TOUSSAINT : crémation ou inhumation ?

Publié le 1 Novembre 2015

La Toussaint : un moment favorable pour réfléchir.
La Toussaint : un moment favorable pour réfléchir.

Une regrettable confusion est parfois faite par le plus grand nombre persuadés que la Toussaint - célébrée le 1er novembre - commémore le souvenir des disparus alors que cette fête (c’en est une) honore avec joie tous les saints connus ou inconnus. Le jour qui suit – en l’occurrence le 2 novembre - étant consacré au culte des morts.

La représentation de Fra Angelico est à ce titre une superbe illustration de ce moment fort que représente cette célébration pour l’Eglise catholique de rite latin.

Quelques évêques et autres nonces n’ont à ce titre rien à envier à leurs supérieurs cardinaux que par ailleurs le pape François n’épargne pas lorsque l’occasion se présente.

Mégalomanie ou simple besoin d’exister, il s’en trouve toujours un pour défrayer, d’une manière ou d’une autre, la chronique.

Les réseaux sociaux, parfaits relais des médias installés, sont là pour les mettre à tort (le plus souvent) ou à raison (rarement) en vedette.

SUJET SENSIBLE

Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, en cette Toussaint 2015, si sympathique soit-il, n ‘a pas failli à la règle et à cette occasion a fait comme on dit le « buzz » de circonstance sinon enfoncé une porte ouverte sur un sujet sensible, la mort « glorieuse » pour les croyants et qui est, humainement pour beaucoup un « scandale ».

Prudemment certes sinon en bon jésuite (au sens discutable du terme) il a ainsi proposé une réflexion sur le choix entre inhumation et crémation tout en se garantissant d’un retour de manivelle en précisant (pour rassurer les authentiques cathos dont je suis) que l’Église, si elle n’interdit plus la crémation (encore heureux !) accorde sa préférence à l'inhumation. Ben voyons !

Un choix sinon une appréciation qui le regarde dans une institution qui s’implique intelligemment dans une modernité incontournable à laquelle d’autres confessions monothéistes n’adhèrent pas. C’est leur problème mais sur ce point j’estime que le catholicisme marque des points.

Ainsi, ce docte Monseigneur aurait-il pu tout aussi bien proposer une réflexion sur la communion des fidèles qui, fort heureusement, n’oblige plus au passage par le confessionnal laissant le choix d’une contrition librement consentie et surtout affirmée. Question personnelle et d’entente avec le Très-Haut justifiée par la formule sacramentelle :

« Dis seulement une parole et je serai guéri ! »

Sur ce point encore, nous dirons que le choix est, en conscience et en adéquation totale, laissé à la discrétion de chaque fidèle.

Ce qui n’est pas du goût des intégristes. Ce dont se fichent (et nous aussi) le plus grand nombre de ceux qui, conformément à l’un des nombreux cantiques festifs de la Toussaint, constituent « le peuple immense ».

TERRE OU FEU ?

Mais revenons à nos moutons sinon à certains de nos exégètes mitrés en puissance :

« Inhumation dans la terre ou crémation dans le feu, que choisir ? » questionne Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles.

Et ce dernier d’assurer :

« A l’occasion de la Toussaint, le temps est favorable pour réfléchir à cette question qui nous concerne tous »,

Plutôt que le temps j’écrirais le moment. Mais bon, trêve de sémantique de circonstance, passons.

Pour Mgr Dufour, la progression de la pratique de la crémation vient bousculer la tradition.

C’est un point de vue sinon une banale mais certes respectable constatation.

Et d’ajouter :

« Si, depuis 1963, l’Église catholique n’interdit plus la crémation, elle donne toujours sa préférence à la pratique traditionnelle de l’inhumation ».

Une préférence qu’il justifie (c’est encore son opinion) par la « haute estime » et le « grand respect du corps » qu’ont les chrétiens, qui considèrent qu’il « fait partie intégrante de la personne humaine » et que « le corps est le temple de l’Esprit saint ».

« Lors des obsèques, poursuit le docte Mgr Dufour, le défunt sera remis à Dieu, corps, esprit et âme, tel qu’il fut au cours de son existence terrestre ».

« A l’inverse, estime encore l’évêque, « la crémation nous interroge. Nous respectons les familles qui la choisissent pour leurs défunts, et nous les rejoindrons toujours, à leur demande, pour une prière chrétienne au crématorium ».

C’est une position déplacée, amplement désuète et restrictive, propre à réduire et choquer l’immense foule des saints anonymes délaissant chaque jour un peu plus les célébrations eucharistiques.

Pour preuve de cette affirmation totalement fausse, la multitude de personnes qui entendent être honorées d’une messe de funérailles précédant une crémation n’altérant en rien, au moins pour les croyants, le parcours céleste de l’âme commencé à l’ultime souffle de l’intéressé.

UNE BELLE OCCASION DE SE TAIRE

On sait depuis longtemps où se trouvent les fossoyeurs de notre religion en perte de vitesse. Ceux qui, à l’instar de ce cher Monseigneur :

...« Jugent » (de quel droit d’ailleurs, alors que le pape François lui-même, dans un comportement sociétal autrement grave, s’interrogeait magnifiquement, en lieu et place de souverain pontife, sur ca capacité de juger) « brutale » la crémation « telle qu’elle est pratiquée en France » car toujours selon lui « elle réduit le corps à une sorte de néant » la distinguant en ce sens (on n’est jamais assez prudent en pareilles circonstances) de la crémation effectuée selon les « traditions religieuses d’Extrême Orient qui s’accompagnent de rites sur plusieurs semaines ».

La messe n’est pas dite pour autant. D’autant que l’on occulte la belle symbolique des Cendres, moment fort et puissant précédant la Pâques.

En effet, Monseigneur Dufour – toujours prudemment - précisant :

« Ces traditions n’attachent pas au corps l’importance que lui donne le christianisme ».

Ce qui est fondamentalement inexact et ne peut que blesser ceux qui la pratiquent.

Manifestement, Monseigneur Dufour, avec tout le respect que l’on doit à sa fonction, se trompe de cible et de combat où nuances et tolérances sont singulièrement de mise mais a surtout manqué une belle et opportune occasion de se taire !

Bernard VADON

Une belle et émouvante illustration de la fête de tous les saints connus et inconnus.

Des rites en Extrême-Orient à la symbolique chrétienne des Cendres ou quand  Monseigneur Dufour s'interroge sur un sujet sensible ...
Des rites en Extrême-Orient à la symbolique chrétienne des Cendres ou quand  Monseigneur Dufour s'interroge sur un sujet sensible ...
Des rites en Extrême-Orient à la symbolique chrétienne des Cendres ou quand  Monseigneur Dufour s'interroge sur un sujet sensible ...

Des rites en Extrême-Orient à la symbolique chrétienne des Cendres ou quand Monseigneur Dufour s'interroge sur un sujet sensible ...

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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