PARLEZ-MOI D’AMOUR.

Publié le 18 Mars 2015

 

« Imagine » … la mythique chanson de John Lennon a marqué une génération et le message reste d’une actualité brûlante.

Peu importe que son auteur ait cru précisé que ce texte était « anti » et surtout anti religieux.

La démarche nous concerne tous – croyants et incroyants … et peut-être nous, les premiers –

Bref, sa compagne Yoko Ono a enfoncé le clou en précisant le plus simplement que Lennon croyait (notez le terme de croyance) que nous étions tous un pays, un monde, un peuple.

Peu importe aussi la connotation communiste en son expression originelle plus qu’un argument politique contestable et dévoyé. Bref, il semble que Lennon se bornait par choix – on ne va plus le lui reprocher - à prôner la communauté des biens. Le Christ et sa doctrine ne sont pas loin. Mais c’est une autre histoire.

« Imagine the clouds dripping. Dig a hole in your garden to put them in » (les nuages goutte à goutte creuse un trou dans ton jardin pour les mettre dedans.»

Dans un monde qui n’a pas inventé la violence mais qui se complait sous toutes les formes possibles et parfois les plus horribles à la cultiver, à certains anniversaires où, un peu plus que d’habitude, le souvenir nous submerge, l’opportunité sinon la tentation étaient grandes de faire ce temps de réflexion.

Dialectique subtile

A propos d’amour absolu peut-on décemment, sans attenter à une forme de respect, faire allusion au « rayon de feu » que l’on attribue à Sainte Thérèse d’Avila ?

Autrement dit, en appeler à l’amour, ce sentiment d’affection aux affectations aussi multiples que variées ?

Le mot parmi les mots pourrait-on dire. Sorte de sésame entre ciel et terre. Porteur d’une énergie proche de la magie en référence aux anciens Perses adorateurs du feu.

Une manière de rejoindre temporellement Thérèse d’Avila et dans la même démarche spirituelle Saint Bernard

qui comparait le feu qui brûle à cet autre feu plus virtuel en quelque sorte qui brûle certes tout autant mais qui n’éclaire pas.

Dialectique subtile mais révélatrice d’un raisonnement spécifique.

 

Amour : un terme sinon une inclination héritée de la nuit des temps qui a servi de pierre angulaire à tant de philosophies et de religions diverses.

Inspiré originellement du latin, le terme a cette faculté paritaire de s’employer aussi bien au genre masculin qu’au féminin. En somme, recevoir, encore aujourd’hui, les deux appellations selon leur signification originelle et mieux encore, universelle.

Au singulier, il n’est féminin qu’en poésie tout en le restant au pluriel ainsi que dans le langage courant.

Singulier masculin et pluriel féminin, une spécificité pour le moins originale et forte de la langue française concernant également les mots délice et orgue. Ce qui n’est pas pour me déplaire au vu de ce que ces deux derniers termes recèlent de richesse et de puissance propres.

Et pour aller au summum de l’affectif chrétien, initiateur d’un Dieu Amour, il prend singulièrement le contre-pied de ceux qui lui préfèrent l’image détestable d’un Dieu vengeur et parfois violent. Sinon un Dieu en inadéquation totale avec l’existentiel humain.

Une sorte d’état tout aussi commun qu’incontournable. Même si d’aucuns le récusent lorsqu’ils le réduisent à un simple mais pas forcément banal incident de cœur.

 

Le cœur précisément, organe conoïde, creux et fibreux, enfermé dans la poitrine ; principal agent de la circulation du sang, moteur indispensable à la vie mais - comme l’écrivait, dans une préface, Françoise Parturier - pas à la vie littéraire. Et de fait, tour à tour politique, social et religieux

 

L’esprit est moraliste, le sexe est métaphysique ou social, le cœur est poète.

Hier, en dentelles, en panache, en redingote, aujourd’hui, en blue-jean.

De l’amour qui crève en face du non-amour, la complainte moderne est discrète.

Le chant du cœur qui s’accroche aux couleurs du monde quand il meurt faute de nourriture charnelle, refuse les amplificateurs : « C’est difficile de n’être pas aimé ! »

Jusqu’à manquer d’en mourir, estimait encore Françoise Parturier.

Les étapes de la douleur ne sont pas les mêmes. Pourtant, il est un trait commun à toute époque : toujours l’amour malheureux dessille les yeux. L’esprit n’est plus la dupe du cœur. Et vient le moment où le chagrin d’amour s’envole dans la beauté du monde.

L’amour enfant de Bohème

Ainsi, l’art qui transcende la souffrance permet-il de renaître à la vie.

A la façon, cette fois, de Julien Green considérant que :

« La mort viendra comme un réveil. On m’interrogera comme un voyageur qui vient de loin. Mais je ne me souviendrai de rien, sauf de l’amour ».

Tant il est vrai que le chagrin est consubstantiellement généré par l’amour et, de ce fait, parler du premier, c’est inévitablement parler du deuxième.

 

De Titus et Bérénice à Roméo et Juliette en passant par Carmen, Traviata et tous ceux et celles qui, au long des siècles, ont avec la même détermination la même fougue, le même enthousiasme, scellé, littérairement ou musicalement, leur destin

L’amour est assurément et communément enfant de Bohème.

Il est ce plus qui ajoute au moins et ce moins qui enlève au plus.

Singulière équation cérébrale qui fait de l’amour une affaire de tous et pour tous. Un sentiment aux multiples facettes, dispensateur de joies et de peines sans mesure et surtout sans limites sinon celle d’un infini diversement identifié.

Dieu apparaissant, n’en déplaise à quiconque, comme le dénominateur commun à cette mystérieuse et universelle affection que l’on nomme amour avec retenue, pour les uns, avec éclat, pour les autres.

Mais qui incite aussi à comprendre dans une égale conviction :

«Qu’agir, aimer et souffrir, c’est vivre en effet mais c’est vivre dans la mesure où c’est être transparent et accepter son destin comme le reflet universel d’un arc-en-ciel de joies et de passions ».

 

Cantat, amat quod quisque, autrement dit, que chacun chante ce qu’il aime.

Comme Phèdre, déclamant :

« De l’amour, j’ai toutes les fureurs ! »

 

Moi, je chante et me nourris de cet amour fait d’un désir inépuisable. De nostalgie aussi au regard des souvenirs et de ceux qui sont partis ailleurs. Le voyageur sur terre tel que je me considère en référant à la foi, à la confiance selon l’étymologie. Un œil interrogateur sur Platon et Aristote qui, sans être pour autant les initiateurs d’une foi en un « ailleurs » hypothétique, ont ouvert le chemin philosophique, voie directement ouverte sur des croyances toutes confondues conscientes de ne pas réduire l’homo sapiens à un unique et tellement court temps de passage sur terre. D’autant que ce dernier est marqué de la plus grande injustice sur la base de ce que nous ne savons jamais de quoi demain sera fait et contraire à tous les procédés du raisonnement. En somme, tout le mystère de la foi.

 

C’est ma façon en tout cas, et en la circonstance, de ne pas jouer les Pétrone, de ne pas jouer les suicidaires...

 

Bernard VADON

PARLEZ-MOI D’AMOUR.
PARLEZ-MOI D’AMOUR.PARLEZ-MOI D’AMOUR.PARLEZ-MOI D’AMOUR.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :