En marge de la réforme du collège A qui perd son latin … ne gagne pas forcément en qualité de langue !

Publié le 2 Avril 2015

La modernité est nécessaire dans la mesure où elle se nourrit de richesses antérieures ...
La modernité est nécessaire dans la mesure où elle se nourrit de richesses antérieures ...

L’aversion pour le latin et le grec, la disparition des notes à l’école mais curieusement et contre l’avis européen (de quoi je me mêle !) le maintien de la tape sur le cul qui, lorsqu’elle est justifiée et modérée, contribue à remettre les jeunes pensées … affaissées en place, sans parler des rythmes et de la carte scolaires, donnent la mesure d’une société en perte totale de valeurs.

De Maupassant à Brel

La question posée à propos du latin ne date pas d’aujourd’hui.

En 1886, Guy de Maupassant s’en inspira pour écrire une nouvelle et Jacques Brel en 1962 l’immortalisa, non sans talent, dans la déclinaison de « Rosa » en latin et sous la forme musicale du tango des forts en thème et boutonneux jusqu’à l’extrême !

Aujourd’hui, dans une société – principalement française – qui entend uniformiser l’enseignement au fallacieux prétexte de donner sa chance à tout le monde, on veut tuer le latin sur l’autel de l’élitisme tout en s’en défendant au nom d’une superbe hypocrisie.

Comme si les mots – et l’élitisme en particulier - suffisaient à compenser la déficience de l’enseignement public.

Les lycées Henri IV et Louis Le Grand étant de rares exceptions qui confirment la règle.

Certains représentants ministériels ou syndicaux n’ont rien trouvé de mieux que de justifier la déroute en stigmatisant, au nom d’une mauvaise foi manifeste, l’enseignement privé et particulièrement catholique dont ils contestent, en ne reconnaissant surtout pas leur succès, la manne publique qui leur est accordée.

Les exemples ne manquent pas de ces parents de confessions pourtant diverses mais décidés à confier leurs enfants à ces institutions dont les taux de réussite sont souvent éloquents.

Je n’ai jamais été un latiniste et un helléniste émérite cependant mes premiers pas en qualité de collégien m’ont aidé à mieux appréhender les subtilités orthographiques, grammaticales et sémantiques du français. Ce qui n’est pas négligeable.

Je suis latiniste

La jeune , ambitieuse et à l’occasion méprisante ministre de l’éducation nationale – Mme Najat Vallaud-Belkacem – a manifestement l’intention de balayer, sans trop de scrupules, devant la porte du collège. En particulier, en promouvant une réforme qui ne fait pas que des heureux.

Nous n’en sommes plus au slogan feu de paille qui fit florès en janvier dernier mais ceux qui pour bien des raisons fondées entendent défendre les langues anciennes et en l’occurrence le latin et le grec, ne se privent pas de proclamer chacun haut et fort : « Je suis latiniste ! »

Dans les faits, le latin est aujourd’hui proposé aux élèves de cinquième à raison de 2 heures par semaine pour passer à trois heures en quatrième et troisième.

Une manière d’option laissée à la discrétion des parents et des élèves, de l’ordre de 20% soit , grosso modo, le chiffre non négligeable de 400.000 élèves environ.

Etant entendu que ces matières s’ajoutent à celles du programme habituel.

D’où la réaction de ceux qui ne sont pas d’accord considérant que ces matières alourdissent le travail des élèves.

Selon les auteurs du projet, la réforme fera en sorte que le latin et le grec ne soient plus, comme auparavant, des options proposées en complément des autres matières. Elles entreront dans le cadre des nouveaux enseignements pratiques transdisciplinaires (EPI).

L’avantage pour la ministre sentant venir le vent de la révolte et qui, dés lors, se réfugie dans une prudente réflexion (mais peut-on croire aujourd’hui en la parole d’un politique ?) réside dans le fait que le passage du statut optionnel à celui d’EPI doit permettre aux élèves de renoncer aux langues anciennes en changeant de niveau Et de préciser que cette souplesse aura de fortes chances d’augmenter le nombre de postulants à l’apprentissage des langues anciennes.

Un point de vue d’apparence spécieuse.

Les opposants à cette partie de la réforme estiment, quant à eux, ne pas être dupes d’un système qui, au regard d’une pseudo démocratie, vise purement et simplement sinon à moyen et même court terme, à la suppression des langues anciennes dont un grand nombre de mots sont issus.

Et de dénoncer en bloc un projet fourre-tout dans lequel, pour sauver la mise, les concepteurs soulignent l’expression orale, l’esprit créatif et la participation des élèves pour pierre angulaire de cette partie de leur réforme.

Excès de prudence

Certains n’y vont pas par quatre chemins en estimant que le latin est victime des fanatismes égalitaires et utilitaires. Dont acte !

En clair, saupoudrer un peu de grec par ci un peu de latin par là en noyant le tout dans un bain de culture générale dispensée par des enseignants aux spécialités différentes.

« Abundans cautela non nocet », en d’autres termes et pour mieux saisir la ruse du ministère souhaitant, par ces mesures d’approche un peu troublantes, contourner l’affrontement :

« Excès de prudence ne peut nuire ! »

Pourtant, il ne fait de doute pour personne (enfin pour ceux qui ont encore de la culture, et singulièrement de la culture française, une autre conception) que les langues anciennes constituent la base de notre enseignement et de la langue dont elle s’inspire mais également d’autres langues étrangères.

Un arbre sans racines ne peut harmonieusement se développer.

D’autant que l’enseignement des langues anciennes et notamment du latin ont parfaitement su négocier le virage de la modernité linguistique tout en gardant leur spécificité indispensable à l’étymologie des mots.

Il y a quelques jours, la francophonie sinon le français dans on entité linguistique et littéraire étaient en vedettes internationales.

A cet égard, il n’est pas inopportun de rappeler à nouveau combien la francophonie est représentative de cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre.

La modernité est nécessaire dans la mesure où elle se nourrit de richesses antérieures si toutefois on ne lui sacrifie pas la connaissance et le raisonnement au bénéfice d’une information le plus souvent laconique et creuse.

Quant au mot de la fin je le laisserai à Jules Michelet :

« Quelle est la première partie de la politique ?

L’éducation.

La seconde

L’éducation.

Et la troisième ?

L’éducation.»

A bon entendeur, salut !

Bernard Vadon

Guy de Maupassant et Jules Michelet : c'était hier mais tellement d'actualité !Guy de Maupassant et Jules Michelet : c'était hier mais tellement d'actualité !

Guy de Maupassant et Jules Michelet : c'était hier mais tellement d'actualité !

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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