EFFATA (en araméen) … autrement dit : « ouvre-toi ! »

Publié le 12 Septembre 2015

Un geste naturel mais en même temps difficile pour le plus grand nombre
Un geste naturel mais en même temps difficile pour le plus grand nombre

Affirmer et comprendre que gouverner c’est prévoir au même titre qu’il vaut mieux tenir que courir, témoigne de ce que les dictons, en règle quasi générale, ont la vie dure.

Quelque part on ne peut que s’en réjouir dans la mesure où c’est un moyen comme un autre de ne pas trop désespérer lorsque le présent et plus encore l’avenir n’encouragent pas à la joie.

Loin de moi l’idée de mettre en unique évidence des situations difficiles comme c’est actuellement le cas et aller dans le sens de la théorie de certains exégètes en la matière prônant le fait que le monde a perdu ses repères et que la boussole commandant la raison a quelque peu perdu le Nord.

Au-delà des faits, il faut cependant convenir qu’aujourd’hui tout n’est pas si bien et convenable dans le meilleur des mondes.

LA FIN DES TEMPS

Le climat qui bouscule quelques idées reçues et laisse à la nature, via quelques caprices parfois dramatiques - tsunami et tremblements de terre en prime avec cerise sur le gâteau quelques inondations bien évidemment catastrophiques- sont autant de signes que la planète communément dite bleue est tombée dans un chaudron infernal qui met à rude épreuve le temps immémorial des saisons, favorisant un courant froid dans les zones communément chaudes et réchauffant, en revanche, des contrées traditionnellement froides.

Loin de moi l’encouragement à laisser croire les prophètes de l’extrême connectés sur l’éminence de tous nos malheurs et qui sait de la fin des temps.

Lors d’un récent dîner, ma voisine de table, face à mon inquiétude a souhaité me faire l’historique d’un univers qui, finalement et selon elle - n’en est pas à son premier soubresaut climatique.

Dont acte.

Le temps n’est peut-être pas encore venu d’imaginer, de manière tragique, ce qu’il adviendra de ces populations sporadiquement confrontées à un ordre naturel en crise et qui à leur tour chercheront refuge ailleurs.

ANOMALIE

Aujourd’hui, dans un tout autre registre les migrants pour les uns, les réfugiés pour les autres, mettent en question nos consciences jusqu’à déstabiliser le fonctionnement de sociétés installées dans une forme d’opulence matérielle en totale inadéquation avec les réalités du moment.

L’insupportable et affreusement triste photo de ce bambin gisant sur le sable est offerte à nos regards pour, semble t-il, éveiller les consciences. Fallait-il en arriver à cette manière d’outrance médiatique pour dénoncer les horreurs commises par des désaxés ?

Ou simplement illustrer le fait établi depuis la nuit des temps que la guerre n’est pas particulièrement belle ?

Certes, des voix s’élèvent pour dénoncer cette anomalie qui a, pour plus récent exemple, celle qui frappa l’Europe par un volume équivalent lors de la deuxième guerre mondiale.

Comme toujours, ce ne sont pas les plus nantis, et souvent les forts en gueule, qui ouvrent leur escarcelle ou simplement leurs maisons pour accueillir ces laissés pour compte.

Simple et banale constatation au-delà de quelques exceptions qui confirment la règle.

Parmi ceux qui s’offusquent – têtes d’affiches en tous genres et toutes spécialités professionnelles confondues – combien se mettent à disposition ?

Les conseilleurs sont rarement les payeurs. L’exception, là encore, confirmant la règle avec le geste de ce responsable politique finlandais qui, spontanément, a décidé de mettre sa maison de campagne, inoccupée une partie de l’année, à la disposition de deux familles de réfugiés. Quelques entités, notamment sportives, ont sans trop de discrétion mis la main à leurs poches bien garnies. Quant à nos politiques et autres stars du système médiatique relèveront-ils le défi ?

Les mères Térésa et autres sœur Emmanuelle et abbé Pierre agissaient sans attendre l’effet d’annonce. C’était hier.

Contrairement à ce croient (ou espèrent) certains, la publication de la photo du petit syrien, Aylan Kurdi, sur la plage d’Ali Hoca Burnu, près de Bodrum, ne changera pas la face du monde mais on peut rêver !

Pourtant, c’est bien dans notre manière de reconsidérer nos mauvaises habitudes en laissant de côté nos égoïsmes latents que nous accèderons non pas à un ordre mais à un monde nouveau.

De façon regrettable, chacun a meilleur compte de se décharger sur autrui de tous les dérapages qui affectent notre monde politique, économique et social.

Cependant, dans cette course contre la montre à la recherche d’un équilibre perdu, il se trouve encore quelques êtres lucides et surtout courageux pour tirer la sonnette d’alarme.

Lanceurs d’alertes ou pourfendeurs des théories en opposition à tout ce que la nature offre pourtant de meilleur en ne laissant pas la meilleure part au profit.

EMOTION ET RAISON

Alors, je me suis pris à rêver sur un paradis virtuel et verdoyant offrant ses vallonnements gracieux entre deux pièces d’eau tranquilles. Ces champs impeccablement fauchés où des étourneaux fous s’ébattent en recherche de quelques graines éparpillées entre deux sillons de terre brune.

Et si le bonheur à procurer résidait dans ces instantanés et pas forcément dans des prospectives à long terme dont on nous rebat actuellement et sur tous les tons les oreilles ?

La réalité est au temps présent plus qu’à celui du futur et la façon dont on résoudra les problèmes actuels devrait, semble t-il, conditionner nos lendemains.

Toute la question se résume dans ce court texte extrait de la traduction de la bible, rapporté par l’évangéliste Marc. Elle pourrait se résumer en un mot clé hérité de l’araméen prononcé par le Christ à propos de la guérison d’un sourd muet :

Effata ! Plus explicitement : ouvre-toi !

En termes autrement symboliques et dans l’actuel climat d’hostilité maximale et de désespérance quasi générale, de crainte aussi et peut-être justifiée, de l’utilisation du phénomène de fuite par la bande de Daech, l’ouverture aux autres, et par déduction naturelle à l’amour, est effectivement un incroyable sésame.

Deux mille ans après, les scribes et les pharisiens du 21ème siècle ont à peine évolué. Les trompettes d’hier ont été tout bonnement remplacées par les micros et les caméras du temps présent mais quelques anonymes et autant de sans grades ont été touchés par la grâce, celle qui, au-delà du handicap physique évoqué par la parabole, leur permet d’entendre, via le cœur, le cri de détresse de leurs frères en humanité : les hôtes de la maison commune comme le pape François la nomme joliment.

Un message d’amour à l’intention des sourds et des muets dont la société humaine regorge. Malheureusement.

Avec cette nuance dépendante de cette situation singulière où le cas dit de conscience ne doit pas éluder le fait que l’émotion risque d’affecter dangereusement la raison en privilégiant l’accueil de circonstance.

Bernard VADON

EFFATA (en araméen) …  autrement dit : «  ouvre-toi ! »
EFFATA (en araméen) …  autrement dit : «  ouvre-toi ! »
EFFATA (en araméen) …  autrement dit : «  ouvre-toi ! »

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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