EUTHANASIE ET FIN DE VIE : Un débat caricatural qui occulte la complexité et la réalité du problème.

Publié le 28 Avril 2015

Jean Léonetti: C'est ainsi que les hommes meurent.
Jean Léonetti: C'est ainsi que les hommes meurent.

La mort : un sujet récurrent et tabou pour un grand nombre d’hommes et de femmes.

Un point de convergence universel et final défini dans le temps par le destin ou la providence

A chacun, ensuite, de nourrir sa réflexion généralement en accord avec ses pensées philosophiques ou simplement religieuses.

La peur d’avoir un jour à rencontrer la mort. La sérénité pour ceux qui croient en une sorte de suivi spirituel. La résignation ou le désintéressement pour d’autres :

la route est jalonnée d’impondérables. A commencer par le temps de vie et de mort qui est imparti à chacun et incroyablement personnel.

A quelques rares exceptions, on ne choisit pas son heure.

Et cela, depuis que le monde est monde et surtout que le Verbe s’est fait chair (référence à Saint-Jean).

Tant que nous existons …

Depuis l’Antiquité, les thèses s’affrontent.

Les stoïciens, à l’exemple de Zénon, font preuve d’indifférence estimant que la mort est délivrance et que le mépris de la mort est liberté.

Que préconise pour sa part Sénèque sinon qu’après la mort tout finit … même la mort qui n’est rien et ne nous concerne en aucun cas.

Ce sentiment du néant est partagé par Epicure :

« Tant que nous existons, la mort n’est pas, et lorsqu’elle est là, nous ne sommes plus. »

Montaigne n’est pas le moins loquace qui affirma, maintes fois, que philosopher, c’est aussi apprendre à mourir.

La foi – même à l’image de celle du charbonnier - est aussi une réponse qui n’implique cependant pas une certitude. Croire n’écarte pas le doute. Ce dernier s’infiltre parfois et pernicieusement dans notre esprit prenant l’avantage sur cette âme qui nous habite et dont on nous a appris qu’elle était immortelle.

Indépendamment de tous les maux, dont parfois à juste titre on les accuse, les religions, et notamment la religion chrétienne, mais également les athées ou agnostiques qui ont choisi d’autres explications tout aussi respectables, apportent sinon des réponses en tout cas leurs réponses.

La religion chrétienne à la différence des autres – même si les grandes croyances monothéistes conduisent au même dénominateur divin commun - s’investit avec force dans cette espérance existentielle autrement formulée par la certitude de la parole divine incarnée par Jésus-Christ.

L’espérance chrétienne, c’est accepter l’angoisse, en l’occurrence celle de la mort, et en même temps c’est aussi et surtout vivre dans la joie d’un après qui est tout à l’opposé du néant lequel constitue pour le croyant une incroyable contradiction avec la raison, celle qui se fonde sur la vertu théologale axée sur trois principes : la foi, l’espérance et la charité. Quant à la physique quantique et la théorie du bio-centrisme, elles se proposent d’apporter à sa façon une réponse à une vie après la mort.

Plaidoyer humaniste.

Le problème, c’est que la mort n’est pas seulement une banale vue de l’esprit d’autant qu’elle est souvent précédée d’un état de faiblesse – notamment à cause de la maladie – qui pose en même temps la question de la souffrance et la façon de la combattre sinon de la soulager. Nous ne sommes plus dans l’imaginaire, fut-il merveilleux, mais dans une réalité difficile où la souffrance s’impose parfois cruellement.

Considérant que ne pas souffrir est un droit, Jean Leonetti, (ancien secrétaire d’Etat et député-maire d’Antibes Juan les Pins, qui s’était déjà distingué par son projet de loi de 2005 sur le droit des malades et la fin de vie) réitère avec une nouvelle réflexion littéraire (« C’est ainsi que les hommes meurent » aux éditions Plon dans la collection Tribune Libre) dans laquelle il s’efforce, non sans talent, de conjuguer science et philosophie.

En filigrane de ce plaidoyer humaniste, l’auteur s’interroge notamment sur l’euthanasie et en conclut :

«C’est un débat caricatural qui occulte la complexité et la réalité de la fin de vie en France ».

Aujourd’hui aux verbes guérir et sauver est venu s’ajouter celui de soulager. Mais certainement pas celui de donner la mort.

La France n’est pas seule concernée tant la question est de nature existentielle et universelle et, même si la mort, selon les cultures, bénéficie d’un traitement parfois original.

Mais pour Jean Léonetti, plus que la mort, c’est la souffrance qui est insupportable et scandaleuse, et le refus d’admettre cette réalité conduit nécessairement à l’euthanasie ou au suicide assisté.

Jean Léonetti dénonce vivement, et à juste raison, les dérives inévitables et les transgressions qui pourraient alors en résulter.

Contrairement à ce que pensent et déclarent certains, la sédation profonde et continue est une méthode d’accompagnement du malade et non pas une hypocrisie :

« Ne serait-ce que parce que les produits et les doses employés sont différents de ceux utilisés pour une euthanasie. » précise Jean Léonetti qui ajoute encore :

« Contrairement à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne, nos moyens sont insuffisants. A ce titre, on peut parler de culture médicale française. On soigne, on guérit mais on n’accompagne lorsque tout espoir est perdu. »

Autre ou rien

Robert Badinter, dont le nom est intimement lié à cet acte légal et fort de la suppression de la peine de mort, souligne dans sa belle préface l’intérêt de ce livre dense et lucide :

« Par nature, l’homme est voué à souffrir et à mourir. Comment le préparer à affronter ces maux qui s’inscrivent à l’horizon indépassable de sa vie terrestre : telle est la question fondamentale qui hante l’esprit humain et à laquelle toute société est amenée à répondre. Par la religion, pour offrir une explication à l’angoisse de l’homme. Par des remèdes et des soins, pour différer la mort. Par des rites, pour la conjurer ou l’accompagner. Par la réflexion et la méditation, propres à l’espèce humaine, pour définir une éthique du, comportement face à l’incompréhensible finitude de l’existence. Dans ce combat prométhéen, l’homme a fait reculer les barrières de l’inconnu, dissipé bien des mystères de la vie et fait progresser sans cesse les savoirs et les techniques des sciences de la vie. Mais toujours infranchissable, la ligne qui demeure à l’horizon lui rappelle qu’il est vivant sur cette terre, mais que demain il sera mort, c’est à dire autre ou rien».

Le tout est d’y croire

Jean Léonetti se permet dans son analyse une réflexion aussi personnelle qu’intéressante à laquelle sa propre culture et son éducation ne sont certainement pas étrangères :

« Le désir d’immortalité est vieux comme le monde. Moi, je trouve que savoir que l’on va mourir un jour fait tout le prix de la vie. La vraie immortalité réside dans ce que je vais transmettre : mon amour, mon expérience, une œuvre d’art que j’ai créée … et cela, au-delà des recherches fascinantes et effrayantes sur le clonage et les organes à partir de cellules souches. »

Reste l’autre grande question qui n’appartient plus au domaine de la science et des moyens possibles pour éradiquer la souffrance.

Celle de savoir d’où nous venons et surtout où nous allons et si au-delà de nos honorables et utiles testaments de vie il existe un nouvel état d’éternité sinon un suivi logique à ce passage plus ou moins long sur la planète terre.

On sait que les réponses existent. Le tout sinon l’essentiel est d’y croire.

Bernard Vadon

Intervention de Jean Léonetti ... texte de loi sur la fin de vie.

Robert Badinter : Par nature, l'homme est voué à souffrir et à mourir.

Robert Badinter : Par nature, l'homme est voué à souffrir et à mourir.

Rédigé par Bernard Vadon

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