"Laudato si'": une encyclique papale en forme de bréviaire à l'attention des acteurs de la COP 22 à Marrakech.

Publié le 14 Novembre 2016

Pourquoi l'Eglise n'aurait-elle pas sa place dans le débat écologique ?

Pourquoi l'Eglise n'aurait-elle pas sa place dans le débat écologique ?

Des images et des mots qui nous parlent ...Des images et des mots qui nous parlent ...
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Des images et des mots qui nous parlent ...

 

Utopie ou réalité et surtout, en matière de dérèglement climatique, demain sera-t-il un autre jour ?

L’actuelle COP22 qui se tient  à Marrakech pourrait utilement s’inspirer de cette lettre – ou encyclique – envoyée par le pape François aux évêques à propos d’un problème d’actualité, en l’occurrence le changement climatique et ses conséquences à court terme.

De la même façon, il y a quelques mois, le sommet international sur l’écologie rassemblait, à New-York, le gratin de « l’intelligentsia » mondiale avec pour objectif le réveil  des consciences quant à des lendemains qui risquent, d’ici peu, de ne plus chanter.

A ce titre, alors que la capitale touristique sinon la ville mythique du royaume chérifien s’est mise au vert, la tentation était grande de redonner les grandes options de l’analyse papale sur un sujet d’évidente actualité.

La maison commune est en danger !

La question était alors assortie de l’espoir de ne pas voir sortir de ces différents rassemblements exceptionnels une mauvaise version de « Autant en emporte le vent ! » … En l’occurrence, celle porteuse de ces promesses dont on sait, malheureusement, qu’elles font parfois les imbéciles heureux !

Sujet récurrent, s’il en est, avec les rendez-vous qui se multiplièrent à New-York encore et notamment à la tribune de l’ONU avec l’intervention musclée du pape. Le document du beau nom : »Laudato si’ » aura t-il une influence sur M. D. Trump, le nouveau président des Etats Unis qui n’a pas eu – même s’il a depuis assoupli sa position -  de propos très aimables sur le souverain pontife ?

Il est vrai que cette encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu !) était à peine publiée qu’elle généra des bulles et suscita  des  critiques pas très amènes envers le souverain pontife auquel on conseillait, pas très élégamment, de retourner dans ses églises pour y faire ce qu’il veut mais surtout pas de politique !

Pour ce qui nous concerne, grossière erreur de casting.

Et de fait,  une opinion d’autant plus déplacée que François (comme la plupart de ses illustres prédécesseurs)  par ses origines et ensuite son parcours exemplaire, est mieux impliqué que quiconque pour apprécier le sujet et mesurer combien l’Eglise est concernée par une question qui met en danger, à très court terme, la maison commune (c’est sa belle expression pour désigner notre planète) si on ne prend pas rapidement les choses en mains. Une encyclique considérée, paradoxalement, comme joyeuse – en regard de l’espérance en l’homme – et dramatique – car la fameuse maison commune a commencé de brûler comme l’avait d’ailleurs déclaré en d’autres temps un certain Jacques Chirac.

Dans le domaine de l’écologie intégrale l’Eglise de Rome s’est toujours responsabilisée. Précisément et cette fois plus encore par la voix de ce pape d’exception (sensibilisé plus que tout autre par ces origines franciscaines … on connaît l’amour sinon la dévotion de Saint François pour tout ce qui touche à la nature et à ceux qui la peuplent) invitant récemment « à se convertir à un développement qui respecte la création » et qui n’a pas dérogé à ce devoir d’homme citoyen du monde.

Les actions initiées par l’Eglise 

Du Bangladesh - où Caritas s’implique dans la plantation de milliers d’arbres pour enrayer la déforestation -  au Brésil et  singulièrement en Amazonie avec la défense de la forêt et de ses habitants, en passant par Constantinople où le patriarche Bartholomée s’était employé à capter l’attention des chrétiens pour la défense de l’environnement mais aussi au Canada avec la dénonciation des gaz de schiste par les évêques canadiens sans oublier bien sûr le Saint-Siège qui exhorte l’industrie mondiale à respecter les peuples autochtones … en clair, une importante et large mobilisation générale et interreligieuse des autorités et communautés concernées. Pour n’en citer que quelques-unes.

 

Tout ce qui aujourd’hui est fait pour déplaire au géant américain plus enclin à protéger ses royalties en tous domaines et en particulier dans tout ce qui contribue à déstabiliser le climat, est condamnable.

Reste à espérer que M. Donald Trump revienne sur ses déclarations un peu tapageuses sur le sujet.

Loin de moi, une fois encore, l’idée de mettre en évidence des situations difficiles, comme c’est actuellement le cas, et aller dans le sens de la théorie de certains exégètes en la matière, prônant – ils n’ont pas entièrement tort -  le fait que le monde a perdu ses repères et que la boussole commandant la raison a quelque peu perdu le Nord. Et pourtant …

Cependant, au-delà des faits répercutés par une médiatisation exacerbée, il faut bien convenir que par les temps qui courent tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et à l’heure où je reprends en partie les arguments de cet article rédigé il y a quelques mois, les choses ne s’arrangent pas. Mais pas du tout !

Le climat qui conditionne en partie notre quotidien  n’est pas en reste et bouscule quelques idées reçues abandonnant à la nature le dernier mot  via quelques caprices et intempéries parfois dramatiques : tsunamis et autres bourrasques et cyclones dévastateurs, tremblements de terre avec, en prime, de terribles et catastrophiques inondations.

Certes.

Qu’en avons-nous fait ?

 Autant de signes attestant de ce que la planète communément dite bleue est tombée dans un chaudron infernal qui met à rude épreuve le temps immémorial des saisons en favorisant, paradoxalement, un courant froid dans les zones communément chaudes et en réchauffant, en revanche, des contrées traditionnellement froides.

Le monde à l’envers dans l’attente de voir, si toutefois on n’y prend garde, la terre basculer sur son axe !

Ce n’est plus de la fiction.

Sans adhérer aux prophéties de l’extrême, certaines situations leur donnent parfois raison par la réalité de nos malheurs présents et, qui sait, l’angoisse de la dernière heure arrivée. En tout cas, un grand nombre n’y ont pas échappé y laissant souvent leur vie.

Le pape François ne fait au fond que nous inviter à faire un examen de conscience, sinon des lieux, quant à la façon de reconsidérer nos mauvaises habitudes en ne faisant pas la part belle à la facilité.

En prenant aussi et particulièrement en compte le fait que le progrès nous a gratifié d’une qualité de vie au fond pas tellement négligeable en matière de confort et d’aisance quotidienne.

Cependant, qu’en avons-nous fait ?

Malheureusement, et nous le savons bien, la notion même de qualité au sens large du terme est aujourd’hui profondément dévoyée. Chacun se déchargeant sur l’autre de tous les dérapages qui affectent notre monde économique, social et culturel. Ceux et celles qui dénigrent la position papale ne sont pas les derniers à prendre leur bâton de pèlerin pour combattre celui qui ne fait que leur mettre le nez dans ce que l’on sait. Et le souverain pontife n’y va pas par quatre chemins usant, si besoin, d’arguments et de termes chocs pour secouer l’apathie de ses semblables.

Stigmatisant la pollution de l’air mais aussi celle des esprits par le fait d’une technologie communicative non maîtrisée.

La même question

Dans cette course contre la montre à la recherche d’un équilibre perdu, il se trouve encore quelques femmes et hommes, responsables et lucides, pour tirer la sonnette d’alarme et saisir toutes les opportunités afin de dénoncer le laxisme général en matière d’irrespect total de l’environnement. Le pape ne manque pas de saluer au passage ces pourfendeurs des théories en opposition à tout ce que la nature nous offre pourtant de meilleur en ne laissant pas systématiquement la part belle au seul profit.

La réalité se résume au temps présent plus qu’à celui du futur. Une réalité qui en appelle au respect de soi et des autres. Et par voie de conséquence naturelle, à notre environnement.

Aussi, ne fait-il aucun doute que la façon dont on résoudra au plus tôt les problèmes actuels conditionnera la qualité de nos lendemains.

En d’autres termes, demain sera-t-il vraiment un autre jour ?

Cette fois, encore je ne peux m’empêcher, dubitatif, de poser la question en regardant du côté de Bab Ighli (le site officiel de la COP22 à Marrakech)  où l’on espère que la volonté de changer le monde ne sera pas un vœu pieux.

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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