout en favorisant peut-être un rééquilibre des influences des uns et des autres.

Quant à la référence à la Parole, il conviendrait plutôt de l’analyser au regard de sa signification théologique.

Etrangement, le glaive argumenté par Jésus n’est pas celui du guerrier … contrairement à d’autres prophètes – Mahomet notamment - qui, de leur temps, avaient peut-être leurs raisons pour prendre les armes.

D’ailleurs, que dit Jésus à l’apôtre Pierre, au Jardin des Oliviers, sinon de remettre son épée dans son fourreau alors qu’il s’apprêtait à pourfendre un soldat venu l’arrêter … non sans ajouter que tous ceux qui prennent l’épée périrons par l’épée (Mathieu 26,52)

La preuve par le bon sens.

Jésus - M. le philosophe (invité de Frédéric Taddéi) - est venu non pas faire justice mais donner justice à ceux qui ne l’ont pas. Tout comme, il n’est pas venu punir et condamner les pécheurs mais les sauver et les justifier.

Et cela, sans brandir un sabre.

M. le philosophe, le glaive évoqué par Jésus est en réalité celui de la Parole, sous entendu de l’amour.

Autrement dit : « Tout par la Parole, rien sans la Parole. »

Alors, de grâce, n’en faisons pas une simple et rapide lecture au premier degré.

Plus explicitement et tout aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Christ est venu placer le glaive de la Parole de Dieu au cœur du monde.

Mais le diable – ou si vous préférez ses détracteurs - se plaisent à tout mélanger, c’est leur spécialité.

Il est certain qu’il est difficile de se plier à la Parole de Dieu dont le Christ, entre autres, s’est fait l’interprète tout en nous laissant le choix entre la division et la communion.

Entre le bien et le mal.

A ce stade, cherchez l’erreur !

En conclusion et au-delà des figures de rhétorique classiques, nul ne peut honnêtement contester le fait que Jésus est surtout reconnu comme le messager de l’amour.

La question est de savoir ce que nous avons fait et ce que nous continuons de faire de cette exhortation à privilégier la paix.

L’occasion, en tout cas, de se remémorer le texte ci-dessous, publié, il y a quelques semaines, et qui prend un singulier relief après tous ces drames alors même que d’aucuns recommencent, un peu facilement, de croire que si réellement Dieu existe peut-il permettre autant de disfonctionnements au cœur de Sa création.

Effectivement : « Et Dieu dans tout ça ? » pour reprendre la question posée en d’autres temps par Jacques Chancel à Georges Marchais –

Condamner la violence nous concerne tous, exceptés les fous qui, de surcroît, ont le front de se réclamer de ce Dieu dont les musulmans avec infiniment de respect saluent

la grandeur et la miséricorde alors que les chrétiens (singulièrement oubliés en ces moments de turbulence intense où seuls les musulmans, les juifs et même les athées ont droit de pancarte) en appellent à un Dieu d’amour.

La caricature est par vocation une expression intellectuelle qui, sous un angle humoristique de circonstance, flirte non sans délectation avec la satire, porte ouverte sur le ridicule et le déplaisant.

C’est peut-être là que, parfois, le bât blesse jusqu’à écorner cette liberté qui consiste à tout faire dans la mesure où cette liberté ne nuit pas à autrui.

Contrairement à ce qu’affirme Leila Slimani, il y a malheureusement fort à craindre que l’Islam ne soit pas encore à la veille de supporter l’image de ceux qui la défigurent et de croire que le rire est le ferment de la fraternité et la meilleure arme contre les extrémistes de tout poil.

Au train où vont les mentalités, avantageusement relayées par les réseaux sociaux, nous ne sommes pas encore à la veille de suivre l’humanisme chrétien façon François Varillon :

« Que l’autre soit et qu’il soit autre ».

En résumé et selon Teilhard de Chardin, les adeptes de cet « essentiel » qui traduit « le sens de l’espèce humaine » et qui nous fait tellement défaut.

Bernard Vadon

La revue d’obédience jésuite « Etudes » en réponse aux dernières caricatures de « Charlie Hebdo » publie en simultané des caricatures anti catho ( mais pas les pires, précise t-elle ) de l’hebdomadaire satirique.

Et d’assortir cette publication d’un commentaire éloquent :

« C’est un signe de force que de pouvoir rire de certains traits de l’Institution à laquelle nous appartenons car c’est une manière de dire, que ce, à quoi nous sommes attachés, est au-delà des formes transitoires et imparfaites ».

Flash back

NOUVELLE ET MODESTE TENTATIVE D’EXPLICATION SUR L’EXISTENCE DE DIEU.

Si elles ne sont plus tout à fait impénétrables, les voies du Seigneur restent une énigme.

C’est tout au moins ce que laisse entendre la science et singulièrement celle du cerveau, point névralgique, sinon de rencontre insolite, entre Dieu et la pensée.

Que les convaincus et tenants d’une foi dite du « charbonnier » se rassurent :

Si la neurothéologie (il fallait bien trouver un nom répondant à cette spécialité) est venue bousculer quelques idées reçues, elle n’a pas pour autant démystifié l’aura divine dont les scientifiques souhaiteraient bien percer le secret. En vain et pour l’heure, en tout cas.

L’INFINI DIVIN

Au-delà des fantômes de Marx et de Freud, la messe, sur le chapitre, est donc encore très loin d’être dite.

Toutes les hypothèses et parmi elles les plus fantaisistes ont cependant droit de cité.

D’aucuns, de tous temps, s’y cassèrent le nez … et au passage les neurones pour tenter d’aller au plus prés de « l’infini divin » dont on sait pertinemment et pour cause, que les bornes ne peuvent lui être précisément (ou scientifiquement) assignées.

Alors, on se perd en conjectures, parfois les plus délirantes, dont, au final, Dieu sort toujours vainqueur.

Albert Einstein a pesé de tout son génie dans ce combat de l’impossible.

Pascal, pour sa part, n’y va par quatre chemins en affirmant que :

«Nous avons une impuissance de prouver invincible à tout le dogmatisme. »

Son fameux « pari » est à cet égard édifiant :

« Deux cas se présentent : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc, et sans hésiter, qu’Il Est. »

ENTRE AMYGDALES ET CORTEX FRONTAL

En clair, considérant qu’on ne peut départager l’existence, ou non, de Dieu, il en conclut que les deux hypothèses ont la même probabilité et qu’en définitive croire en Dieu apparaît comme la solution statistiquement la plus avantageuse.

Dont acte.

A la manière des penseurs contemporains, les nouveaux biologistes - particulièrement aux Etats-Unis - en situant la foi et par conséquent Dieu, entre amygdales et cortex frontal, foyer sensible des fonctions cognitives sophistiquées, ont ouvert prudemment une voie encore bien lointaine des certitudes.

La méditation, notamment, n’a pas donné aux scientifiques un commencement d’explication. Leur conclusion, à l’issue de ces expériences méditatives, reconnaît l’absence de moyens permettant de déterminer si les modifications neurologiques associées à l’expérience spirituelle signifient que le cerveau est à même de provoquer ces expériences ou si, au contraire, il perçoit une réalité spirituelle.

PRESENCE REELLE

Concrètement et de façon pourrait-on dire cartésienne, le cerveau serait-il le réceptacle de tout ce qui touche au spirituel ?

Et cette hypothèse expliquerait-elle, par exemple, les troublantes visions prophétiques, toutes religions confondues ?

La question est sans réponse satisfaisante.

Et, par stricte déontologie scientifique, les chercheurs font, au demeurant, table rase de tout ce qui pourraient relever directement ou indirectement de la métaphysique.

Le mystère reste cependant entier.

En revanche, pour les croyants, la réponse est dans la question qui justement interpelle.

Aucun d’entre eux, sur le fond et au nom de l’Enseignement, ne contestera le fait que ce soit Dieu, considéré comme le Créateur Suprême, donc comme leur propre créateur, qui ait façonné cette matière grise enfermée dans le cerveau à des fins – pour certains élus – de communication privilégiée.

L’élévation de l’esprit dans la contemplation, autrement dit l’extase au terme de laquelle les visions peuvent constituer la preuve d’interventions inopinées du Tout-Puissant dans sa volonté de nous rappeler son état de « Présence Réelle », devient une évidence.

Dans un ouvrage paru, il y a quelques années, (« La Biologie de Dieu ») Patrick Jean-Baptiste affirmait :

« Nous vivons dans une sorte d’hallucination individuelle qui devient collective par l’intermédiaire de la culture ; et les sens, en modérant en permanence nos visions, rétablissent « la vérité ». Les mystiques, eux, par l’ascèse, l’isolement, les chants, parviennent à affaiblir l’impact du monde extérieur sur le monde intérieur jusqu’à entrer dans un état second. »

Qui, finalement, est à l’origine de cette singulière métamorphose de l’être dans sa réflexion profonde et intime sinon Dieu ?

Au-delà du fait non avéré d’un phénomène neuropsychiatrique résultant, selon les scientifiques, d’une épilepsie du lobe temporal droit, on se prend tout autant à rêver en découvrant l’interprétation que font les éthologues des incantations étranges de certains animaux – babouins et autres loups notamment - en direction du ciel.

Sentiment religieux ou instinct collectif visant au renforcement du groupe ?

Sans compter avec le facteur émotionnel souvent décisif dans cette manière de feuille de route qu’il nous incombe de suivre tout au long d’une vie, de notre vie, et souvent à notre corps défendant.

A GEOMETRIE VARIABLE

On sait combien la « sentimentalisation » des perceptions peut influencer nos comportements.

Certains l’on bien (ou trop bien) compris dans la manipulation qu’ils peuvent faire des individus. Les sectes sont particulièrement en pole position

Selon Patrick Jean Baptiste :

« Les amygdales sont, en quelque sorte, les rotules des fonctions supérieures du cerveau, l’articulation de l’esprit avec le corps, telles que l’envisageaient les philosophes, même si cet esprit, les neuro-apôtres le jurent, n’est qu’un état de la matière. »

Quant à l’égalité face à Dieu elle serait, à fortiori, à géométrie variable et tributaire de prédispositions naturelles - au mal comme au bien - qui pourraient contribuer à modifier la finalité de la relation à Dieu.

Une explication à propos de l’intégrisme et du fanatisme dont Patrick Jean Baptiste estime encore qu’il est un disfonctionnement grave des régions cérébrales profondes.

Exemple, malheureusement, entre autres :

L’insupportable et permissif travail de fond engagé envers les jeunes, et pire les enfants, par les extrémistes de tous bords, en l’occurrence, les tristement célèbres djihadistes qui ont pris la relève de l’armée des lâches et des cinglés. Un acte de plus - après le récent assassinat de deux journalistes américains - significatif d’une obéissante croyance qui ne reconnaît plus ses limites devant l’infini divin.

En somme et en rétorsion intellectuelle, mieux vaut rendre absurdes et ridicules les arguments religieux prétextés par ces fous de Dieu pour leur préférer une autre espérance, celle proposée, après une retentissante repentance en réponse à ses exactions séculaires, par la foi chrétienne.

Au fond et comme l’écrivait Charles Baudelaire :

« Dieu est le seul être qui, pour régner, n’ait pas besoin d’exister. »

De quoi repousser les limites de la compréhension et par conséquent de la connaissance la plus élémentaire.

Une certaine et subjective réalité à laquelle j’apporterai modestement mon grain de sel et cette fois par la plume de Jean Jacques Rousseau à propos de toute existence :

« Rien n’existe que par Celui qui est » …

et, jusque à preuve du contraire : « Ce que nous sommes » en qualité d’enfants de Dieu par empathie sinon osmose naturelle.

Contrairement à Nietzsche qui enterrait tout simplement Dieu laissant à Sartre, l’athée parmi les athées, de lui concocter une épitaphe à sa façon, je leur préfère, sans pour autant partager ses convictions, Julian Barnes intellectuellement réfugié dans un sentiment singulier et contradictoire mais énigmatique et mystérieux, qui affirmait :

« Je ne crois pas en Dieu mais il me manque. »

Bernard VADON

La religion peut aussi inspirer des peintres parmi les plus prestigieux - de Raphaël à Giotto en passant par Weyden, Léonard de Vinci et Fragonard, notamment - et dans ce climat nauséabond nous "oxygéner" l'esprit et le coeur au risque, aux yeux de certains et dans ce contexte, de passer pour des ... cons !
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Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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