VRAI OU FAUX : LE SAINT SUAIRE DE TURIN FAIT PLUS QUE JAMAIS DEBAT.

Publié le 22 Juillet 2015

Une provocation à l'intelligence.
Une provocation à l'intelligence.

Le Saint Suaire de Turin n’a pas fini de faire débat et de déplacer les foules de fidèles (en 2010, plus de deux millions de personnes sont venues vénérer ce qui n’est pourtant et pas encore considéré comme une relique).

Quant aux tenants de la reconnaissance de son authenticité, ils en ont été une nouvelle fois pour leurs frais et ont dû se contenter de ce qu’avait déclaré en 1998 Jean-Paul II à son propos :

« C’est une provocation à l’intelligence ».

Ainsi, pour la troisième fois de l’histoire du linceul, en décidant de la procédure d’ostension, le pape François ne souhaitait certainement pas s’aventurer dans des affirmations sinon des révélations tapageuses au risque, dans une conjoncture encore pétrie de doutes, de la voir lamentablement démentie.

Contrairement à quelques excités de l’encensoir qui n’ont pas manqué – peut-être par dépit – de critiquer le souverain pontife lors de présence turinoise, le 21 juin dernier, estimant que son attitude ne reflétait pas l’émotion spirituelle attendue.

Relique ou simple objet de piété, le mystère perdure.

Ce qui n’a pas empêché François de se déplacer dans la région d’origine paternelle – le Piémont – pour venir vénérer le Saint-Suaire.

Qui suis-je ?

Comme à son habitude, ce pape d’exception qui n’est pas homme à se laisser facilement déstabiliser et qui n’a de cesse de pratiquer l’humilité à tous niveaux, d’une phrase sibylline mais forte, a donné le change à ses détracteurs :

« Qui suis-je pour juger ? ».

Cette même interrogation prononcée en d’autres circonstances et autres lieux, appliquée cette fois en filigrane de ce linceul énigmatique ne manque pas de nourrir notre perplexité au-delà d’analyses scientifiques qui n’ont pas pleinement convaincu mais qui, au-delà des doutes, n’ont pas éteint toutes espérances. Sinon l’espérance telle que la conçoivent les chrétiens, en regard de la Résurrection.

Une finalité spirituelle et existentielle que d’aucuns considèrent finalement comme acquise au seul motif de la foi.

Celle qui avait troublée Thomas et que rapporte le bel évangile du deuxième dimanche après Pâques.

Ce jour où le Christ est réapparu aux apôtres et singulièrement à Thomas souhaitant conforter sa foi en posant ses doigts dans les plaies de Jésus et à l’invitation de celui-ci.

Ce dernier - sans acrimonie ni reproches qu’aurait simplement pu motiver cette interrogation - avec infiniment de douceur se contentant de répondre :

« Cesse d’être incrédule Thomas. Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

En d’autres termes, la foi chrétienne ne relève pas du domaine de la preuve. Le fait que cet « objet » (le linceul) ne constitue en aucune manière une preuve de la Résurrection – et qui en est le fondement – n’ajoute rien à cette foi. A présent, il ne fait de doute pour personne, et pour nous en l’occurrence, que la certitude de son authenticité apporterait un plus à une croyance déjà affirmée.

Appel à la compassion

Pour François – et cette exégèse est aussi belle que rassurante - le Saint-Suaire communique « une grande paix », et particulièrement le « visage défiguré » du Christ, à ceux de « tant d'hommes et de femmes blessés par une vie non respectueuse de leur dignité, victimes de guerres et de violences qui frappent les plus faibles ».

Le Saint-Suaire, une pièce de lin de 4,36 mètres sur 1,10 mètres sur laquelle, selon la tradition, se serait imprimée l'empreinte du corps de Jésus supplicié et en particulier son visage, a été découvert au milieu du XIVe siècle dans la collégiale Notre-Dame à Lirey, près de Troyes.

Déjà, lors du pontificat de Benoit XVI qui avait qualifié cet objet d’Icône du Samedi Saint, ce tissu qui semble avoir bien voyagé temporellement et spirituellement, divisait les scientifiques. Des historiens, s'appuyant sur une datation au carbone 14 réalisée en 1988, avaient notamment considéré que sa fabrication remonterait au Moyen-Age.

Cette visite de François marque donc et une nouvelle fois l'importance qu'il accorde à la piété populaire. Le pape la considère comme une manifestation de foi plus importante que les preuves scientifiques des phénomènes considérés comme miraculeux.

Les preuves formelles, pour certains, ne semblant pas avoir satisfait l’Eglise.

Le pape ne se dérobe pas pour autant à sa difficile mission évangélique et en appelle, au travers du mystère, à la compassion. Particulièrement, envers les immigrés de la Méditerranée afin qu’ils ne soient pas traités comme des ‘‘marchandises’‘.

A nouveau , il insiste sur la relation privilégiée entre le Christ et les hommes, principalement les pauvres :

« Le Suaire attire vers le visage et le corps martyrisé de Jésus, et, en même temps, nous amène à considérer le visage de toute personne souffrante et injustement persécutée.”

Ambiguïté historique

Ainsi, une nouvelle fois et au grand désappointement de certains, la prudence de l’Eglise s’impose. On sait avec quelle luxe de précaution elle valide les miracles.

Une raison qui ajoute au fait que, pour l’instant, elle considère le linceul comme un objet de piété et non pas comme une relique.

Face à cette position tranchée, Arnaud Aaron Upinsky – Directeur du symposium scientifique international de Rome – n’y va pas par quatre chemins pour provoquer le Saint Père et le prier, sinon l’adjoindre, de mettre un terme à ce qu’il considère comme une sorte d’ambiguïté historique.

Nous lui laissons, avec tout le respect que l’on doit à sa théorie, la responsabilité de sa très longue et parfois touffue sinon quelque peu absconse mais savante – peut-être trop - démonstration. Extraits :

« A l’heure du Massacre des Chrétiens d’Orient, de la revendication du « droit au blasphème », de la croisade pour la défense de la « Liberté d’expression » et de la nouvelle ostension du Linceul de Turin du 18 avril au 24 juin 2015, le moment n’est-il pas venu d’en finir avec cette Censure sans fin qui prive cette pièce archéologique la mieux mesurée au monde de la Reconnaissance officielle de son authenticité « religieuse » par l’Eglise, alors même que la Reconnaissance de son authenticité « scientifique » est déjà acquise, depuis sa proclamation officielle par le Symposium Scientifique International de Rome en 1993 ?

« Vrai ou faux, relique ou icône, objet de science, de foi ou de spéculations hasardeuses ? L’intolérable ambiguïté demeure, perfidement distillée au goutte-à-goutte dans les média depuis 1988. Elle doit cesser ! Lors de votre prochain face-à-face avec le Saint Suaire, le 21 juin prochain à Turin, que répondrez-vous, vous-même « en Vérité » à l’ultime question qu’il vous posera : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » A la réponse courageuse à cette question, se trouve suspendu le défi à la « Liberté d’expression » le plus décisif pour l’avenir scientifique, politique et religieux, de l’Humanité : son rapport nécessaire à cette Vérité dont l’« Homme du Linceul » s’est justement fait le Verbe incarné ! Mais le Linceul étant d’abord un objet scientifique (sans laquelle nul ne saurait conclure sur ce qu’il est, ce qu’il signifie, ce à quoi doit servir), encore faut-il pour que vous puissiez trancher le nœud d’infamie de cette ambiguïté, que vous disposiez des raisons scientifiques comminatoires qui obligent votre Sainteté, qui font que vous ne puissiez plus jamais dire : « Je ne savais pas » ! »

Et M. Aaron d’ajouter :

« Après la confirmation intrinsèque de l’erreur de datation au C14 du Linceul, de 1988, déjà acquise au Symposium de Rome et médiatisée lors de l’ostension de 2010, il ne reste plus la moindre raison de différer la Reconnaissance officielle de l’authenticité du Linceul par l’Eglise, qui consiste tout simplement à revenir au statu quo ante de véritable Relique de la Passion et de la Résurrection d’avant 1988, puisque l’authenticité du Linceul fut officiellement reconnue par l’Eglise, d’une manière ininterrompue de 1473 à 1988, date de son interruption depuis 27 ans !

« En Vérité, l’Eglise n’a donc plus le choix ! Sauf à vouloir persister dans l’erreur, pour respecter le verdict de la Science ainsi que l’engagement de Jean-Paul II, elle se trouve déjà dans l’impérieuse obligation d’acter, à son tour, la Reconnaissance officielle de l’authenticité du Linceul. »

Ce siècle sera religieux …

Sans vouloir trahir la pensée de cet honorable mathématicien, nous ne donnerons pas, par souci d’attention soutenue, la suite de sa longue lettre adressée au Saint Père avant que ce dernier ne se rende à Turin mais nous conseillons chacun de lire cette longue missive minutieuse mais par trop détaillée. Certes, on comprend la détermination de l’auteur et aussi « sa » certitude mais on peut aussi et avec modestie se poser la question de savoir si ce long plaidoyer pour la reconnaissance du linceul n’aurait pas mérité plus de concision même au risque d‘un texte elliptique. Cela dit, nous pensons qu’il aurait gagné en compréhension.

Ce siècle sera religieux ou ne sera pas, déclarait André Malraux. Les ans ont passé et on attend toujours le verdict de la preuve des preuves. La signification du « signe de Jonas ».

L’extraordinaire piété populaire suscitée autour du linceul de Turin est en soi une réponse à la question existentielle qui taraude l’homo sapiens depuis le commencement des temps. Et ça continue de plus belle dans un siècle de plus dépendant d’un matérialisme vain, envahissant et finalement traumatisant parce que rejetant toute forme de véritable bonheur.

Entre les tenants de l’authenticité ou ceux qui attendent encore plus de la révélation scientifique pour se prononcer quant à la qualification du linceul : icône ou relique, le débat – plutôt que le combat – n’est pas clos.

Il s’y ajoute une guerre des mots sinon des verbes : vénérer ou adorer.

Plus que l’opposition entre vérité et faux c’est bien le mystère qui prévaut.

Cette manière divine de provocation à l’intelligence qui cautionne cette autre certitude fondamentale qui au-delà de l’épreuve de l‘éprouvette nous transcendent au travers de cette question banale :

« Qui suis-je et qui est-il ? »

Une équation simple et en même temps compliquée qui justement se joue admirablement de notre intelligence sans pour autant – subtilité éminemment divine – oublier la référence historique :

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. »

Bernard VADON

Arnaud Aaron Upinsky: une ambiguïté historique; Le Saint Suaire attire vers le visage du Christ; François dernièrement à Turin : la prudence de l'Eglise.Arnaud Aaron Upinsky: une ambiguïté historique; Le Saint Suaire attire vers le visage du Christ; François dernièrement à Turin : la prudence de l'Eglise.Arnaud Aaron Upinsky: une ambiguïté historique; Le Saint Suaire attire vers le visage du Christ; François dernièrement à Turin : la prudence de l'Eglise.

Arnaud Aaron Upinsky: une ambiguïté historique; Le Saint Suaire attire vers le visage du Christ; François dernièrement à Turin : la prudence de l'Eglise.

Rédigé par Bernard Vadon

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