RODRIGUE, AS-TU DU COEUR ?

Publié le 9 Octobre 2015

La mythique pièce de Corneille est inscrite dans nos gènes ...
La mythique pièce de Corneille est inscrite dans nos gènes ...

En ce monde où la violence nous agresse à tout bout de champ, où la parole s'emballe et se laisse aussi emporter par une sorte d'excitation dévoyée, où les amplificateurs médiatiques se déchaînent, le coeur et par extension l'amour, l'un des piliers et non des moindres de notre littérature et singulièrement de nos lettres, sont mis à une difficile contribution, aux frontières de l'accident cardio-vasculaire, façon comportementale.

A ce stade critique, il parait peut-être opportun de s'en retourner à certaines sources. De s'asseoir sous le pommier biblique et de savourer un grand bol de silence réparateur.

Le moment est parfois inspiré d'en appeler à une autre forme de réalité paradoxalement moins terre à terre et dont pourtant elle reste mystérieusement dépendante.

Rodrigue as-tu du coeur ?

La question de Don Diègue dans la mythique pièce de Pierre Corneille - le Cid - est inscrite dans nos gènes et nous interpelle à chaque fois que nous trébuchons dans nos milieux divers, familiaux, amicaux, relationnels, professionnels.

As-tu du coeur ?

Cette référence à ce que d'aucuns ou d'aucunes définissent comme un organe conoïde, creux et fibreux, enfermé dans la poitrine, principal agent de la circulation du sang, le coeur, un moteur indispensable à la vie mais aussi et par extension à notre existence intellectuelle et peut-être mieux encore, s'impose alors comme l'élément clé de notre survie.

Le coeur est effectivement social et plus encore religieux.

La passion ... je n'ose pas dire l'amour.

Pourtant, qu'est ce que donc que l'amour ?

Le coeur haut placé, plein de ciels, de feuillages et d'oiseaux.

L'amour qui lève la tête.

L'esprit est moraliste, le sexe est métaphysique ou social, mais le coeur est poète.

Certes, le coeur a ses modes. Il n'est plus en dentelles, en panache, en redingote.

C'est le coeur en blue-jean.

Le chant du coeur qui s'accroche aux couleurs du monde quand il meurt faute de nourritures charnelles et refuse les amplificateurs, note, avec infiniment de délicatesse dans la préface de l'un de mes livres, l'écrivaine disparue, Françoise Parturier.

"C'est difficile de n'être pas aimé."

"Oui, c'est difficile. Jusqu'à en mourir."

Quand le désespoir s'appelle disponibilité, on ne ramasse plus les morceaux de son coeur dans les mêmes lieux.

Les étapes de la douleur ne sont pas les mêmes.

Pourtant il est un trait commun à toute époque : toujours l'amour malheureux dessille les yeux. L'esprit n'est plus la dupe du coeur. Et vient un moment où le chagrin d'amour s'envole dans la beauté du monde, écrit encore Françoise Parturier.

L'art qui transcende la souffrance, permet de renaître à la vie.

Sempiternelle question : Rodrigue as-tu du coeur ? questionne Don Diègue.

Au-delà de l'argument de la pièce, il y a cette pierre angulaire qui nous est commune, il y a l'amour. Tout et ... trop simplement !

Nous sommes tous des Rodrigue en puissance... mais avons-nous encore du coeur ?

Et l'amour dont il se nourrit, ce sentiment d'une extrême complexité. Et finalement indispensable à la vraie vie.

Celle, notamment, à laquelle nous invite la fiancée du Cantique des Cantiques ou Chant de Salomon. La poésie y est transcendée par la magie d'un vocabulaire onirique mais puissant.

Et cela au-delà de toutes exégèses.

Bernard VADON

De Corneille à Salomon en passant par Françoise Parturier : les feux de l'amour !
De Corneille à Salomon en passant par Françoise Parturier : les feux de l'amour !
De Corneille à Salomon en passant par Françoise Parturier : les feux de l'amour !

De Corneille à Salomon en passant par Françoise Parturier : les feux de l'amour !

Pèlerin as-tu du coeur ? : Le frère David Macaire l'an dernier à Lourdes nous donnait une version puissante et singulièrement nourrissante de l'amour spirituel et par voie de conséquence, humain.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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