« Le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue. »

Publié le 4 Mars 2015

Le génie d'un peuple ...
Le génie d'un peuple ...

Comparativement aux langues dites mortes - notamment le latin dont un éminent spécialiste de la francophonie assure que depuis qu’il en a été détaché, le français n’a jamais été autant parlé, autant écrit et autant appris - les langues vivantes, en fait celles dont que l’on pratique au quotidien, n ‘ont de cesse de s’enrichir, de se transformer, de s’affiner parfois aussi de perdre leur identité, cette spécificité très tendance.

Il en résulte, en tout cas dans le parler, ce que certains nomment, jargon ou sabir …

La citation rapportée par un de mes confrères est significative de ce jargon pour la traduction duquel le plus basique des dictionnaires est quasiment inutile.

Qu’on en juge :

« Ici tout le monde craint un remake de la crise financière. On cherche désespérément à relever le challenge en boostant l’activité. Serions-nous une nation de losers ? En tout cas, le French bashing devient insupportable …

Vous en voulez encore ?

Un galimatias

Ainsi, entre un coffee shop et un Carrefour City, l’interlocuteur se plaint des étranges lucarnes :

« En prime time et en live, faute de talk-shows, on doit se rabattre sur le replay.

« Quant aux dirigeants politiques, ils twittent à longueur de journée : c’est à qui aura le plus de followers. Nombre d’entre eux ont pris un coach, car ils sont désormais des people dont le moindre selfie peut faire le buzz. »

Ouf !

La langue avait-elle vraiment besoin de cette pêche aux mots puisés en différentes sources et qui, au-delà de la signification réelle du verbe, ne génère, dans leur simple association, qu’un singulier galimatias qui, pour exemple connu, trouve une savoureuse illustration chez Molière dans « l’Avare » :

« Qui songe à votre argent dont vous me faites un galimatias ? »

Un de mes bons amis, avec lequel j’entretiens une correspondance où nous nous employons en respect d’une sémantique élémentaire à contourner les anglicismes, regrette cette propension à oublier combien l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, par son ambition et par sa langue (terminologie technique), a donné au français une tout autre universalité : celle du savoir ; il ne l’a pas perdu. En témoigne le développement, depuis cinquante ans de la francophonie universitaire.

Une langue c’est d’abord l’esprit

N’en déplaise au détracteurs il s’avère que cette langue de science car langue savante, le français possède, selon Bernard Cerquiglini, un distingué linguiste, d’incontestables atouts.

En somme, un retour sur le projet de l’Encyclopédie et sur cette nouvelle universalité de la langue française :

Réellement mondiale mais non exclusive, savante et solidaire. Librement choisie et généreuse, émancipatrice.

Dans le domaine de la traduction, le français n’occupe t-il pas une troisième place devant l’anglais et l’allemand ?

Le français figurant comme la première langue vers laquelle on traduit ; avec un volume de traductions qui a presque triplé depuis les années 1980. (source, l’Index Translationum).

Ensuite, chacun a sa façon d’apprécier le bonheur de cheminer au long de ces sentiers où se cultive la langue avec ses particularités, je dirais plutôt ses singularités.

Pour Jean-Michel Ribes – acteur, metteur en scène et scénariste - la langue importe peu mais c’est pour lui essentiellement ce qu’elle véhicule qui est intéressant :

« Une langue, c’est d’abord l’esprit. Si une autre vient l’enrichir en pensée, l’échangisme me semble salutaire. Une langue dés qu’elle est lumière n’a besoin d’aucune frontière pour la protéger. »

Signe de richesse

Ainsi, alors que des anglicismes ont pris quelques rides – de kids à teenagers en passant par smart, drink ou encore water-closet et autres emprunts à l’anglais – la langue a subi le contre coup d’internet avec le Computer Science et Data Processing, l’Email et le blog mais aussi le low-cost et le Tour operator issus de la modernité.

Fort heureusement, la contre offensive ne s’est pas faite attendre avec des traductions immédiates mais pas toujours employées : logiciel, ordinateur et courriels en français.

Leopold Sedar Senghor ne disait-il pas de la francophonie : « C’est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre. »

En tout cas, ce pannel de pensées, et d’analyses surtout nourries d’un vocabulaire de circonstance, est déjà un signe de richesse.

Comme l’écrivait Stendhal :

« Le premier instrument du génie d’un peuple c’est sa langue. »

Lui assurer une pérennité est encore mieux.

Bernard VADON

Prenons le temps de regarder notre vidéo ci-jointe et de nous abreuver, sur le thème de la négritude à l’universel, de ces paroles et de ces mots qui ne peuvent que nous transcender en ce monde de dramatique restriction culturelle.

« Le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue. »« Le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue. »« Le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue. »

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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