« ELECTIONS : PIEGE A CONS ? » (1)

Publié le 19 Octobre 2015

« ELECTIONS : PIEGE A CONS ? » (1)

Exceptée l’interrogation, dans cette formule éminemment sinon efficacement elliptique, tout est dit … ou presque.

Et l’auteur – Jean Salem – de ce titre évocateur (Elections : Piège à Cons ?) n’y va pas par quatre chemins pour appeler un chat un chat.

Quant à la perspective des prochaines élections régionales, elle est significative de l’enjeu que représente cet événement politique qui présente, par ailleurs et de la part de la plupart des candidats, un spectacle de plus en plus calamiteux et de plus en plus désespérant.

N’en déplaise aux thuriféraires de la gent politique plus soucieuse, pour les cadets de la profession de faire carrière au sens le plus affairiste du terme que de servir honnêtement – au moins au sens intellectuel du terme - et sans contrepartie la cause publique. Quant aux éléphants et autres squales, rompus à toutes les astuces qu’offre le système pour garder la main jusqu’à ce que mort s’ensuive, ils ont tous l’expérience requise pour pérenniser leur contrat. Le sénat, la plus inutile organisation publique qui soit, en est, entre autres, un brillant exemple. Si l’on peut dire.

PLURALITE DES IDEES

Jean Salem est aussi le parfait exemple du fils de son père – Henri Alleg - essayiste et historien. Et comme ce dernier, il a de l’entregent dans le club protégé des intellectuels. On aime ou pas.

Sinon que ce professeur à la Sorbonne, directeur du Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne et spécialiste du matérialisme antique qui a fait de l’Histoire de la philosophie l’une de ses spécialités sans oublier l’économie, dérange. Et son discours, révélateur d’un marxiste mâtiné du néologisme d’islamophilie (ce qui est son droit) pourrait aussi illustrer le sacro saint nom de la pluralité des idées… histoire d’élargir le champ de la tolérance.

Même si on ne partage pas dans son intégralité ses idées. Ce qui est mon cas. Qu’on ne se méprenne cependant pas trop surtout lorsqu’il s’agit de philosophes lesquels, ces derniers temps, donnent singulièrement de la voix médiatique.

Comme le faisait remarquer un analyste à propos de Jean Salem :

« Ses engagements le regardent et le moins que l’on puisse affirmer c’est s’il qu’il ne transige pas dans sa vision du monde et singulièrement d’une société experte dans l’exploitation du non événement. Féroce critique d’un capitalisme dont il souligne la toute puissance et l’agressivité tout en étant paradoxalement mais réellement moribond. D’où ses prises de position en politique et contre un comportement sociétal générant de regrettables emballements médiatiques sur fond d’une profonde désinformation du monde libre. »

D’où son penchant pour le droit à l’écoeurement et son peu d’aménité envers certains philosophes et en particulier Michel Onfray qui, pour se distinguer, s’est fait une spécialité dans la critique des religions.

LE SUFFRAGE UNIVERSEL EN CAUSE

En revanche, Jean Salem, auteur de nombreux autres essais parfois sulfureux - dont « Rideau de fer sur le Boul Mich » et de ce non moins fameux pamphlet intitulé : « Elections Piège à Cons » avec, précisons-le quand même, un point d’interrogation - déteste ce qu’il appelle le non événement. Il n’a pas totalement tort surtout par les temps qui courent.

Oui et pour me répéter, Jean Salem n’y va pas par quatre chemins pour affirmer que l’erreur politique majeure réside dans le suffrage universel et dans la mauvaise compréhension de l’abstention violemment pointée du doigt par les perdants d’une élection. Qu’ils soient de droite ou de gauche et plus encore du centre.

Repenser alors le suffrage universel ?

Jean Salem en est convaincu :

« Quand Bonaparte [Napoléon III] eut assassiné la République, déclarait Liebknecht, il proclama le suffrage universel. Quand le comte de Bismarck eut assuré la victoire des hobereaux prussiens, il proclama le suffrage universel ».

Face à la montée du fascisme et du national-socialisme, Jean Salem en oublie le jeu de la rhétorique pour analyser la situation en dressant un tableau du cirque électoral, dénonçant au passage la confiscation du pouvoir que ce cirque autorise et entretient sous nos yeux pour enfin déplorer le processus qui s’ingénie à organiser des élections ininterrompues dans lesquelles on fait vivre (ou survivre) le citoyen des démocraties fatiguées.

Etat des lieux :

« Nous sommes dans une période de crise suraigüe du capitalisme, [d’une] période d’anxiété et de troubles, [d’une] période qui sent l’avant-guerre ». Du Coriolan de Shakespeare à Marx ou encore Maupassant et Octave Mirbeau, nombreuses sont les sources qui s’inquiètent de cette « agrégation des opinions ».

Quant à la moralité et à l’honnêteté politiques, elles se résument pour Jean Salem dans cette étrange mentalité qui permet de conclure à cette évidence désarmante affirmée par ce candidat à des élections en Croatie :

« Votez pour moi ! Pour vous, cela ne changera rien. Mais, pour moi, beaucoup ! »

ARTEFACT DE CIRCONSTANCE

L’abstention revient en force et c’est bien dans la démission de l’État et la « professionnalisation », voire dans la « monétarisation de la solidarité » qu’il faut en chercher les causes.

Ainsi, de la disparition de l’État à un service public qui se minimalise en passant par des intérêts invisibles, il n’est pas surprenant que l’abstention explose. En manière d’explication, l’auteur s’en remet à Maupassant qui dans « Bel-Ami » (deuxième partie chapitre III) écrit :

« C'était un de ces hommes politiques à plusieurs faces, sans conviction, sans grands moyens, sans audace et sans connaissances sérieuses, avocat de province, joli homme de chef-lieu, gardant un équilibre de finaud entre tous les partis extrêmes, sorte de jésuite républicain et de champignon libéral de nature douteuse, comme il en pousse par centaines sur le fumier populaire du suffrage universel. » (Maupassant, Bel-Ami, deuxième partie, chapitre II).

Et Jean Salem d’en conclure :

« Un tel système, il ne s’agit pas de l’humaniser. […] Il faut l’abattre. Après quoi, c’est promis : je me rendrai aux urnes sans barguigner » !

Quant à Paul Claudel et pour rester dans la note discordante, il estimait, justement à propos des élections, qu’elles sont « l’abdication périodiquement rabâchée par un peuple gâteux »

Dont acte.

Pas très flatteur pour l’électeur lambda et surtout pour les professionnels des hémicycles mais une certaine clairvoyance dans la réactualisation ce « bis repetita » historique sinon de cet artefact de circonstance.

Bernard VADON

(1) Titre emprunté à l’ouvrage de Jean Salem et paru en 2012.

De Paul Claudel à Maupassant en passant par Michel Onfray : le poids des intellectuels. De Paul Claudel à Maupassant en passant par Michel Onfray : le poids des intellectuels. De Paul Claudel à Maupassant en passant par Michel Onfray : le poids des intellectuels.

De Paul Claudel à Maupassant en passant par Michel Onfray : le poids des intellectuels.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :