AU CŒUR DU BEARN DES APILCULTEURS ENGAGES ET PASSIONNES LUTTENT CONTRE LA DISPARITION PROGRAMMEE DES ABEILLES

Publié le 21 Septembre 2016

Que l'âme de l'abeille investisse à nouveau et en nombre nos campagnes et nos montagnes.
Que l'âme de l'abeille investisse à nouveau et en nombre nos campagnes et nos montagnes.

S’il est encore une terre promise parmi d’autres terres tout autant promises, le Sud Ouest en France et singulièrement le Béarn – région natale d’Henri IV – en ce 21ème siècle sciemment décrié, font encore figure de bons élèves dans tout ce qui relève de la nature et de son respect.

Peut-être aussi parce que l’on y retrouve une population respectueuse des traditions et du souci de protéger un savoir vivre par ailleurs de plus en plus asservi aux commandements, non pas de Dieu, mais de barons de l’industrie enclins à conforter leurs profits par les moyens les plus dévastateurs qui soient.

En ce chaud mois de septembre, à quelques kilomètres de Pau, la route qui serpente entre les collines herbues, ponctuées çà et là d’îlots arborés où quelques vaches ou autres brebis et chèvres cherchent une douce fraîcheur, s’interrompt parfois aux portes d’un de ces villages aux maisons typiques regroupées autour du clocher de l’église.

Ici, le temps paraît s’être focalisé dans une sorte de célébration d’une civilisation dévolue à la terre nourricière.

Comme hier, il me souvient aujourd’hui combien, en ce site protégé, les dégradés de vert au gré de ces riches pâturages se nuancent naturellement en suivant la courbe solaire.

Ici, nous sommes au cœur d’un passé aussi brillant que millénaire avec les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya du côté, pas si éloigné, des massifs mythiques de la Rhune, du Baïgara et de l’Ursuya.

Une route enchanteresse bordée de fermes invitant à la dégustation de ces goûteux fromages des Pyrénées et qui de Bruges à Arudy mène à Bescat, cet autre village accroché à la montagne.

Une affaire grave

L’envie me saisit d’en référer une nouvelle fois à Gustave Flaubert dans « Madame Bovary » :

« Les bonheurs futurs, comme les rivages des tropiques, projettent sur l’immensité qui les précède leurs mollesses natales, une brise parfumée et l’on s’assoupit dans cet environnement, sans même s’inquiéter de l’horizon que l’on n’aperçoit pas. »

Saint Jacques de Compostelle, Lourdes bien sûr mais aussi le Pic du Midi et les cols célèbres du Soulor, de l’Aubisque, du Tourmalet et autres Peyresourde et Aspin dont les champions cyclistes ne sont pas les uniques utilisateurs.

Il est en effet d’autres hôtes autrement plus fascinants, marqueurs incontournables de nos fragiles existences terrestres. Sans eux, et en l’occurrence sans elles, pas de vie possible.

Et à ce titre, Albert Einstein et Charles Darwin ont résolument préfiguré notre avenir en fonction de la préservation de la fameuse « apis mellifera » autrement et plus communément nommée l’abeille domestique.

En d’autres termes, les abeilles se meurent et leur disparition engagera, à plus ou moins brève échéance, un pronostic vital.

Ce n’est plus une question de qualité gastronomique par rapport à un produit d’exception dont les vertus remontent en des temps immémoriaux mais plus clairement, et sans exagérer, une affaire grave liée au fait que notre existence sur terre ne sera plus tout à fait comme avant en raison de leur disparition.

Le lobby agro-alimentaire en question

En cause, nous ne le savons que trop : notre légèreté liée à une civilisation de plus en plus asservie à une modernité plus destructrice que constructive.

En l’occurrence et de façon plus circonstancielle, le lobby agro-alimentaire, notamment celui d’Outre-Atlantique auquel sont venus s’ajouter avec encore plus d’agressivité les asiatiques et les chinois en tête de peloton sans compter avec d’autres pays émergents qui font la pluie et le beau temps économique, manifestement plus motivés par la situation des marchés financiers que par la santé et par voie de conséquence, la survie de l’être humain.

Produire s’imposant pour cette frange d’individus néfastes et cupides, comme le mot clé d’une politique profondément égoïste qui, pour se justifier invoque la mission perverse et déguisée de nourrir, envers et contre tout, la planète et tous les affamés dont le nombre n’a de cesse d’augmenter.

Dans ce combat de dupes la chimie prévaut et les pesticides se révèlent, au final, comme une arme à double tranchant et surtout permissive en regard de produits finalement plus dangereux qu’utiles.

Les acteurs opposés à cette politique du produire n’importe comment pour fournir du n’importe quoi, s’efforcent de promouvoir d’autres méthodes non sans difficultés.

Notamment, les Pierre Rabhi et autres innovateurs en la matière aussi courageux qu’entreprenants et motivés par la preuve irréfutable que le mode de vie occidental est tout simplement destructeur. On peut y ajouter ces nouveaux pionniers venus des villes pour retrouver les bienfaits de la vie et du travail à la campagne. Là, ils retrouvent des pratiques ancestrales en dépit d’une réglementation imbécile prônée, notamment, par les énarques d’une Europe souvent plus destructrice que constructrice.

Dans cette spirale infernale qui nous attire de plus en plus vers le bas, l’abeille, la minuscule, mais ô combien savante et énigmatique « apis mellifera », ne parvient plus à tenir la dragée haute à ces pourfendeurs de la vie sur terre, indifférents à la disparition - programmée et dans des proportions dramatiques - de cette espèce, indispensable, via la pollinisation, à l’indispensable renouvellement végétal.

Sans ce maillon de vie essentiel et naturel à la pérennité de l’espèce humaine, nous imaginons facilement, pour l’homme en particulier mais aussi pour les animaux, les conséquences fatales à plus ou moins brève échéance.

La prise de conscience est certaine mais en attendant les abeilles, par ailleurs amoindries par différents virus - dont le redoutable varroa - meurent par millions en même temps que le monde de l’apiculture s’indigne, s’inquiète et tire la sonnette d’alarme. Souvent en vain.

Singulièrement– et j’en connais – ceux que les abeilles n’ont de cesse de surprendre par leur intelligence, leur codes et leur sens inné de l’organisation. Tel cet apiculteur du Sud-Ouest – on l’appellera Louis et sa compagne Mylène - plus soucieux de la santé compromise de ses abeilles que de leur rapport financier et qui maintenant doit ajouter à ses soucis celui des voleurs de ruches.

Du côté de Bescat

Dans leur miellerie de ce discret mais charmant village de Bescat ils sont, de nuit comme de jour, aux petits soins pour ces singulières pensionnaires à l’existence comptée en jours ( un mois en principe ) laissant à la reine le bonheur de vivre pratiquement quatre années, choyée par ses congénères et jalousement protégée par des escouades de gardiennes.

Une société manifestement matriarcale sinon royale aux composantes savamment organisées dans un clade (ou groupe) d’insectes hyménoptères de la famille des apoïdes.

On en dénombrerait 20.000 espèces de par le monde dont environ 2000 en Europe et un millier en France.

Un monde à divers égards mystérieux que frappe, depuis ces dernières

années, le trop fameux fléau de Colony Collapse Disorder ( syndrome d’effondrement des colonies ou ruches) .

La météorologie capricieuse et l’effet désastreux des pesticides ainsi que l’arrivée du frelon asiatique et de l’acarien varroa ainsi que la diminution des cultures de tournesol et de colza vont cette année, selon les professionnels et notamment l’observatoire français d’apidologie, diminuer de moitié la production annuelle de miel par rapport à 2015 !

Un plan de sauvetage

Mylène et Louis Orgel tout à leur incommensurable passion ne sont pas dupes de la situation dont ils subissent comme l’ensemble des professionnels les conséquences.

Avec une rare conscience professionnelle, Louis, riche de trente années d’expérience n’entend pas jeter l’éponge. Inlassablement, il se consacre au bien-être de ses hôtes un peu particulières. S’efforçant, dans les moindres détails, d’améliorer leur confort. Notamment, lors des multiples transports des ruches sur les sites adéquats où croissent ces végétaux dont les fleurs butinées et par pollen interposé, résultat d’une alchimie extraordinaire, communiqueront ces saveurs spécifiques du tilleul à l’acacia en passant par la bruyère, le châtaignier et ces fleurs de printemps sans oublier la précieuse callune (calluna vulgaris) apparentée à la bruyère mais qui n’en est pas vraiment une avec sa belle floraison couleur violette.

Louis qui promène, de cime en cime, la nuit tombée et attentif aux moments et saisons opportuns, ces centaines de ruches peuplées d’ouvrières d’un genre aussi original que particulier.

Veillant sur leur santé et tenant à elles comme à la prunelle de ses yeux.

Jusqu’à la mise en bocal du précieux nectar après les multiples étapes de transformations de la centrifugeuse au décanteur en passant par le désoperculateur et le maturateur afin de purifier le miel. Sans oublier l’utilisation du tarare agricole, un appareil spécifique servant, à l’origine, pour le vannage du blé et modifié pour la circonstance afin de trier le pollen dont les vertus – frais ou séché – sont aussi diverses que multiples. Quasi miraculeuse. Le but consistant à éliminer la poussière de pollen et les déchets légers avant de tamiser les grains pour écarter les éventuelles larves séchées. Le pollen est ensuite traité et conditionné.

Si un plan de développement durable de l’apiculture a été initié il y a deux ans, il semble, aujourd’hui, en raison de la dramatique situation concernant la survie des abeilles, qu’il faille se pencher sur un efficace plan de sauvetage.

Une lecture récente faisant référence à Charles Baudelaire a merveilleusement ravivé mes souvenirs ; principalement, celui qui se rapporte au flacon destiné à l’Impératrice Eugénie et contenant l’Eau de Cologne Impériale. Ce flacon mythique fut réalisé par le verrier Pochet et du Courval qui s’inspirèrent à dessein des tuiles de la colonne Vendôme recouvertes des soixante neuf abeilles symboliques :

« Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient

D’où jaillit toute vive une âme qui revient. »

Que souhaiter, aujourd’hui, sinon que l’âme de l’abeille martyrisée investisse à nouveau et en nombre nos campagnes et nos jardins urbains.

Ne serait-ce que pour perpétuer, embellir la vie et surtout nous épargner des lendemains qui pleurent.

Bernard VADON

Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.
Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.

Les multiples étapes de la transformation sous l'oeil d'une reine en phase de préparation à son installation dans une ruche.

Une société matriarcale sinon royale qui conditionne la société humaine. Sans elle pas de vie possible.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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