EVENEMENT Renée Fleming en concert au consulat de Marrakech DU TRES HAUT DE GAMME !

Publié le 19 Avril 2016

 

Il est des rêves qui, mystérieusement, se marient avec bonheur à la réalité.

Celle d’un quotidien aux couleurs diverses que restituent souvent les regards de chacun.

Ainsi – dimanche 17 avril dernier - l’assistance culturellement diverse qui garnissait l’espace du grand salon de la résidence de France, en l’occurrence le consulat général de Marrakech, pouvait en fournir un exemple anthropologiquement intéressant.

Il ne fallut à ce titre guère de temps pour que la célèbre citation empruntée pour la circonstance à Alfred de Musset ne se confirmât :

« Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse!».

 

Ce qui fut, en priorité, le cas tout en ne retirant en rien à la qualité historique du lieu rehaussé, sur les murs, par la présence hautement picturale de Jacques Majorelle lequel a fait de la couleur bleue la quintessence d’un art, ô combien singulier, lui qui a notamment puisé son inspiration aux confins de l’Atlas et de l’Anti-Atlas visuellement si proches

Les invités, néanmoins choisis pour cet événement à caractère éminemment caritatif (en dépend l’existence sinon la survie d’une louable association de bienfaisance que Michel Mollet, avec une discrétion qui n’a d’égale que son efficacité, anime depuis des années) en étaient-ils conscients ?

En tout cas, une bonne raison et non des moindres pour justifier la décision d’Eric Gérard, consul général, assisté de son épouse d’ouvrir, grandes, les portes de Dar Moulay Ali, autrement nommé consulat général de France.

 

MISE EN GRACE

Un événement musical à l’exemple de qui se passa il y a quelques années, ici même, avec d’autres responsables, bénévoles et artistes unis dans le même esprit de célébrer un art – la musique – à même, comme on le dit, d’adoucir les mœurs tout en contribuant au mieux vivre de trop de laissés pour compte de la société de consommation.

Comme il le fera avec autant d’émotion que de talent oratoire lors de l’accueil et plus tard en conclusion, Eric Gérard a su trouver les mots qui touchent et situent, sinon expliquent, le pourquoi et le comment d’une pareille initiative.

Il est vrai que sur le plan artistique le propos était facilité par la qualité des artistes, Renée Fleming - en « live » à Marrakech s’il vous plait et non plus sur la toile - qui s’est illustrée et se produit toujours dans les temples les plus prestigieux de l’art lyrique international tout comme le pianiste Harmut Höls qui accompagna, entre autres, outre Renée Fleming, le célèbre baryton allemand, aujourd’hui malheureusement disparu, Dietrich Fisher-Dieskau.

Eric Gérard a su initier les mots justes et opportuns quant au niveau d’exception de ce récital ne serait-ce que par la démarche d’avoir pu inviter une pareille artiste dont on peut imaginer l’intense carnet de rendez-vous professionnel. (1)

Le silence de circonstance ne tarda pas à donner raison à cette manière de mise en grâce musicale génératrice de ces petits miracles qui influent sur le visage et le comportement d’un public pas forcément acquis.

Il n’en fut rien et, avec les premières mesures d’un passage des « Noces de Figaro », s’imposa la qualité.

Tout simplement.

Des instants à la fois terriens et aériens en adéquation totale avec le choix d’un programme aussi éclectique que représentatif d’un patrimoine musical auquel même les moins initiés ne peuvent résister sinon en ressentir les sensations profondes et émotionnelles.

En phase avec le mystère existentiel.

Mozart mais aussi Handel qui figurait en ouverture de ce programme ont su, par leur génie, donner la dimension musicale qui convient à l’énigme récurrente d’un art qui, plus que tout autre, nous emporte plus qu’il nous transporte.

Renée Fleming somptueuse et belle dans sa robe de scène scintillante – une illustration de cette étoile, la sienne, que durant ce récital elle ajoutera aux autres étoiles du firmament de Marrakech – n’a pas seulement offert la beauté de ses interprétations mais aussi les facettes d’une personnalité attachante et facétieuse … brocardant son médiocre français et trouvant difficilement ses mots, en riant, lors de la présentation des œuvres du programme.

Complice avec Helmut Höls – aussi élégant dans sa mise que talentueux dans sa soutenance technique de Renée Fleming - accompagnateur d’une rare perfection didactique par le fait d’exister sans s’imposer.

En somme, l’art pour l’art.

 

MEDITATION

L’enchantement ne pouvait que se manifester avec les trois pièces légères de Richard Strauss avant que la prestation, ponctuée de séquences d’applaudissements nourris, n’invita, au gré d’un répertoire offrant une intéressante diversité à la voix à la fois douce et puissante, à la réflexion sinon à une sorte de méditation transcendantale.

Le temps des sortilèges en prime avec cet imprévisible accompagnement par le chœur des oiseaux du jardin, comme s’y essaya, avec subtilité et délicatesse sinon par jeu, il y a quelques années je m’en souviens, la prestigieuse Ella Fitzgerald immortalisant un mémorable duo avec les cigales bruissant dans le théâtre de verdure du Festival de jazz d’Antibes Juan les Pins, apportant une note de fantaisie. Inattendue.

Enfin, dans l’interprétation d’œuvres françaises de Massenet et Saint-Saëns, Renée Fleming rappelait par moments la tessiture nuancée d’une Jessie Norman dont j’ai, à divers égards, lors d’inoubliables récitals, apprécié l’égal talent avec cependant moins de disponibilité sociale que Renée Fleming tout autant diva mais le caractère - pardon Jessie, - autrement plus sympathique !

Pour preuve les trois « bis » - témoignant de la diversité vocale de la cantatrice - qui la ramenèrent sur le devant de cette scène improvisée, le temps de recevoir un bouquet de roses rouges des mains de la jeune et jolie fille du consul, avant de goûter aux ultimes salves d’applaudissements.

Difficile en conclusion de ce trop court moment musical – mais oui, Monsieur Schubert ! – de ne pas évoquer un autre maître, de la littérature celui-là, Marcel Proust (« A la recherche du temps perdu »), écrivant :

« Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qui aurait pu être – s’ils n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. »

 

Bernard VADON

 

(1) l’Association des Amis de la musique de Marrakech avec le concours de Xavier Guerrand-Hermès et Jean-Pierre Brossmann, le Palace Es Saadi, l’Institut Français et les transports Menna ont prêté leur gracieux concours tout comme les artistes participants Renée Fleming et Harmut Höls.

 

 

Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.
Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.
Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.

Quand le talent et la simplicité s'accommodent du meilleur pour le bonheur d'un public particulièrement gâté.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :