Pour son soixante dixième anniversaire l’ONU - ce « machin » selon De Gaulle – doit prendre la mesure de ses responsabilités. Leçon de courage et de lucidité du pape François.

Publié le 28 Septembre 2015

La guerre est la négation de tous les droits.
La guerre est la négation de tous les droits.

L’anniversaire des 70 ans de l’existence de l’ONU - ce machin comme la nommait le général De Gaulle, non sans dérision mais peut-être aussi un sens certain de ces réalités auxquelles cette « grosse machine » est parfois indifférente – fut un prétexte de circonstance à l’intervention exceptionnelle du pape François lors de son voyage américain après avoir été cubain.

D’ailleurs, en préambule d’un discours qu’il engagea tout naturellement en évoquant l’histoire et l’organisation de cette entité, le souverain pontife, une fois encore et peut-être plus que dans ses précédentes interventions, ne s’est pas gêné pour enfoncer le clou en ne dérogeant pas de l’esprit fondamental des messages qu’il entend faire passer.

La violence qui perdure à tous niveaux et de façon scandaleuse ne pouvait que lui donner raison lui qui se présente comme l’apôtre de la paix et de la réconciliation.

De la prolifération des armes individuelles aux armes nucléaires en passant par le narcotrafic sans oublier le rappel à l’ordre moral destiné en particulier au clergé américain et bien sûr la crise climatique qu’il a si bien analysé dans son encyclique « Loué sois-tu », la matière ne manquait pas. En tout état de cause, le pape François ne pratique pas la langue de bois. Une grande leçon de courage et de lucidité pour l’ensemble des gouvernants de la planète.

François entendait aussi s’associer à l’appréciation de ses prédécesseurs, en réaffirmant l’importance que l’Eglise catholique accorde à cette institution (l’ONU) et l’espérance qu’elle met dans ses activités :

« Les Organismes Financiers Internationaux doivent veiller au développement durable des pays, et à ce qu’ils ne soient pas soumis, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance ».

Le ton du discours est donné. Retour aux droits élémentaires :

« La limitation du pouvoir est une idée implicite du concept de droit. Donner à chacun ce qui lui revient, en suivant la définition classique de la justice, signifie qu’aucun individu ou groupe humain ne peut se considérer tout-puissant, autorisé à passer par-dessus la dignité et les droits des autres personnes physiques ou de leurs regroupements sociaux.»

Et François de poursuivre en un sens qui dérange :

« Le panorama mondial, aujourd’hui, nous présente, cependant, beaucoup de faux droits, et – à la fois - de grands secteurs démunis, victimes plutôt d’un mauvais exercice du pouvoir, l’environnement naturel ainsi que le vaste monde de femmes et d’hommes exclus. Deux secteurs intimement liés entre eux, que les relations politiques et économiques prépondérantes ont fragilisés. Voilà pourquoi il faut affirmer avec force leurs droits, en renforçant la protection de l’environnement et en mettant un terme à l’exclusion. »

Pause sur le droit à l’environnement :

« Avant tout, il faut affirmer qu’il existe un vrai ‘‘droit de l’environnement’’ pour un double motif. En premier lieu, parce que nous, les êtres humains, nous faisons partie de l’environnement. Nous vivons en communion avec lui, car l’environnement comporte des limites éthiques que l’action humaine doit reconnaître et respecter.

En second lieu, parce que chacune des créatures, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures. »

« Nous les chrétiens, avec les autres religions monothéistes, nous croyons que l’Univers provient d’une décision d’amour du Créateur, qui permet à l’homme de se servir, avec respect, de la création pour le bien de ses semblables et pour la gloire du Créateur. Mais l’homme ne peut abuser de la création et encore moins n’est autorisé à la détruire. Pour toutes les croyances religieuses l’environnement est un bien fondamental ».

« L’abus et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus implacable d’exclusion. En effet, la soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles et les personnes ayant moins de capacités. »

Le pape enfonce le clou dans un secteur qui peut faire très mal à certains gouvernants notamment à propos de l’exclusion économique et sociale qui, selon lui, est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement. Les plus pauvres sont ceux qui souffrent le plus de ces atteintes pour un triple motif grave : ils sont marginalisés par la société, ils sont en même temps obligés de vivre des restes, et ils doivent subir injustement les conséquences des abus sur l’environnement. Ces phénomènes constituent la ‘‘culture de déchet’’ aujourd’hui si répandue et inconsciemment renforcée !

Déclarations à effet tranquillisant sur les consciences

« Le drame de toute cette situation d’exclusion et d’injustice, avec ces conséquences claires, me conduit, avec tout le peuple chrétien et avec tant d’autres, à prendre conscience aussi de ma grave responsabilité à ce sujet, et pour cette raison, j’élève la voix, me joignant à tous ceux qui souhaitent des solutions urgentes et efficaces. L’adoption de l’Agenda 2030 pour le Développement Durable’’ au Sommet mondial est un signe important d’espérance. J’espère que la Conférence de Paris sur le changement climatique aboutira à des accords fondamentaux et efficaces. »

« Le monde réclame de tous les gouvernants une volonté effective, pratique, constante, des pas concrets et des mesures immédiates, pour préserver et améliorer l’environnement naturel et vaincre le plus tôt possible le phénomène de l’exclusion sociale et économique, avec ses tristes conséquences de traites d’êtres humains, de commerce d’organes et de tissus humains, d’exploitation sexuelle d’enfants, de travail esclave – y compris la prostitution -, de trafic de drogues et d’armes, de terrorisme et de crime international organisé. L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. »

« À aucun moment, il ne faut oublier que l’action politique et économique est efficace seulement lorsqu’on l’entend comme une activité prudentielle, guidée par un concept immuable de justice, et qui ne perd jamais de vue, qu’avant et au-delà des plans comme des programmes il y a des femmes et des hommes concrets, égaux aux gouvernants, qui vivent, luttent et souffrent, et qui bien des fois se voient obligés de vivre dans la misère, privés de tout droit. »

Du nucléaire à l’espèce humaine en péril en passant par le drame moyen-oriental

« La crise écologique, avec la destruction d’une bonne partie de la biodiversité, peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir, doivent être un appel à une sérieuse réflexion sur l’homme

« La guerre est la négation de tous les droits et une agression dramatique contre l’environnement. Si l’on veut un vrai développement humain intégral pour tous, on doit poursuivre inlassablement l’effort pour éviter la guerre entre les nations et entre les peuples.

A cette fin, il faut assurer l’incontestable état de droit et le recours inlassable à la négociation, aux bons offices et à l’arbitrage. »

Tout en saluant l’expérience des Nations Unies, le Saint Père ne se prive pas de mettre en évidence ce paradoxe de l’efficacité que peut présenter l’application des normes internationales et l’inefficacité de leur inobservance :

« L’expérience des 70 ans d’existence des Nations Unies, en général, et en particulier l’expérience des 15 premières années du troisième millénaire, montrent aussi bien l’efficacité de la pleine application des normes internationales que l’inefficacité de leur inobservance. »

« Le récent accord sur la question nucléaire dans une région sensible de l’Asie et du Moyen Orient est une preuve des possibilités d’une bonne volonté politique et du droit, exercés de façon sincère, patiente et constante. Je forme le voeu que cet accord soit durable et efficace, et qu’il porte les fruits désirés avec la collaboration de toutes les parties impliquées. »

« Je ne peux m’empêcher de réitérer mes appels incessants concernant la douloureuse situation de tout le Moyen Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie, ont été forcés à être témoins de la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons comme de leurs propriétés, et ont été mis devant l’alternative de fuir ou bien de payer de leur propre vie, ou encore par l’esclavage, leur adhésion au bien et à la paix. »

« Ces réalités doivent constituer un sérieux appel à un examen de conscience de la part de ceux qui sont en charge de la conduite des affaires internationales. Non seulement dans les cas de persécution religieuse ou culturelle, mais aussi dans chaque situation de conflit, comme en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Libye, au Sud Soudan et dans la région des Grands Lacs, avant les intérêts partisans, aussi légitimes soient-ils, il y a des visages concrets. »

Le narcotrafic : une guerre assumée et faiblement combattue !

« Dans cette même ligne, je voudrais faire mention d’un autre genre de conflit pas toujours clairement déclaré mais qui, en silence, provoque la mort de millions de personnes. Un autre genre de guerre que vivent beaucoup de nos sociétés à travers le phénomène du narcotrafic. Une guerre ‘‘assumée’’ et faiblement combattue. Le narcotrafic, de par sa propre dynamique, est accompagné par la traite des personnes, le blanchiment des actifs, le trafic des armes, l’exploitation des enfants et par d’autres formes de corruption. »

Référence au pape Paul VI qui, il y a 50 ans, lançait déjà un avertissement d’une actualité stupéfiante :

« Voici arrivée l’heure où s’impose une halte, un moment de recueillement, de réflexion, quasi de prière: repenser à notre commune origine, à notre histoire, à notre destin commun. Jamais, comme aujourd’hui, n’a été aussi nécessaire l’appel à la conscience morale de l’homme ».

Paul VI d’ajouter alors :

«Le vrai péril se tient dans l’homme, qui dispose d’instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu’aux plus hautes conquêtes ».

La maison commune, autrement dit le monde, doit, estime le pape François, continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme, des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des abandonnés et de ceux qui sont jugés bons à exclure parce qu’on ne les perçoit plus que comme des chiffres de l’une ou l’autre statistique.

Et le pape de conclure sur une note d’espérance en dépit d’une situation préoccupante qui n’échappera pas aux dirigeants des pays membres parmi lesquels des représentants d’Etats qui ignorent les droits de l’homme les plus élémentaires. Suivez mon regard :

« Le temps présent nous invite à privilégier des actions qui créent de nouveaux dynamismes dans la société jusqu’à ce qu’ils fructifient en événements historiques importants et positifs.

Nous ne pouvons pas nous permettre de reporter pour plus tard ‘‘certains agendas’’. L’avenir exige de nous des décisions critiques et globales face aux conflits mondiaux qui augmentent le nombre des exclus et de ceux qui sont dans le besoin. »

Bernard VADON

Plus d'un million de fidèles ont assisté à Philadelphie à la dernière célébration eucharistique du pape François sur le continent américain. Moment fort et intense à l'ONU où il a été accueilli par le secrétaire général Ban Ki-moon. Aussi bien dans la rue avec les sans abris qu'à Ground Zero ou encore avec les représentants des communautés l'immense popularité du pape François est une réalité de chaque instant.Plus d'un million de fidèles ont assisté à Philadelphie à la dernière célébration eucharistique du pape François sur le continent américain. Moment fort et intense à l'ONU où il a été accueilli par le secrétaire général Ban Ki-moon. Aussi bien dans la rue avec les sans abris qu'à Ground Zero ou encore avec les représentants des communautés l'immense popularité du pape François est une réalité de chaque instant.Plus d'un million de fidèles ont assisté à Philadelphie à la dernière célébration eucharistique du pape François sur le continent américain. Moment fort et intense à l'ONU où il a été accueilli par le secrétaire général Ban Ki-moon. Aussi bien dans la rue avec les sans abris qu'à Ground Zero ou encore avec les représentants des communautés l'immense popularité du pape François est une réalité de chaque instant.
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Plus d'un million de fidèles ont assisté à Philadelphie à la dernière célébration eucharistique du pape François sur le continent américain. Moment fort et intense à l'ONU où il a été accueilli par le secrétaire général Ban Ki-moon. Aussi bien dans la rue avec les sans abris qu'à Ground Zero ou encore avec les représentants des communautés l'immense popularité du pape François est une réalité de chaque instant.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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