Par la volonté d’internet ou ainsi soit … clic !

Publié le 31 Juillet 2015

Par la volonté d’internet ou ainsi soit … clic !

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Une fois encore, la citation de Nicolas Boileau se veut conforme à l’ensemble des discours qui ne nourrissent pas seulement les journaux mais suscite l’envie de les acheter et un minimum d’attention sinon de concentration pour les lire et surtout assimiler le contenu des articles.

Avec les technologies qui, lentement mais sûrement, ont investi le domaine de la presse et singulièrement de la presse écrite jusqu’à les conduire, pour un grand nombre, aux dépôts de bilan, on aborde une autre façon d’ingurgiter les propos et surtout de les analyser.

Hier, le fameux courrier des lecteurs exigeait de leurs auteurs un minimum de potentialités intellectuelles pour ne pas passer pour un imbécile. Aujourd’hui, il suffit de cliquer pour accéder au message-réponse (souvent type … je n’ai pas dit débile… quoique !) qui se moque de tout académisme et souvent de toute réflexion de base pour ne pas abonder dans la banalité et pire, le n’importe quoi.

Pour tout dire, la nuance, qui, entre autres, avait cet avantage subtil de s’ajouter à l’essentiel pour le modifier légèrement mais suffisamment pour le distinguer de l’objet principal, a été sacrifiée sur l’autel du langage moderne – écrit et parlé – composé de bric et de broc.

Ainsi, le plus extraordinaire schisme entre la raison et la manière de l’exprimer a fait subrepticement son chemin sans bruit mais quelle efficacité !

Quant à l’audio et le « télé » visuels, ils n’ont fait qu’amplifier cet accès à la vox populi universelle. En somme, pour paraphraser René Descartes et son fameux « cogito ergo sum » : je suis (donc, à la rigueur j’existe) mais je ne pense plus !

Une génération d’idiots

Ainsi, la certitude l’emporte toujours sur le doute méthodique mais à cette différence prés, et ô combien importante, que cette certitude, comme la conçoit le philosophe Descartes, ne s’accompagne plus de la réflexion inhérente à toute forme de pensée.

La technologie actuelle, par réseaux sociaux interposés, contribue insidieusement à ce gel de l’intelligence tout en donnant à chacun une importance inopérante et surtout passive importance du fait de la virtualité prégnante au nom d’un vertueux principe de service donc de qualité et de sécurité. Difficilement contestable. Et pourtant !

C’est l’imposition du sempiternel « je suis » mais je ne pense plus … ou mieux, je ne suis plus invité, naturellement, à penser.

Donc, je subis. Et souvent à mon corps, et pire, à mon âme défendant.

Je ne suis même plus, comme dans « Hernani », une force qui va mais plutôt une sorte de zombie secoué dans les méandres d’une actualité dévorante et à terme abrutissante.

Peu importe, au fond, que la parole d’Einstein soit contestée par certains quant à la véracité de sa célèbre et dérangeante prédiction, on peut quand même s’interroger sur le fait que lorsque la technologie surpassera nos échanges humains, le monde enfantera une génération d’idiots.

D’autant moins sot comme déduction que les compagnies en charge de la modernité ambiante sont grandement consommatrices de ces précieuses données que nous leur offrons via internet.

Les Delon, Schneider et autres Bardot, Monroe imaginaires par « selfies » interposés sont devenus les modèles incontrôlables d’un casting fictif et parfois pitoyable où la sensation d’exister ne tient qu’à un clic qui fait de chacun d’entre nous les otages d’un système savamment élaboré pour nous déposséder de tout ce qui fait notre individualité, et par voie de conséquence, notre véritable personnalité.

Allégeance

L’illusion existentielle est parfaitement efficiente.

Nous sommes dans l’ère du « Big Data ». Les humains sont à deux doigts de céder la place aux algorithmes. Nous ne sommes déjà plus tellement conscients du fait qu’une autre forme d’intelligence via les géants de la technologie – Google, Apple et IBM notamment – sont en train de prendre la main sur notre aptitude à décider et, dans la foulée, sur notre futur.

Ils rêvent d’une nouvelle société et répandent le miel de leur folie singulière jusqu’à nous prédire l’éternité alors même que l’intelligence classique continue de se casser les dents, et le reste, sur notre existentiel.

Et dans ce charivari sociétal, les internautes font inconsciemment allégeance au système.

Démonstration :

Dans le journal « The Observer », l’auteur américain Bruce Schneier dénonce ce qu’il nomme l’architecture de surveillance et que représentent notamment les internautes :

« Notre relation avec un grand nombre de sociétés internet dont nous dépendons n’est pas une relation traditionnelle client-entreprise. Principalement, parce que nous ne sommes pas les clients. Nous sommes les produits que ces entreprises vendent à leurs clients réels. Les entreprises sont similaires aux seigneurs féodaux et nous sommes leurs vassaux, leurs paysans et parfois leurs serfs. Nous sommes, pour ces entreprises, des fermiers qui travaillent sur leurs terres en produisant des données qu’ils vendent à leur tour pour leur profit. Certains ont fait allégeance à Google. D’autres font allégeance de façon similaire à Apple. Nous pourrions préférer un seigneur féodal aux autres. Nous pourrions répartir notre allégeance entre plusieurs de ces sociétés ou éviter soigneusement une société qui ne nous plait pas. Peu importe, il est de plus en plus difficile d’éviter le serment d’allégeance à au moins l’un d’entre eux.»

La magie de la « Silicon Valley » n’est plus une vaine vue de l’esprit ou un vaste laboratoire pour pseudos-professeurs Nimbus en mal d’imagination ; elle apparaît, plus que jamais, comme le creuset où la destinée humaine ne sera plus le fait du hasard pour les uns ou de la providence pour les autres.

A ce titre, il n’est peut-être pas encore trop tard pour rattraper le temps d’une réflexion qui nous échappe dangereusement.

Et du même coup, paraphraser la célèbre locution adverbiale ainsi soit il (so be it, en anglais) en contrôlant dorénavant et un peu mieux ce qu’aujourd’hui j’appellerais : l’ainsi soit … clic !

Bernard VADON

Virtuellement vôtre  ou ainsi soit ... clic ! Bruce Schneir, cryptologue et spécialiste en sécurité informatique : une architecture de surveillance; Descartes : la certitude et le doute méthodique; La génération actuelle selon Einstein...no comment !Virtuellement vôtre  ou ainsi soit ... clic ! Bruce Schneir, cryptologue et spécialiste en sécurité informatique : une architecture de surveillance; Descartes : la certitude et le doute méthodique; La génération actuelle selon Einstein...no comment !Virtuellement vôtre  ou ainsi soit ... clic ! Bruce Schneir, cryptologue et spécialiste en sécurité informatique : une architecture de surveillance; Descartes : la certitude et le doute méthodique; La génération actuelle selon Einstein...no comment !
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Virtuellement vôtre ou ainsi soit ... clic ! Bruce Schneir, cryptologue et spécialiste en sécurité informatique : une architecture de surveillance; Descartes : la certitude et le doute méthodique; La génération actuelle selon Einstein...no comment !

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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