L’art du mensonge en politique … florilège.

Publié le 11 Juillet 2015

Faut-il tromper le peuple ?
Faut-il tromper le peuple ?

Machiavel avait déjà son idée sur l’art et la manière de faire de la politique et d’enseigner au Prince l’art de la gouvernance.

Jonathan Swift, quant à lui, n’y va par quatre chemins dans un court ouvrage qui vaut plus par le poids des mots que par celui des pages.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire (en l‘occurrence l’écrire) arrivent aisément. » estimait pour sa part Nicolas Boileau.

Pour ce qui le concerne, Jonathan Swift (1667-1745) – « Les Voyages de Gulliver » notamment – est parfaitement dans son rôle de pamphlétaire politique et de satiriste brillant :

« L’indignation ardente ne peut plus déchirer son cœur. Va, voyageur, et imite si tu le peux quelqu’un qui se voua entièrement à la cause de la liberté» avait-il souhaité qu’il soit gravé sur sa tombe.

Tout un programme sinon la marque d’un fort tempérament.

Son pamphlet sur l’art du mensonge en politique est dans le genre un bel exemple d’orfèvrerie politico-philosophique et ce qui est encore plus surprenant, c’est que le propos n’a pas pris une ride.

DU BAUME AU COEUR

En période d’élections prochaines et surtout de celle qui, dans moins de deux ans, portera l’un des nombreux candidats potentiels et persuadés d’être les sauveurs de l’Etat, au poste suprême de président de la République, l’ouvrage de Jonathan Swift met du baume au cœur de ceux – malheureusement trop rares – auxquels ces dames et ces messieurs les candidats ne feront pas prendre des vessies pour des lanternes.

On pourrait faire un package pré-électoral avec le non moins fameux petit bijou écrit pat Laurence J. Peter : « Le Principe de Peter » développant la notion du fameux niveau d’incompétence.

Pour en revenir à Swift dont l’œuvre est complétée par un court texte de Jean-Jacques Courtine (« Le Mentir Vrai ») quelques extraits donnent la mesure sinon la dimension du propos.

Morceaux choisis au hasard des deux textes :

"Des mensonges coutumiers pronostiquant des catastrophes, destinés à effrayer le peuple en lui dépeignant un avenir noir pour le conduire à se contenter d'un présent gris : il faut en user prudemment, ne pas montrer au peuple des objets terribles, de peur qu'ils ne lui deviennent familiers et qu'il s'y accoutume. Ainsi de ces promesses annonçant à ceux qui feront le bon choix des lendemains qui chantent : "il ne serait pas prudent de fixer les prédictions à bref jour ; ce serait s'exposer à la honte et à la confusion de se voir bientôt contredit et convaincu de fausseté."

UN SYSTEME CHIMERIQUE

Deux partis se partageant les compétences en matière de mensonge, il reconnait "qu'ils ont l'un et l'autre de grands génies parmi eux. [L'Auteur] attribue les mauvais succès des uns et des autres à la trop grande quantité de mauvaises marchandises qu'ils veulent débiter tout à la fois : ce n'est pas, dit-il, le meilleur moyen d'en faire accroire au peuple, que de vouloir lui en faire avaler beaucoup tout d'un coup ; quand il y a trop de vers à l'hameçon, il est difficile d'attraper les goujons.

« Pour établir le crédit d'un parti, il propose un système qui semble un peu chimérique et qui ne se ressent guère de ce jugement solide que l'Auteur a fait paraître dans le reste de son ouvrage. Son système se réduit à cette proposition, qu'il faut que le parti qui veut établir son crédit et son autorité s'accorde à ne rien dire et à ne rien publier pendant trois mois, qui ne soit vrai et réel ; que c'est le meilleur moyen pour acquérir le droit de débiter des mensonges les six mois suivants. Mais il avoue en même temps qu'il est presque impossible de trouver des gens capables d'exécuter ce projet. »

A bon entendeur !

En outre, on retiendra différentes sortes de mensonges - le mensonge d'addition et de soustraction, celui de translation, le mensonge totalitaire et le mensonge démocratique - il en présente les champs d'application avec le souci constant de la mesure. Et s’interroge sur le fait de savoir si, plus c'est gros, plus ça passe ?

Réponse : pas forcément.

MENTIR VRAI !

Quant à la calomnie et la rumeur, elles peuvent alimenter le mensonge. Illustration :

"De même que le plus bas des écrivains a ses lecteurs, le plus grand des menteurs a ses crédules : et il arrive souvent que si un mensonge n'est cru qu'une seule heure, il ait fait son travail. Le mensonge vole et la vérité ne le suit qu'en boitant, de telle sorte que lorsque les hommes en arrivent à

ouvrir les yeux, c'est un quart d'heure trop tard."

"Ce n'est pas trop présumer de la crédulité de la plupart des hommes, puisque les ressorts secrets des choses leur sont ordinairement inconnus."

Il convient en tout état de cause de savoir :

« Si le gouvernement a seul tout le droit de frapper à son coin les mensonges politiques, le peuple n'a point d'autre moyen que l'exercice de ce droit incontestable, pour renverser un gouvernement dont il est las et fatigué ; qu'une abondance de mensonge politique est une marque certaine de liberté et que comme les Ministres se servent quelquefois de ce moyen pour affermir leur autorité, il est raisonnable que le peuple emploie les mêmes armes pour les abattre et pour se défendre lui-même..."

Pour autant :

"Faut-il tromper le peuple pour son bien ?"

C’est tout le paradoxe du « mentir vrai », arme fatale et de destruction massive, véritable pandémie aux limites extrêmes de l’immoralité dont les tenants de la politique business – la grande majorité – se repaissent à satiété.

Comme en matière d’effet placébo : faut t-il tromper le patient pour tenter une éventuelle guérison ?

On rejoint, en ce cas, le principe tordu du mensonge en politique autremet plus grave de conséquences.

Bernard VADON

Une hallucinante illustration de ce dont les politiques - femmes et hommes toutes tendances confondues - sont capables de nous faire "gober". Et ça marche quasiment à tous les coups ! Gravissime.

Du principe de Peter à l'art de la gouvernance façon Machiavel ...Du principe de Peter à l'art de la gouvernance façon Machiavel ...

Du principe de Peter à l'art de la gouvernance façon Machiavel ...

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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