La styliste Claudie Mourlon : magnifier la femme pour la rendre séduisante.

Publié le 4 Juillet 2016

Sans élégance de coeur il n'est pas d'élégance !
Sans élégance de coeur il n'est pas d'élégance !

Si la planète Mars sinon la lune étaient, l’une ou l’autre, facilement et en tout cas humainement accessibles, je ne doute pas que Claudie Mourlon aurait, depuis belle lurette, son titre de transport en poche.

Peut-être demain car avec ce genre de femme à la personnalité certes bien trempée mais singulièrement nuancée par une âme généreuse et largement ouverte aux autres, rien n’est impossible.

Un peu – qu’elle me pardonne cette assimilation ô combien osée - comme pour Dieu pour qui, nous le savons bien, rien n’est impossible.

Et même si Claudie Mourlon rejette cette comparaison avec un doux sourire illuminant son beau visage révélateur d’un caractère baigné du sens du partage, dans le même ordre d’idées et par le fait d’une passion avouée du voyage, elle réfute, avec autant de détermination, l’étiquette que l’on serait aussi tenté de lui attribuer au même titre que ces aventurières fascinantes telle Alexandra David-Neel philosophe et orientaliste ou encore Isabelle Eberhardt gentiment surnommée « La réfractaire » par Lyautey et qui, dit-on, aurait trouvé l’apaisement au contact saharien.

Claudie, elle, l’a trouvé derrière les remparts de la cité impériale des Mérénides.

De Coco Chanel à YSL

Manifestement, la modestie n’est pas la moindre des qualités de Claudie Mourlon qui refuse qu’on l’associe aux créateurs dans l’exercice d’un métier – celui de styliste – où elle ne fait, selon elle, qu‘exploiter des formes – par exemple, le pantalon chez Coco Chanel ou la fameuse robe trapèze de Saint Laurent – travaillant, pour ce qui la concerne et simplement, des matières dénichées avec un sens inné de l’originalité en des endroits insoupçonnés.

Saint Laurent dont elle pourrait, sans forfaiture et encore moins d’orgueil, reprendre à son compte les grands principes élaborés par le grand couturier à savoir : la simplicité, le naturel et la souplesse.

Et cela, tout en ne négligeant pas les vêtements spécifiquement masculins, le blouson ou le smoking.

En somme, la volonté de libérer la femme, mission qui prend actuellement une connotation particulièrement aigüe en certains points ténébreux de la planète.

A l’instar de Saint Laurent, Claudie Mourlon donne, sans le savoir, la formule magique pour ce qui est d’habiller la femme, en l’occurrence d’un geste.

Je dirais un geste souligné d’un subtil trait de génie qui écarte toute appartenance à une école de dessin ou de design :

« Merci de m’associer à d’illustres prédécesseurs que j’admire mais vous avez raison de parler de ma constante volonté de mettre mes clientes à l’aise tout en ne perdant jamais de vue leur personnalité qu’il nous appartient de magnifier afin de toucher au plus prés à la séduction. Ce dont finalement rêvent toutes les femmes. »

Parcours bluffant

Le secret de Claudy Mourlon réside aussi dans cette exploration de l’infini sociétal propre à induire fantasmes et imaginations.

Après avoir imprimé sa griffe en inaugurant, en Suisse, une école de mannequins, elle collabora avec Chantal Thomas et Gérard Darel mais aussi Kenzo, Jean-Louis Scherrer avant de voler de ses propres ailes au travers de sa propre ligne de vêtements à Fribourg.

Parcours également bluffant en un lieu le plus ordinaire qui soit et, finalement le plus riche : la rue.

Un peu à l’exemple d’un Saint Laurent à Marrakech. Grâce à un sens poussé de l’observation ce dernier a porté certaines formes et couleurs à la postérité.

Couleurs spécifiques à ce Maroc légendaire où Claudie Mourlon a décidé, sous le label Claudy M Créations, de poser son sac à Marrakech après une trentaine d’années de pacifiques et studieuses expériences en différents pays dont l’Asie et surtout l’Espagne, singulièrement Séville, source unique et riche d’inspiration.

Depuis une dizaine d’années, dans un riad typique et traditionnel, au fin fond de l’authentique médina, loin des concepts architecturaux à l’occidentale, Claudie Mourlon est parvenue à se projeter plutôt que d’habiter un lieu pourtant choisi.

Une nuance sémantique que seuls les artistes – elle aurait tendance à préférer cette appellation à celle de créatrice – sont à même d’apprécier.

Là, dans une quiétude à peine troublée par quelques cris d’enfants, un bruit télévisuel incongru ou les appels à la prière imbibant sur fond musical les toits terrasses alentours dont la sienne, Claudie Mourlon, avec un art consommé de la teinture, trie consciencieusement ses pigments naturels pour ensuite concocter les couleurs qui donneront vie à chaque pièce de tissu.

Ces mêmes pièces qu’elle confiera, ainsi que ses patrons, aux couturières et brodeuses composant son quarteron de petites mains locales qu’elle met un point d’honneur à faire travailler. L’incontournable partage cent pour cent marocain.

Une rencontre déterminante

A ce titre, Claudie Mourlon a trouvé avec Maha de la Fondation Dar Bellarj une réponse à ce besoin d’intégration à la culture d’une ville qui s’emploie à ménager et à faire grandir un artisanat ancestral.

Notamment des impressions sur cuir selon une technique qui lui personnelle et qui lui permet d’étendre sa gamme à une multitude de produits dont les vêtements mais aussi les sacs et jusqu’aux bijoux.

Ses amis, dont Dedy, un jeune et talentueux styliste indonésien, constituent une garde attentive et rapprochée.

Dedy, justement, est en quelque sorte le maillon manquant de cette équipe.

Leur rencontre, il y a un peu plus d’un an, a été déterminante et complémentaire puisque le jeune styliste a maintenant en charge la ligne homme au sein de la société :

« Nous respectons entre nous une sorte de zone de démarcation qui nous permet de travailler selon nos propres critères et nos aspirations. Nous confrontons à terme nos travaux et curieusement nous nous rejoignons dans la manière de concevoir et la finalité découvre une complémentarité bénéfique au commercial. » nous explique avec enthousiasme, Claudie Mourlon.

Dernièrement et sans se concerter, ils ont ainsi œuvré séparément sur des modèles en noir et blanc, ce fameux noir dont Saint Laurent affirmait qu’il était son refuge et un trait sur la page blanche.

Des projets ?

Ce couple de professionnels en nourrit tout en continuant à satisfaire une clientèle internationale.

Demain, peut-être, Claudie Mourlon inaugurera une manière de show-room sur la base d’une formule multi-artistique originale. A suivre.

Comme le pensait encore Saint Laurent, et aujourd’hui Claudie Mourlon , les modes passent mais le style est éternel, la mode est futile, le style non.

Ce même Saint Laurent qui considérai ne pas être un couturier mais un artisan, un fabricant de bonheur. Claudie Mourlon est l’illustration parfaite de la citation de celui qui a participé, via la mode, à la transformation de son époque, en faisant sienne cette autre évidence :

« Sans élégance de cœur il n’est pas d’élégance ! »

Une véritable et belle profession de foi.

Bernard VADON

Quelques modèles lors d'un défilé de mode ...
Quelques modèles lors d'un défilé de mode ...
Quelques modèles lors d'un défilé de mode ...

Quelques modèles lors d'un défilé de mode ...

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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