DUEL NAJAT VALLAUD-BELKACEM - BRUNO LE MAIRE : CACOPHONIQUEMENT VOTRE ET BONJOUR TRISTESSE !

Publié le 23 Mai 2015

Bruno Le Maire et Najat Vallaud-Belkacem: une manière de jeu à qui perd gagne !
Bruno Le Maire et Najat Vallaud-Belkacem: une manière de jeu à qui perd gagne !

Le feuilleton continue sur le thème, de plus en plus récurrent, de la réforme du collège.

Alors que chacun y va de sa démonstration, le téléspectateur lambda comprend de moins en moins. Explication de texte.

L’autre soir, à l’invitation d’Europe 1 et de la chaîne I/Télé, l’indéboulonnable Jean-Pierre Elkabbach, quelque peu dépassé par le rythme infernal et brouillon imposé par les deux débatteurs, a tenté, sans succès, de recadrer le thème de l’intervention. En vain. Les échanges vifs partaient dans tous les sens, éludées les questions clés d’une réforme qui n’en finit pas de se réformer. En tout cas, dans les esprits des pour comme des contre.

Le journaliste de service chargé, en fin d’émission, de jouer l’arbitre n’éclaira guère le propos.

Résultat des courses, après une heure d’échanges parfois aigre-doux, il en résultera que la réforme, au sens propre du terme, a encore de beaux jours devant elle.

Même si d’aucuns n’ont pas du tout apprécié qu’elle soit imposée par décret assorti de la promesse qu’il sera possible d’y apporter quelques modifications.

De qui se moque t-on ?

Nos gouvernants du moment sont passés maîtres dans l’art de la mystification avec un rare culot dont Mme la ministre en titre ne manque pas. Avec une suffisance tout aussi rare.

Un moulin à paroles manifestement formaté par les spécialistes en communication de ce gouvernement. Hallucinante !

Le principe est de noyer la partie adverse dans un flot de paroles et de mots, même s’ils ne signifient rien. Ce qui fut le cas.

Najat Vallaud-Belkacem est imbattable dans le genre :

« Parle toujours, tu m’intéresses ! ».

Dans ce combat faussé et qui, au fond, n’en était pas un puisque le véritable sujet n’a pratiquement jamais été abordé, le visage de Bruno Le Maire traduisait une vive stupéfaction et un semblant de désarroi alors qu’il tentait de ramener le débat à sa juste proportion :

« Voyons plutôt ce qui ne va pas dans cette réforme annoncée et cessons de surfer sur un égalitarisme imaginaire en évitant l’essentiel à savoir d’offrir aux enfants, surtout à l’époque charnière du basculement dans le cycle collège, les véritables chances pour réussir. »

En clair, ne pas se cantonner dans une modernité aussi simpliste que de circonstance pour occulter ce qui fait la singularité et le meilleur de la France en matière de culture et d’enseignement.

Le meilleur moment de la soirée, on le doit, sans conteste, à Bruno Le Maire, à propos, justement, de cet élitisme et de cette excellence qui effraye les socialistes.

Allez savoir pourquoi ?

Emouvante, soudain, cette référence culturelle à Albert Camus et à son instituteur, Louis Germain qui, à l’instar d’André Malraux et de Roger Martin du Gard, changea le destin de l’auteur de « La peste ».

A ce même instituteur, Albert Camus offrira ce Nobel qu’on vient de lui décerner sous la forme d’une lettre merveilleuse de signification et d’enseignements.

Il l’écrira spontanément, le 9 novembre 1957, alors qu’il vient de recevoir son prix. Une lettre qui pourrait servir de pierre angulaire aux élucubrations des grands penseurs du pompeux Conseil supérieur de l’enseignement et nourrir leur réflexion afin de définir la meilleure approche pour instruire nos enfants :

« Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur.

Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces. »

Le français : une langue d’exception

Que les futurs ingénieurs en informatique ou autres sciences honorables, soudeurs ou techniciens de surface, ne parlent pas un français châtié, ne trouble pas outre mesure nos doctes (et finalement trop jeunes parce que immatures en la matière) ministres désignés.

Mme Valaud-Belkacem, en particulier.

En réalité, ces titulaires de portefeuilles clé de la République Française n’ont pas compris, ou font semblant de ne pas comprendre, que le français est, et doit rester une langue d’exception forgée sur le socle des fameuses langues anciennes … dont on parlât guère, l’autre soir.

C’est pourtant et à l’évidence, n’en déplaise à Mme la ministre, ce qui en fait toute sa singularité.

Le parcours scolaire et universitaire de celle-ci est certainement respectable mais pour ce poste important elle manque étrangement d’expérience.

Les précieux conseils qui auraient pu être suggéré par de vrais intellectuels auraient pourtant contribué à alimenter la crédibilité des porteurs du projet. Que nenni !

Cela exprimé, où sont passés les grands ministres de l’époque gaullienne ?

Pour rester dans cet élitisme qui semble tracasser les instigateurs de cette réforme, il est un autre exemple en la personne de cet écolier issu, lui aussi, d’une famille modeste de Montboudif.

En cet endroit de la France profonde, naquit en effet un certain Georges Pompidou. La primaire terminée, cet élève méritant a franchi le seuil du prestigieux Lycée Louis Le Grand (pas spécialement réservé aux pauvres) avant d’être reçu à l’Ecole normale supérieure.

Surnommé, non sans humour, l’agrégé de lettres sachant lire et écrire, Georges Pompidou, entre autres responsabilités, se distinguait, en ville, comme un fin spécialiste de la poésie.

Devinez grâce à quoi ?

Une manière de sentir

Autant dire et encouragés par ces quelques exemples, que nous vous exhortons, Mme la ministre, à privilégier l’apprentissage des langues dites « mères » (en l’occurrence, le latin et le grec) et de ne pas vous soustraire aux règles fondamentales d’une République exemplaire dont l’Histoire n’est pas un banal roman mais une somme d’événements fédérateurs chers au cœur de chaque français.

De la même manière que dans tout autre région du monde et singulièrement en Afrique où, pire, le culte de la personnalité n’est pas une vaine vue de l’esprit. On sait ce que là-bas cela signifie.

D’ailleurs, pourquoi pas mais, de grâce, pas de leçons à recevoir !

Certes, et comme dans toute histoire, la perfection n’a pas toujours été aux rendez-vous vertueux mais aux périodes sombres ont aussi succédé des moments d’intensité, spécifique à ce peuple de France qui a su faire la différence entre laïcité et attachement aux racines chrétiennes.

Vouloir, aujourd’hui, apporter à cette histoire nationale un complément cultuel – suivez mon regard - apparaît, au plus grand nombre, comme un défi plus dangereux que pertinent. Surtout, dans le contexte identitaire actuel où la priorité devrait plutôt porter sur la notion d’apaisement des passions et sur un profond respect envers la patrie des droits de l’homme et des notions de liberté, d’égalité et de fraternité dont elle se réclame.

Hier, un Arthur Rimbaud pétri de culture ancienne et aujourd’hui, un surprenant Fabrice Luchini qui regrette ses humanités manquées et se prend, avec force talent, sur la scène des Mathurins, à Paris, à rêver poésie, entre justement un Rimbaud mais aussi un Paul Valéry ou encore un Molière, un Céline ou un Flaubert, nous interpellent.

Et puis, bon sang de bois, un Fabrice Luchini , c’est quand même mieux, dans une classe, qu’un Jamel Debouze plus enclin à faire le clown qu’à illustrer, par le geste et le mot choisi, la jolie formule de Paul Valéry :

« Etre un poète, c’est une manière de sentir. »

Aujourd’hui, eu égard un discours au raz des pâquerettes, la loi impliquant la réforme, si on persiste dans cette voie, aura de fortes chances de figurer parmi les plus désastreuses de ce siècle qui s’acharne à tourner le dos à celui des Lumières.

Le nouvel ordre scolaire et collégial est peut-être déjà entré dans un processus de non aedificandi culturel.

En quelque sorte, « Bonjour tristesse » … à la manière de Françoise Sagan.

Bernard VADON

Albert Camus : hommage à l'instituteur; Fabrice Luchini : le regret des humanités; François Bayrou: expliquer, mobiliser et manifester; Georges Pompidou : un agrégé sachant lire et écrire Albert Camus : hommage à l'instituteur; Fabrice Luchini : le regret des humanités; François Bayrou: expliquer, mobiliser et manifester; Georges Pompidou : un agrégé sachant lire et écrire Albert Camus : hommage à l'instituteur; Fabrice Luchini : le regret des humanités; François Bayrou: expliquer, mobiliser et manifester; Georges Pompidou : un agrégé sachant lire et écrire
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Fabrice Luchini au journal de France 2 évoque la langue française :"L'âme n'est chaude que de son mystère" écrivait Céline.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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