QUAND LA TABLE – SELON FATEMA HAL - INTERCEDE AU NOM DE LA PAIX, VIA LA DIPLOMATIE.

Publié le 23 Mars 2016

De l'anthropologie à l'art culinaire.
De l'anthropologie à l'art culinaire.

S’il est vrai que tous les chemins mènent à Rome on pourrait appliquer la formule, sinon le dicton populaire, à la gastronomie, l’une des activités humaines les plus nourricières, si toutefois on peut oser la comparaison.

Quoique, finalement, cette activité culinaire relève autant d’une forme de spiritualité avec une pointe subtile d’irrationnel. Surtout, quand la passion s’en mêle. Ce qui est souvent le cas lorsque le cuisinier officie sur son piano.

En d’autres termes, le cœur a souvent ses raisons que la raison ne connaît pas.

CONSENSUS

En ces quelques mots, la messe pourrait être dite et ce n’est pas Fatéma Hal, qui figure en tête de gondole gastronomique internationale, qui contredira cette manière de concept et qui, pour faire bonne mesure, concède que l’on ne fait bien que ce que l’on aime. (1)

Cuisinière es-qualités (elle revendique, non sans humour, cette appellation qu’elle préfère à celle de chef plus restrictive dans le genre … suivez mon regard) Fatéma Hal a d’abord porté son choix universitaire sur l’anthropologie qu’elle étudiera sur les bancs de l’Ecole pratique des hautes études avant de décrocher un diplôme d’ethnologue.

Une incursion savante au cœur de la société humaine encline, depuis la nuit des temps, à privilégier, toutes proportions gardées et selon les siècles, le plaisir de manger et par voie de conséquence celui de partager. Pour finalement parvenir à un consensus dans les cas de désaccord parfois les plus sévères.

Néanmoins, n’est pas épicurien qui veut. Au sens gastronomique, s’entend.

Enrichie d’une solide culture culinaire marocaine découverte au contact de sa famille, Fatéma Hal va rapidement comprendre et faire ensuite aussi rapidement comprendre, combien les arts de la table sont porteurs de valeurs insoupçonnables.

LA CUISINE ET LA DIPLOMATIE

Récemment, sur les antennes de Luxe Radio (une radio marocaine qui ne craint pas de se positionner comme pionnière de l’élévation culturelle) dans le cadre de Marocotel (Salon international de l’équipement professionnel pour l’hôtellerie, la restauration, les métiers de bouche, le bien-être et les loisirs) Fatéma Hal débattait, non sans talent, et enthousiaste comme à son habitude, sur le thème quelque peu original mais finalement de circonstance :

« L’histoire du rôle des arts culinaires dans la diplomatie et le rapprochement des cultures ».

Pas moins !

Comparaison surprenante certes mais au fond réaliste lorsque l’on sait combien de nœuds Gordien ont finalement trouvé des solutions heureuses à la seule découverte d’un menu alléchant.

A ce propos, les exemples ne manquent pas de ces anecdotes croustillantes vécues autour d’une table.

En somme, l’art de mettre la diplomatie dans tous ses états :

« Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es ».

Brillat-Savarin en rajoutant une louche, pour parler familièrement :

« Les connaissances gastronomiques sont nécessaires à tous les hommes puisqu’elles tendent à augmenter la somme des plaisirs qui leur est destinée ».

OUBLIER LES DIFFERENCES

Fatéma Hal entend quant à elle défendre et développer ce qu’elle appelle avec beaucoup de perspicacité et de passion « la cuisine du lien ». Celle qui ne se contente pas de réunir des gens autour d’une table pour les satisfaire dans tous les meilleurs sens du terme mais surtout pour leur faire oublier leurs différences et les inciter à s’aimer et à s’accepter par le truchement de cet art culinaire que l’on pratique depuis que le monde est monde.

Dans cette subtile et intellectuelle recette du bien manger pour bien vivre, l’ethnologue n’est pas loin avec cette recommandation de facture

Béotienne et cette règle essentielle de distinguer le fait que si l’on mange essentiellement pour vivre on peut aussi vivre pour bien manger et dans le même prendre du plaisir. Retour sur Epicure.

A se demander si nos diplomates ne devraient pas profiter d’une formation spécifique afin de les initier aux subtilités de la gastronomie. En quelque sorte, la « Diplomat Food » est à inventer.

Pour cette ardente ambassadrice de la cuisine marocaine (une préférence qui ne l’empêche pas de célébrer les autres cultures culinaires), il est temps que le Maroc, à l’instar d’autres pays dont la France, s’emploie lui aussi à former des cuisiniers dignes de ce nom et que chacun, dans chaque entité restauratrice marocaine, puisse accorder sur leurs menus la place que la gastronomie marocaine mérite en invitant à la célébration d’un terroir spécifique et finalement unique dans son genre.

Aujourd’hui, l’exception confirme la règle mais ce n’est pas uniquement de l’exception dont on peut se contenter et se prévaloir.

LIANT POLITIQUE

Pour Fatéma Hal le temps est venu de défendre la cuisine marocaine, ses origines et ses singularités, comme on le ferait pour toute autre culture et toute autre tradition de référence.

La cuisine marocaine est en effet officiellement reconnue comme la deuxième cuisine au monde.

Il lui reste encore à bouger certaines lignes pour affiner ses repères et devenir incontournable. Devenir authentiquement crédible.

Parce que la cuisine reste un liant politique, économique, social et culturel.

Pour Fatéma Hal qui, dans cette tribune récente organisée avec la participation de représentants du monde de la restauration et de l’hôtellerie, apportait avec talent sa note personnelle, il ne fait pas de doute que la cuisine peut constituer un indéniable facteur de rassemblement et de paix.

Tout simplement et grâce à la notion de partage qui la caractérise.

L’auteure de « La Fille des Frontières » sait, à ce titre, de quoi elle parle.

Dans un monde en turbulence, elle rêve de jeter un pont gastronomique par dessus les frontières et symboliquement, grâce à la cuisine, trouver un commencement de salut en invitant tout simplement à une table commune.

Sympathique prétexte à échanger ses différences et, par voie de conséquence, à ouvrir la voie vers la paix.

A celui qui frappe à la porte on ne demande pas « qui es-tu ? » On lui dit ; « Assieds-toi et dîne ».

Ce proverbe sibérien est merveilleusement traducteur de cette convivialité universelle qui est la marque des bonnes tables.

Bernard Vadon

(1) Fatéma Hal donnait le 19 mars dernier, à Casablanca, une conférence sur la thématique : « Histoire du rôle des arts culinaires dans la diplomatie et le rapprochement des cultures ».

Le lendemain, elle participait à un débat sur ce thème dans le cadre du salon international Marocotel.

Par delà les frontières former des cuisiniers dignes de ce nom et prêcher la bonne parole gastronomiquePar delà les frontières former des cuisiniers dignes de ce nom et prêcher la bonne parole gastronomiquePar delà les frontières former des cuisiniers dignes de ce nom et prêcher la bonne parole gastronomique

Par delà les frontières former des cuisiniers dignes de ce nom et prêcher la bonne parole gastronomique

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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