A Marrakech : une église catholique agissante et vivante en terre d’Islam.

Publié le 25 Juin 2015

Un message fort et éloquent ...
Un message fort et éloquent ...

En l’église des Saints Martyrs de Marrakech, des travaux importants viennent d’être inaugurés dans l’attente de fonds destinés à la restauration de l’orgue.

Eclairage.

L’Eglise au Maroc et singulièrement la mythique Marrakech – ville-phare du tourisme – accueillent des fidèles et résidents venus du monde entier ainsi qu’une importante communauté d’étudiants et résidents sub-sahariens

L’histoire de cette paroisse commença tragiquement, un 16 janvier 1220, lorsque cinq Frères Franciscains – Bérard et ses compagnons – furent suppliciés au nom de leur foi.

Déjà !

A l’exemple, plus récemment, des moines de Tibéri en Algérie. Et actuellement des chrétiens d’Orient.

L’église construite en 1928 dans le quartier du Guéliz porte d’ailleurs le nom des saints martyrs de l’Ordre de Saint François dont une partie des reliques fut transférée en 1957 depuis l’abbaye de Coïmbra, au Portugal.

De facture très abbatiale, l’architecture est particulièrement simple et sobre dans ses lignes maîtresses. Un clocher abrite des cloches, malheureusement silencieuses, et surplombe, à l’extérieur sur la partie gauche, la nef centrale. Intérieurement, une œuvre picturale originale dans sa conception et sa réalisation, occupe l’abside. Après de nombreuses années de dissimulation sous un inopportun badigeon, les frères franciscains, qui nourrissaient le désir de redonner son brillant d’antan à cette représentation artistiquement dans la tradition des édifices religieux du Sud très inspirée des primitifs italiens, ont enfin concrétisé leur souhait.

L’oeuvre a pour centre d’intérêt un Christ Pantocrator, c’est à dire en gloire par opposition aux représentations plus courantes du Christ souffrant sa Passion sur la croix ou en nouveau-né.

Singularité

Cette fresque rare dans sa conception avait été réalisée dans les années cinquante par le Frère Bénédictin André Bouton avec l’aide du Frère Franciscain Jacques dont l’Ordre donna sa chance au grand génie italien Giotto lequel, au Christ Pantocrator, substituera la représentation d’un Christ homme au milieu des hommes. En somme, un Christ fraternel bien dans la mouvance franciscaine.

Concrètement, le Seigneur, après la Résurrection, est assis sur un trône tenant une Bible dans sa main gauche et bénissant le monde de l’autre main.

Parmi les personnages représentatifs sur cette fresque , le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir tendant sa main à un frère franciscain, confie en même temps et officiellement l’église de Marrakech à l’Ordre des franciscains mettant ainsi un terme à l’esclavage des chrétiens au 18ème siècle.

La Vierge Marie vénérée par les musulmans est également à l’honneur en l’église des Saints Martyrs.

La restauration de cette fresque, financée par le frère Victor Milicias, a nécessité le talent de l’artiste portugais Carles Arola qui s’est attaché à reprendre le projet d’origine autour de cette représentation du Christ Glorieux.

En parallèle sinon à l’opposé de l’abside, une autre œuvre plus contemporaine du peintre Philippe Jayat (Hugo) a été directement exécutée par ce dernier sur le buffet de l’orgue. L’abstraction qui caractérise cette peinture n’est cependant pas sans rappeler les vitraux qui diffusent une lumière singulière. En filigrane, cette peinture de facture résolument contemporaine, est aussi, selon son auteur, une invitation à la prière autour de formes plus abstraites mais tout autant inspiratrices de la vie de l’église.

La conscience est un sanctuaire

La communauté sub-saharienne très importante s’investit, quant à elle, dans le fonctionnement de l’église, que ce soit pour le service d’autel, la chorale et tout ce qui a trait à l’activité de cette paroisse.

D’où cette singularité des offices qui fournit un rythme original aux différentes célébrations.

D’aucuns y sont sensibles qui ont choisi, par exemple et en grand nombre, de s’unir par le mariage en l’église de Marrakech.

Avec autant de foi, la communauté de disciples de Jésus dans un pays où la grande majorité des populations adhèrent, par la force des choses à la religion de l’Islam, se retrouve dans des cercles actifs et dynamiques favorisant ou recherchant le dialogue inter-cultuel … mais aussi culturel.

Ainsi, dans le respect souhaité par les responsables du pays, les institutions catholiques s’impliquent aussi bien dans l’éducation (l’ECAM – les écoles catholiques au Maroc dont la fameuse Saadia de Marrakech sous l’autorité des sœurs libanaises – les bibliothèques etc) que dans le développement social et le caritatif.

Internet est, bien sûr en filigrane de ces actions sous forme de différents liens que d’aucuns peuvent aisément consulter. Il en résulte des groupes de réflexion apostolique auxquels participent des croyants musulmans et juifs, mais aussi des mouvements de solidarité (en particulier, Caritas-Maroc) et des rencontres de prière sans négliger la vie paroissiale courante dans le respect du maintien d’échanges inter-religieux :

« La conscience est un sanctuaire à respecter et cultiver la dimension spirituelle rend plus responsable, plus solidaire, plus disponible pour le bien commun» estimait le cardinal Jean-Louis Tauran.

Une place difficile à tenir financièrement car, à l’inverse des édifices religieux européens et singulièrement français, la plupart des églises au Maroc doit subvenir à leurs besoins. Il ne leur faut donc compter espérer qu’avec la générosité des fidèles, les dons, le denier du culte et le produit des quêtes et autres offices que les paroisses partagent avec leur diocèse.

Dans ce contexte singulier de terre islamique, l’église s’efforce de vivre et plus souvent de survivre témoignant d’un exemple remarquable de vivacité et d’enthousiasme qui interpelle tous ceux qui visitent Marrakech.

Pourtant, de l’entretien des bâtiments à tout ce qui contribue à la vie d’une communauté dont la restaurations de l’orgue, il conviendrait qu’une aide soit apportée par quelques diocèses continentaux mieux nantis mais moins informés de la situation afin qu’ils contribuent au maintien de la présence chrétienne en ces lieux. On peut rêver.

Cette foi dont on sait qu’elle peut renverser des montagnes et qui pourrait aussi et pourquoi pas, sensibiliser ceux qui la portent dans leur esprit et dans leur cœur.

Ainsi, des travaux importants de remise en état de l’église dont le toit, la mise en conformité du réseau électrique, la sonorisation, la peinture, ont été diligentés par la communauté franciscaine notamment, le custode Manuel, et réalisés par l’entreprise Simoës.

L’inauguration officielle de la fresque et de l’autel s’est déroulée récemment, à l’occasion de la fête du Sacré Cœur de Jésus, en présence de l’archevêque de Rabat, Monseigneur Vincent Landel entouré d’officiants de la communauté franciscaine.

Les amis de l’orgue de Marrakech :

Un projet spirituel, cultuel, culturel et artistique…

Est-il nécessaire de rappeler combien la musique et particulièrement la musique à caractère spirituel aide à mieux appréhender la réalité divine et la foi qui s’y rapporte.

Dans les années 60, Denise Masson, islamologue réputée, fit venir, par bateau, l’orgue relevé de l’Eglise Saint Léon à Paris afin d’en doter l’église des Saints Martyrs, à Marrakech. Durant une quinzaine d’années, elle en sera la titulaire jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus assurer ce service se contentant alors de jouer sur le Cavaillé-Coll qu’elle avait fait installer dans son Ryad ; l’instrument ayant fait une traversée commune avec celui de l’église.

L’orgue des Saint Martyrs, quant à lui, fut oublié et abandonné.

Partant de ce constat, l’Association des amis de l’orgue de l’Eglise de Marrakech, créée en 2002, a estimé qu’il pouvait être intéressant et enrichissant, dans ce pays musulman, d’œuvrer aussi et en matière de complémentarité grâce à la musique, à une meilleure compréhension d’une foi spécifique tout en respectant les chemins confessionnels de chacun notamment au travers de la musique.

Sans prosélytisme, s’entend.

Dans cet esprit, les amis de l’orgue engagèrent alors un premier travail d’expertise sous l’autorité de deux facteurs d’orgue – MM. Cicchero et Denys Delporte - examen qui s’avéra encourageant et les incita à passer à la première phase du projet de restauration à laquelle participa activement Serge Médot en qualité d’organiste permanent mais qui a, malheureusement, quitté le Maroc.

Grâce à la compréhension des premiers généreux donateurs, les fonds nécessaires à une première rénovation furent réunis. Quelques semaines plus tard, l’orgue s’exprima à nouveau pour la plus grande émotion de ses sauveteurs. L’animation des offices y gagna en qualité et quelques artistes acceptèrent de venir se produire dans l’église afin de contribuer, à leur manière, aux travaux de remise en état.

Parmi eux, Michel Chanard, titulaire des orgues de Bagnols sur Cèze, André Dubois, organiste titulaire à Lille ; Cordelia Palm, premier violon de l’Opéra d’Avignon ; Frédéric Broucke, trompette solo de l’Orchestre national de Lille ; Valéria Florencio, soprano ; Mojca Ermann, soprano ( révélée à Salzbourg) ; Gerold Huber, pianiste ; The Choir of the College of William and Mary sous la direction de Jamie Bartlett et l’organiste Thomas Marschall, entre autres, prêtèrent leur nom et leur talent pour faire aboutir la démarche : «Renaissance de l’Orgue ».

Un message fort.

Aujourd’hui, les Amis de l’Orgue poursuivent leurs recherches de fonds afin que l’instrument retrouve techniquement sa plénitude et sa puissance musicale.

Il y a quelques années, la Fondation de France sous couvert de l’Institut Culturel Français via les services consulaires de la ville, n’était pas opposée au principe de la restauration de l’orgue personnel de Denise Masson dans le but d’organiser des concerts dans le cadre de son Ryad légué à sa mort à la Fondation de France.

Cette démarche qui resta alors à l’état de vœu pieu n’a pas empêché un début de restauration de son grand frère de l’église des Saints Martyrs.

Pour l’heure, celui-ci fonctionne. Principalement lors des séjours à Marrakech de Michel Chanard – membre de l’association et par ailleurs titulaire de l’orgue de l’église de Bagnols sur Cèze en France dans le Gard –

Comme ses amis, il est tout particulièrement attaché à cette restauration.

La musique écrivait Victor Hugo c’est du bruit qui pense.

Je lui préfère cette réflexion du grand Pablo Casals :

« La musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour. Elle donne la paix à ceux qui sont sans repos, elle console ceux qui pleurent. »

Dans ces pays où nous sommes tolérés mais pas forcément acceptés, le message est éloquent et fort.

Bernard Vadon.

Contact : Eglise des Saints Martyrs - Rue Imam Ali - quartier du Guéliz 40.000 Marrakech

Tel : 00 212 (0) 524 43 05 85

Email : ofmmarrakech@yahoo.fr

La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains. La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains. La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains.
La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains. La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains. La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains.
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La grande nef le jour de l'inauguration par l'Archevêque de Rabat, Vincent Landel; la tribune et l'orgue offert par Denis Masson; l'organiste Michel Chanard; le peintre Phlippe Jayat (Hugo) qui a réalisé le décor du buffet de l'orgue; l'autel de la Vierge Marie; le nouvel autel dans le choeur avec sur la croix une inscription en langue arabe; le sultan saadien Mohammed esh Sheik es Seghir confie les clés de l'église à l'Ordre des franciscains.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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