Marrakech : A la galerie Tindouf Tahar Ben Jelloun : Je peins ce que j’imagine !

Publié le 1 Mai 2016

Prendre conscience de la beauté du monde.
Prendre conscience de la beauté du monde.

Nul doute que l’imagination et l’expression sont la référence intellectuelle des enfants même si la notion d’expression transite aussi et surtout chez eux par les manuels scolaires. Principalement dans l’utilisation, à des fins créatives, de tout ce qui fait l’ordinaire des choses. Et cela, sur la base de morceaux de n’importe quelle matière, qu’il s’agisse de bois, de fer ou simplement de chiffons.

D’ailleurs, ce n’est pas sans une certaine fierté que Tahar Ben Jelloun reconnaît combien les enfants sont les premiers « adorateurs » de sa peinture qu’avec infiniment de modestie il qualifie de « barbouillage » :

« Et bien au-delà de mes livres » confie t-il suite aux sentiments affectueux de ses propres enfants.

Un sympathique prétexte à saluer ce premier âge pour donner un sens à la vie qui se révèle ainsi à l’orée de la grande aventure humaine.

Précisément de « l’Enfant de Sable » - qui a contribué à le placer sous les feux de l’actualité littéraire – jusqu’à « La Nuit Sacrée » - qui le consacra avec le Prix Goncourt - Tahar Ben Jelloun, au vu de ce constat, se place tout naturellement dans la mouvance du merveilleux, entre rêve et réalité. Jusqu’à nourrir secrètement et longuement le projet de substituer un jour, sans pour autant l’abandonner, la plume au pinceau. Une démarche toute récente encouragée par ses amis.

A cet instant de sa vie d’homme de lettres, alors même que les bonnes fées s’étaient penchées depuis toujours sur son berceau, une autre forme d’espace temps va, au travers de cette initiative artistique, occuper l’ordinaire de son existence.

L’art suscitant de plus en plus d’intérêt dans son quotidien. Une autre façon de substitution subtile de l’écriture par la magie des lignes, des courbes et surtout de la couleur. Simplement, la peinture va prendre en quelque sorte la relève pour donner au message de l’artiste une autre dimension.

La fête des mots complétant à merveille celle de l’œil, comme l’affirmait Eugène Delacroix qui a également et amplement puisé à la source marocaine. A cette nuance prés, importante, que l’artiste peint ce qu’il imagine plus que ce qu’il voit.

D’aucuns ne manqueront pas de découvrir, par ces « fenêtres » singulières que représentent les tableaux de Tahar Ben Jelloun, des manières de compilations picturales inspirées de l’univers de Matisse ou encore de Sonia Delaunay. A l’instar d’autres grands noms, tel Paul Klee par exemple – qui posait la question du « savoir » et du « pourquoi » de ses œuvres - qui ont été touchés par la grâce de ces ciels et de cette nature, en un mot, de cette singularité envoûtante berbère et plus généralement africaine. Aujourd’hui, on parlerait plutôt d’art de vivre.

Les peintres d’Essaouira sont peut-être passés par là. Notamment, outre l’énigmatique Chaïbia - découverte il y a bien longtemps alors qu’elle couvrait de son art les portes de sa cuisine - les Tabal et autres Abdelmalek Berhiss, dont quelques œuvres occupent les cimaises de la superbe, élégante et attachante galerie Tindouf à Tanger mais aussi à Marrakech (1), animée avec autant de professionnalisme que d’amour de l’art par Hadia et Boubker Temli.

D’ailleurs, la complicité manifeste de Boubker et Tahar n’est pas totalement étrangère à cette exposition proposée à Marrakech :

« Les tableaux de Tahar représentent une lueur d’espoir venant de très loin pour donner à notre vie les couleurs de l’arc en ciel et le désir de danser une forme de bonheur. » confesse Boubker Temli.

Dans le contexte planétaire actuel où s’impose la violence sous toutes les formes les plus détestables et souvent les plus injustes qui soient, il est de fait que cette vision du monde et partant de la nature et de tout ce qui devrait éveiller en chacun de nous l’émerveillement, a toutes les raisons de nous inviter à cultiver l’espérance en une société autrement humaniste pour ne pas dire simplement humaine et tolérante.

Ce papillon imaginaire et multicolore, ces jardins comme il doit y en avoir au paradis, ces marabouts imaginaires et ces navires spirituels délicatement posés sur l’eau bleue glacier sont autant de témoignages :

« Dans mes livres, je traque les solitudes,

Dans mes toiles, je chante la multitude heureuse ». explique l’artiste.

Nul doute que Tahar Ben Jelloun ait souhaité, par ce mode d’expression, redonner à la vie cette part de rêve dont on la prive si facilement.

A la manière de Saint Exupéry :

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore votre rêve. » conseille l’auteur du « Petit Prince ».

Et si cela avait plus simplement pour finalité le bonheur ?

Comme s’il fallait donner une dimension sinon une pérennité à ces visions extatiques, le peintre écrivain n’a pas coupé le fil de cette double démarche littéraire et picturale finalement complémentaires par le truchement, et jusqu’à la magie, de ces morceaux de phrases écrites en belles et harmonieuses lettres au bas de chacun des tableaux.

Des invitations à ce pas oublier et surtout à prendre conscience de cette beauté du monde à laquelle le plus grand nombre semble de moins en moins sensible.

Tahar Ben Jelloun se donne pleinement dans cette manière de jubilation passionnante et passionnelle que j’avais à dessein et personnellement empruntée à Albert Camus en conclusion d’un de mes romans :

« Aujourd’hui, je comprends qu’agir, aimer et souffrir, c’est vivre en effet, mais c’est vivre dans la mesure où c’est être transparent et accepter son destin comme le reflet unique d’un arc-en-ciel de joies et de passions. »

Bernard VADON

(1) Le vernissage des œuvres de Tahar Ben Jelloun, en présence du peintre-écrivain, s’est déroulé vendredi dernier 29 avril, à la galerie Tindouf (22 Bld Mohamed VI à Marrakech) en présence de Boubker et Nour Temli ainsi que de leur fille Hadia qui recevaient de nombreux invités parmi lesquels des amateurs et des collectionneurs habitués de cette galerie où les propriétaires ont souhaité et réussi à merveille à faire harmonieusement cohabiter tout ce qui touche à l’art et pas uniquement des tableaux. A cette occasion, ils ont ainsi découvert ou redécouvert les œuvres des artistes souiris, en particulier, celles d’Abdelmalek Berhiss.

L'exposition se tient jusqu'au 20 mai prochain.

Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."
Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."
Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."

Boubker Temli (La Galerie Tindouf) :" les tableaux de Tahar représentent une lueur d'espoir venant de très loin."

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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