Bon anniversaire : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ! »

Publié le 27 Mai 2016

La foi, l'espérance et l'amour ...
La foi, l'espérance et l'amour ...

Nous n’aborderons pas le sujet autrement délicat au plan strictement sociologique à savoir quelle serait la meilleure façon de faire sa vie dans un monde de plus en plus culturellement sclérosé et asservi à des principes passéistes et autres interdits qui ont encore et malheureusement de beaux jours devant eux.

Un monde – enfin une bonne partie du monde – qui applique sa loi en fonction d’une pensée unique. En fait sa propre pensée.

Au-delà de ce qu’on a, pour d’autres grandes questions universelles, qualifié de provocation sinon de défi à l’intelligence, il y a la réalité de l’Etre.

Qu’importe si certains lobbys ou pseudos maîtres à penser ont imprudemment mis la charrue avant les bœufs en répondant à des phénomènes de société.

Je pense notamment à cette stupide aliénation du terme quasi institutionnel de mariage alors même que le choix d’union (qui curieusement et étymologiquement en découle) signifie précisément, et on pourrait dire en filigrane, mariage, mot investi d’une forme de sacralité, qui a généré des réactions violentes chez les tenants d’une sexualité dont on sait – par expérience – qu’elle est souvent à géométrie variable et savamment protégée par des concepts sinon des dogmes soigneusement entretenus par toutes les religions et certaines philosophies.

Une forme d’obscurantisme fait toujours florès dans la société humaine toutes races e toutes confessions confondues. C’est bien regrettable.

Dans cette sorte de moule institutionnel, les laissés pour compte d’une nature dune rare complexité et de ce fait extraordinairement riche, n’ont pas leur place légitime ; tout simplement, parce qu’ils sont différents et que cette particularité échappe sinon interpelle ceux que je me permettrai de qualifier d’imbéciles.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas un défenseur forcené du mariage institué pour tous mais je suis pour l’égalité et farouchement contre l’injustice mais pour la prise de responsabilité qui est échue à tout être vis à vis des autres. Je suis enfin et surtout contre ceux qui ont le culot de juger autrui en particulier parce qu’ils sont naturellement différents.

Je n’ai pas oublié la désarmante mais belle et simple réponse du pape François à propos précisément de ces avatars sociétaux :

« Qu’y suis-je pour juger les gays ! »

Et on notera qu’il n’a pas usé du terme autrement académique d’homosexuels.

Etre ou ne pas être

Alors, je me suis pris à méditer sur deux textes en forme de méditation et traitant, avec infiniment de délicatesse et de justesse, de ces sentiments particuliers sinon de ces amitiés particulières pour paraphraser Montherlant et qui font aujourd’hui, comme hier d’ailleurs, débat.

Pour élargir le propos, Hamlet, dans son fameux monologue, s’interroge sur le thème finalement existentiel à savoir d’être ou ne pas être … notamment dans des situations extrêmes. Et nous connaissons les angoisses de ceux qui se situent en marge de la société :

«C’est là, la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte? Mourir.., dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair: c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir, dormir, dormir! Peut-être rêver! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas? Ainsi, la conscience fait de nous tous des lâches; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d’action… »

L’amour le voilà bien le maître mot.

Montaigne, sur le thème de l’amitié, avec une exceptionnelle pratique de l’ellipse littéraire, nous épargne, pour sa part, toute explication compliquée ou oiseuse.

Chuchoté ou crié, la réponse sinon l’aveu sont bouleversants :

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Ainsi, traduit-il l’évidence et l’intensité de sa relation avec Étienne de La Boétie, son alter ego trop tôt disparu.

L’amitié entre les deux hommes est l’une des plus belles histoires qu’offre la philosophie. Une « divine liaison » que l’auteur des Essais n’a cessé de célébrer pour son caractère unique et fusionnel, et dont il n’est jamais parvenu à faire le deuil. Un lien indéfectible entre les deux amis.

André Comte-Sponville, restitue la profondeur existentielle et philosophique qu’il donne à ce thème :

« La parfaite amitié comme ouverture totale à l’autre. Une libre communication de tous les instants avec « lui » qui ne fait qu’un avec « moi » :

Une question pertinente est posée à ce sujet :

« Si ce modèle de perfection peut paraître exigeant, n’est-il pas opportun de s’y référer à l’heure où, sur les réseaux sociaux, nous multiplions les « amis » virtuels, sans parfois les connaître personnellement ? Question, là encore. Selon Montaigne, l’amitié véritable non seulement dévoile autrui mais nous apporte également une plus grande lucidité sur nous-mêmes. »

Dans le même courant d’idées me revient la belle lettre de Saint Paul aux Corinthiens qu’il m’est arrivé de proposer en lecture à ceux qui ont choisi de s’unir religieusement :

«Je peux parler les langues des hommes et les langues des anges. Mais si je n'aime pas les autres, je suis seulement une cloche qui sonne, une cymbale bruyante. Je peux avoir le don de parler au nom de Dieu, je peux comprendre tous les mystères et posséder toute la connaissance. Je peux avoir une foi assez grande pour déplacer les montagnes. Mais si je n'aime pas les autres, je ne suis rien ! Je peux distribuer toutes mes richesses à ceux qui ont faim, je peux livrer mon corps au feu. Mais si je n'aime pas les autres, je n'y gagne rien !

L'amour est patient, l'amour rend service. Il n'est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d'orgueil. L'amour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité. L'amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'amour ne disparaît jamais. Les paroles dites au nom de Dieu s'arrêteront, le don de parler en langues inconnues disparaîtra, la connaissance finira. En effet, nous ne connaissons pas tout, et les paroles dites au nom de Dieu ne sont pas complètes. Mais quand tout deviendra parfait, ce qui n'est pas complet disparaîtra.

Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant. Maintenant, je suis un homme et je n'agis plus comme un enfant. A présent, nous ne voyons pas les choses clairement, nous les voyons comme dans un miroir, mais plus tard, nous verrons face à face. À présent, je ne connais pas tout, mais plus tard, je connaîtrai comme Dieu me connaît.

Maintenant, trois choses sont toujours là : la foi, l'espérance et l'amour. Mais la plus grande des trois, c'est l'amour. »

Un mausolée de mots

Dans les Essais, écrits bien après la mort de La Boétie en 1563, Montaigne analyse à sa façon la nature de l’amitié. Raisonnable et vertueuse, elle se distingue du désir amoureux, feu téméraire et volage :

« En l’amitié, c’est une chaleur générale et universelle, tempérée au demeurant et égale, une chaleur constante et rassise, toute douceur et polissure, qui n’a rien d’âpre ni de poignant », détaille-t-il.

L’amitié est cependant fusionnelle :

« Chacun se donne si entier à son ami qu’il ne lui reste rien à départir ailleurs », écrit encore Montaigne.

« Les âmes se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent, et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. »

Par l’écriture Montaigne entretiendra la présence de l’ami irremplaçable lui offrant un incomparable mausolée de mots.

Bernard VADON

Somptueuse Renée Fleming dans tous les sens du terme ... en souvenir musical d'exception tout dernièrement à la Résidence de France à Marrakech.

De part et d'autre de notre cèdre dans la maison du Béarn des références littéraire et religieuse : "En l'amitié, une chaleur générale et universelle."
De part et d'autre de notre cèdre dans la maison du Béarn des références littéraire et religieuse : "En l'amitié, une chaleur générale et universelle."
De part et d'autre de notre cèdre dans la maison du Béarn des références littéraire et religieuse : "En l'amitié, une chaleur générale et universelle."

De part et d'autre de notre cèdre dans la maison du Béarn des références littéraire et religieuse : "En l'amitié, une chaleur générale et universelle."

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :