"Tombe, Victor ! " de Louis Arjaillès : Appasionata vôtre !

Publié le 11 Janvier 2017

Chaque jour, chaque instant s'offre à mille hasards ...

Chaque jour, chaque instant s'offre à mille hasards ...

"Un torrent de feu dans un lit de granit." Romain Rolland

 

Chaque jour, chaque instant, s’offre à mille hasards, écrit Pierre Corneille dans Héraclius, le fameux empereur d’Orient dont il s’inspira pour analyser la confusion des apparences et parfois aussi le pathétique dans la quête de l’identité jusqu’à la mort.

En filigrane d’Œdipe-roi de Sophocle, c’est le tragique de l’aporie (ou dubitation) qu’il nous invite à découvrir.

Le roman de Louis Arjaillès « Tombe, Victor ! » est ainsi … tombé un matin, mais pas tout à fait par hasard, dans ma boîte aux lettres. (1)

Un roman – je dirais plutôt, dans la forme et l’esprit, un essai ou l’équivalent, comme vous voulez – qui m’était adressé par un vieil ami perdu de vue mais pas de cœur.

Nous avons partagé, il y a de cela quelques années, un temps d’écriture passionnant. Nous employant des heures durant à marier les notes et les mots pour en faire naître des chansons au demeurant destinées à des artistes n’étant pas en mal de notoriété.

L’espérance était le moteur de nos ambitions sinon, l’expérience aidant, la cruauté de nos illusions perdues !

Qu’importait alors le flacon puisque nous éprouvions cette ivresse de quelques reconnaissances d’estime.

N’était-ce finalement pas lui qui, aujourd’hui, dissimule son talent derrière un nom d’emprunt et moi, le journaliste cité au hasard d’un chapitre ?

Une société imbécile

Le rêve n’a jamais nuit à personne.

Au diable la suspicion ou ce besoin de mettre un vivant sur un témoignage remarquablement puissant, servi par un style – mieux, une musique – qui réveille des souvenirs. Appasionata vôtre !

L’important c’est bien que Louis Arjaillès soit l’ardent et convainquant traducteur d’un temps de vie, et non des moindres, auquel tout un chacun, à des degrés différents, est confronté quant aux appréciations d’une société qui ne fait pas dans la dentelle pour vous crucifier au nom du comportement correct.

Une société imbécile et bornée quand ce n’est pas assassine lorsque l’insupportable, à ses yeux en tout cas, la conduit, avec une rare intolérance, à oublier tout simplement la possibilité d’action et de mouvement que confère le concept élémentaire de liberté.

L’écriture est la peinture de la voix, estimait Voltaire et en écho, si je puis dire, André Gide ajoute qu’elle a ceci de mystérieux, qu’elle parle.

Par la magie de l’écriture – de son écriture – Louis Arjaillès nous transporte dans son monde qui en réalité est tout simplement le monde.

Un monde singulier certes et qui transgresse une manière de vivre, bouge les lignes dites rouges mais donne le vertige en traversant les zones au demeurant interdites par la bien pensante société humaine et qui, finalement, s’impose par son honnêteté intellectuelle en somme, le « cogito ergo sum » (je pense, donc je suis) selon Descartes.

Confusion des sentiments

Si le bon sens dit populaire affirme que la vérité sort de la bouche des enfants nul doute que de la même manière les jeunes héros de ce thriller du cœur brillent par leur façon naturelle de vivre leur passion et leur sexualité en dépit d’une société qui les harcelle et les brime, allergique à cette naturelle confusion des sentiments.

Certains seront peut-être tentés d’étiqueter ce genre littéraire alors qu’elle mérite une large audience propre à favoriser la libération de la pensée du plus grand nombre.

Difficile d’entrer au royaume de ces princes encore adolescents sans aller au terme de ce voyage vécu dans une petite ville du Sud de la France – chère à mon cœur - bercée par la stridence des cigales lors périodes estivales et où la nudité est vécue au nom d’une touchante inclination à la liberté d’aimer. Tout simplement.

Ici, le temps des saisons est rythmé par un quotidien immuable riche de ces mille et un détails spécifiques à la province profonde et qui en font, finalement, tout son charme.

La mer, les pinèdes, les modestes langues de sable blond et de galets usées par le ressac en mouvements infinis et saccadés de la Méditerranée.

De page en page le récit est servi par une langue dépouillée de tous artifices littéraires et s’affranchit sans difficultés de tous les pièges de style. Il occupe, mot après mot, phrase après phrase, l’espace de la pensée et de la réflexion.

Ange et démon

Un livre d’été ont jugé certains, je dirais plus que cela : un livre de toutes saisons qui se goûte comme on goûte un bon cépage, avec délice et dont l’histoire, au fond banale sinon ordinaire, ne verse pas dans une vulgarité que pourrait inspirer un sujet aussi sensible.

En somme, un livre au-delà des scrupules et de tout soupçon de toute éventuelle déviance.

Un livre dans lequel l’auteur a su non pas mettre du vinaigre mais du sel comme le dit aussi Montesquieu. Un livre qui tourne résolument le dos à la fiction pour nous renvoyer à la réalité.

« Le corps est le chantier de l’âme où l’esprit vient faire ses gammes. »

Je ne peux m’empêcher de faire référence à cette belle et énigmatique phrase prononcée au XIIème siècle par Hildegarde de Bingen – une grande figure spirituelle – reprise, à dessein, par François Cheng dans un ouvrage récemment paru.

Et comme lui, considérer qu’en toute âme humaine, ange et démon sont en cohabitation.

Le mot de la fin ou simplement un clin d’œil à cette promenade en pays passionnel.

 

Bernard Vadon

 

 

(1) Edilivre

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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