LA MARCHE VERTE : 40 ANS APRES. HASSAN II – MOHAMMED VI : PASSAGE DE RELAIS SUR LA ROUTE DU SUD.

Publié le 10 Novembre 2015

40 ans après, le défi à relever est entre le mains du fils
40 ans après, le défi à relever est entre le mains du fils

C’était il y a 40 ans … le 6 novembre 1975.

Désireux d'intégrer le Sahara espagnol au Maroc, le souverain marocain Hassan II entame une «marche verte» en traversant la frontière du Sahara occidental. Il est suivi par quelques 350 000 marcheurs volontaires, pour la plupart pauvres et munis uniquement du Coran.

Le Maroc réclame la propriété du Sahara occidental, un territoire colonisé par l'Espagne depuis 1860. Malgré sa faible population, celui-ci attise la convoitise de ses voisins à cause de ses ressources naturelles, particulièrement en phosphates. Manifestement, un coup de génie !

En ce jour anniversaire, le roi Mohammed VI, en un terme fort – rupture – a donné le ton de la politique qu’il entendait mener afin que cette région prenne le virage d’une modernité apte à dynamiser sa propre économie. Il a officiellement et à l’adresse des provinces du sud lancé un vaste et ambitieux projet de développement dans tous les secteurs économiques, touristiques et surtout sociaux générateur d’emplois. C’est une dynamique forte qui devrait faire de cette région une véritable tête de pont entre le Maroc et l’Afrique. A suivre.

Restent les problèmes de société. Ceux auxquels le roi Hassan II était confronté et qu’il n’esquivait d’ailleurs pas lorsqu’il s’agissait d’en parler. Dans le cadre d’interviews, par exemple. Sujets récurrents s’il en est que le roi actuel se devra également de prendre en compte et leur trouver des solutions sinon des réponses.

Demain est un autre jour …

Du port du voile à la parité hommes femmes en passant par l’immigration, l’intégration, le fondamentalisme et l’intégrisme, les mariages mixtes et la coexistence multi culturelle, autant de sujets sensibles évoqués en son temps et non sans un certain courage et lucidité par le souverain disparu. Flash back.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas … on prend les mêmes et on recommence … demain est un autre jour !

Les expressions ne manquent pas pour singulariser des situations qui, au bout du compte, ne sont pas aussi singulières qu’on le dit.

Un peu comme la mode qui, elle aussi, ne subit pas tant les avatars ou les outrages du temps puisqu’on a coutume de dire qu’elle est un éternel recommencement.

Le prétexte philosophique et plus encore l’affirmation politique peuvent aller jusqu’à devenir un concept.

La culture et la civilisation fournissent des exemples à en veux-tu que voilà.

Témoignage :

Le Roi Hassan II du Maroc qui parfois pouvait être excessif – comme tout homme, fut-il monarque – se distinguait par sa façon visionnaire d’apprécier le monde et particulièrement son pays et surtout par des qualités incontestables quant à son sens aigu de la politique autant nationale qu’internationale.

Et cela, au-delà, parfois, d’une autorité liée à sa fonction qui n’alla pas sans quelques bavures sciemment relevées par quelques journalistes, français notamment.

La réponse fut alors sans appel :

« Il ne faut pas vous prévaloir de notre amitié pour aller plus loin qu’il ne faut. »

Linguiste orfèvre

Redoutablement intelligent quant à la promptitude et la précision dans ses réparties, il avait, grâce à une maîtrise parfaite du français, l’art du mot juste et parfois tueur.

Orfèvre linguiste doté d’une mémoire hors du commun, il ne répugnait pas, lors d’interviews rares mais restées mémorables, à reprendre un journaliste, fut-il de qualité, lorsque celui-ci ne maîtrisait pas correctement ses références.

Jean Daniel en fit l’amère expérience lors d’une certaine « Heure de Vérité » sur l’A2 en se faisant épingler sur une citation incorrectement attribuée.

C’était en décembre 1989. L’émission phare de François-Henri de Virieu avait pour décor le Palais royal de Rabat.

Moments choisis sur des préoccupations qui n’ont pas pris une ride :

Ainsi, en fut-il de la problématique culturelle posée par le port du voile (déjà !) qui avait suscité à l’époque la polémique dans un établissement scolaire, à Créteil, dans la région parisienne.

L’affaire avait alors fait grand bruit et, de ce fait, le monarque marocain ne manqua pas d’être interpelé sur la question :

« La majorité des femmes marocaines ne portent pas le voile. Nous n’avons pas l’impression qu’en cela elles contreviennent aux commandements de l’Islam car les commandements, concernant le port du voile, sont définis dans le temps et l’espace. »

Précisons qu’il intervint personnellement, via son ambassade parisienne, pour que les lycéennes de Créteil renoncent à porter le voile en classe.

Mieux encore, Hassan II parle, non plus de voile, mais de « fichu » et récuse sèchement l’expression de « foulard coranique ».

Explication :

« On ne peut mettre les saintes écritures sur des tissus ! ».

A propos de la coexistence

Quant à la coexistence entre les bons musulmans qui respectent la loi de l’Islam et une société laïque, il n’y a pas, selon Hassan II, de raison qu’elle ne soit pas harmonieuse.

En revanche, pour ce qui concerne l’immigration, le roi exprimait un avis très net :

« Je suis contre l’immigration clandestine mais pour l’immigration contrôlée. »

Quant à l’intégration la réponse fut tout autant catégorique :

« Je suis contre dans un sens ou dans un autre ! »

Comme il s’estimait, dans le même discours, contre le droit de vote des émigrés aux élections locales :

« Cela ne marchera pas et nous mènera à des magouilles. »

« Un bon travailleur émigré c’est celui qui va acquérir une formation professionnelle supplémentaire et qui ensuite revient chez lui. »

Les mariages mixtes :

« C’est vraiment le calcul des probabilités le plus improbable. Pour un qui réussit il y en a cent qui échouent. Je ne recommande pas les mariages mixtes ni dans un sens ni dans un autre.

Et la position de la femme dans l’Islam :

« Le prophète a dit, l’homme et la femme sont des frères siamois devant les droits et les obligations … au Maroc, nous sommes fondamentalistes mais justement, le fondamentalisme nous interdit l’intégrisme. »

Enfin, l’image de l’Islam :

« Il a fallu qu’un monsieur apparaisse et s’appelle Khomeiny pour qu’immédiatement on se mette à se taper dessus alors qu’on a vécu en très bons frères pendant 14 siècles ! »

Le plus important : la fraternité

Force est de reconnaître, à quelques rares exceptions prés, combien le sujet est d’actualité.

Le double langage quand ce n’est pas la double nationalité de certains personnages confortablement installés dans notre vie publique et républicaine invite à la réflexion.

Les plus socialement nantis ne sont pas les derniers à jouer d’une forme d’arrogance agaçante au grand dam de l’establishment populaire.

Ce qui n’a rien à voir avec l’accueil de l’autre et singulièrement de l’étranger dans la mesure où la réciprocité est appliquée et la culture de l’accueillant est respectée. Ce qui n’est pas toujours le cas.

A ce titre, le propos alimente la source de conflits sinon d’incompréhension abondamment exploitée, notamment, par les voilées et les barbus. Nous en avons actuellement, au Proche-Orient, la triste et déplorable illustration.

Il en ressort une incompatibilité que l’on s’évertue à ne pas admettre. Un rempart manifeste à la réciprocité, l’égalité et ce qui devrait en résulter, à savoir le plus important, la fraternité.

On peut le regretter et, là encore, Hassan II, à propos de l’intégration des marocains, affirmait :

« L’exprimeront-ils qu’ils ne le pourront pas ! »

En termes plus fermes :

« Ils ne seront jamais à 100% français ; ça, je peux vous l’assurer. » (sic)

Une société ouverte

Au delà du principe d’une foi universelle et monothéiste que nous partageons aussi en tant que croyants – n’en déplaisent à ceux qui ne le sont pas mais nous les respectons pareillement - la religion, qui trouve en l’occurrence une partie de ses repères dans le livre sacré du Coran, est, malheureusement et en partie, à l’origine de cette regrettable différence qui imprègne deux cultures spécifiques.

Et donne du fil à retordre aux responsables actuels de tous bords et de toutes origines.

Cela, en dépit du combat engagé par une frange de musulmans modérés soucieux de s’affranchir du seul carcan islamique. Sans oublier ces hommes et ces femmes de bonne volonté fidèles aux principes hérités notamment d’autres religions ou philosophies qui rêvent tout autant d’une société plus accessible et surtout plus ouverte, moralement et socialement.

Quelques exceptions heureuses existent. Malheureusement, et selon le dicton, elles confirment trop souvent la règle !

En conclusion, ce constat royal est un point de vue estimable et réaliste qui mérite réflexion mais n’interdit pas d’espérer, des uns et des autres, respect et tolérance toujours dans un esprit de réciprocité.

Même s’il y a encore loin, très loin, de la coupe aux lèvres !

Etant entendu qu’au bout du compte, et pour satisfaire les plus sceptiques, que le dernier mot appartiendra un jour aux historiens et aux sociologues.

Mais surtout pas aux politiques.

Quarante après, pour ce qui concerne les provinces du sud, le défi à relever est entre les mains du souverain actuel.

Ce temps d’anniversaire est un nouveau départ.

Bernard VADON

La décision du père et l'engagement du fils pour une authentique et belle région du futur.La décision du père et l'engagement du fils pour une authentique et belle région du futur.La décision du père et l'engagement du fils pour une authentique et belle région du futur.
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La décision du père et l'engagement du fils pour une authentique et belle région du futur.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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