Le prochain président de la République sera t-il dans la lignée française ?

Publié le 18 Avril 2017

Le général De Gaulle et Gustave Flaubert, une idée commune : se placer humblement dans la lignée française.Le général De Gaulle et Gustave Flaubert, une idée commune : se placer humblement dans la lignée française.
Le général De Gaulle et Gustave Flaubert, une idée commune : se placer humblement dans la lignée française.

Le général De Gaulle et Gustave Flaubert, une idée commune : se placer humblement dans la lignée française.

 

Souvenons-nous :  « Moi, Président ! » l'injonction qu’il convient de comprendre en son sens littéral (« commander avec autorité ») plutôt que par extension (« je sais ce que l’honneur m’enjoint ») et qui marqua de façon plaisante la profession de foi de celui qui, dans quelques jours rendra - non sans substantielle contrepartie financière à l’instar de ses heureux prédécesseurs -  les clés du palais présidentiel dévolu à la République Française, incite à toutes les comparaisons dans le genre.

Une raison, peut-être aussi, pour expliquer le refus du partant à choisir la quille, comme on dit dans le jargon des casernes, plutôt que de rempiler, pour rester dans la note militaire.

Pas question d’en remettre des couches dans le spectacle électoral hallucinant - d’aucuns s’accordant sur sa spécificité de « rarement vu » - que nous proposent les candidats et pour certains nous imposent, obligeant nos yeux et nos oreilles saturés à contourner les kiosques à journaux pour éviter les titres racoleurs et à mettre à rude épreuve les télécommandes de téléviseurs et de radios pour en interrompre le son qui nous harcèle jusque dans nos voitures.

Vous avez dit saturation ?

Le titre du film américain de James B. Rogers (Say It Isn’t So) même s’il n’y pas forcément de cause à effet dans le scénario (quoique !) est évocateur. Traduction :

« Trop c’est trop ! ou : Dites-moi que je rêve ».

Autres temps, autres moeurs

Il ne suffit pas, dans la conjoncture pesante et inquiétante du moment, de s’en référer en permanence à une manière de penser et de gouverner autrement dimensionnelle.

Jean Dutourd, en son temps, avait eu le rare privilège de s’entretenir sur ces questions avec le Général De Gaulle dont l’idée qu’il se faisait de son pays n’avait effectivement rien à voir avec celle que certains s’évertuent à nous faire partager aujourd’hui. Même si le plus grand nombre s'en réclament.

Autres temps, autres mœurs.

Certes, mais si la forme a évolué au gré d’une modernité galopante et par trop envahissante au point de brouiller toutes les pistes du politiquement correct ( au sens grec du terme), le fond est, ou en tout cas devrait, rester immuable.

Cet homme – le général – qui avait représenté à lui seul la patrie et l’avait gouvernée ensuite (…) était complètement dépourvu de ces illusions niaises qu’ont les plus fins politiques, ou qu’ils feignent d’avoir.

Rien n’est poétique (donc rare) comme l’expression simple et réaliste d’un amour, remarquait Jean Dutourd qui ajoutait à ce propos :

Celui qui émanait de de Gaulle ne ressemblait guère au sentiment fade qu’il décrit dans les premières lignes de ses Mémoires où il dit qu’il imagine la France :

«Telle que la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs". »

Jean Dutourd poursuit son analyse :

« Pour user d’un langage plus dans sa manière, il avait un autre ragoût : à mon avis, c’était plutôt l’amour de Proust pour Albertine, de Des Grieux pour Manon, de Montriveau pour la duchesse de Langeais".

Explication :

Cela n’avait rien d’éthéré, de platonique, d’idéal au mauvais sens du terme, rien de mystique ou de béat. Pour lui, la France était quelque chose qui résistait, qui était opaque et changeant, qui avait un caractère et un destin, comme une créature vivante, qu’on ne modelait pas à sa volonté, qui vous faisait souffrir par ses tromperies et ses vices, que l’on aimait enfin parce qu’on ne pouvait faire autrement.

Et Jean Dutourd, comme s’il souhaitait modestement se faire pardonner ses comparaisons artistiques, se justifie non sans talent, en précisant qu’il n’en trouvait pas de meilleures pour faire sentir ce qu’il ressentait lui-même en écoutant le Général :

"Mieux encore qu’un homme racontant ses joies et ses mécomptes avec une femme, il me faisait penser à Flaubert tel qu’on le voit dans sa correspondance, se battant avec le vieux dragon qu’est la littérature, expliquant comment il lui a fallu tout un mois pour écrire quatre pages de L’Education sentimentale, énumérant ses travaux herculéens pour fabriquer une phrase ayant le balancement de celles de Montesquieu."

En clair, De Gaulle, se battait contre le vieux dragon qu’était la France.

Comme Flaubert s’était claquemuré dans son petit castel de Normandie loin de la vie littéraire parisienne, mais la considérant d’un œil d’aigle, il vivait dans son petit castel de la Champagne loin de la vie politique qu’il jugeait non moins souverainement.

Ermite de Croisset, ermite de Colombey, en manière de comparaison.

Selon Dutourd, la parenté était manifeste entre les deux hommes :

« En dépit de leur orgueil de solitaires, de leur austère amour de la gloire, de leur dédain des honneurs et de l’argent, l’un et l’autre avaient ceci de commun qu’ils se plaçaient humblement dans une lignée française ».

De quoi nourrir l'inspiration de nos candidats !

Et Dutourd de préciser encore :

"Flaubert n’ambitionnait de rang qu’à la suite des maîtres qui avaient travaillé notre langue jusqu’à en faire la plus civilisée de la terre. Pareillement, de Gaulle ne désirait qu’ajouter quelques actions à toutes celles qui avaient fait de la France la nation la plus étonnante de l’Histoire. Tous deux étaient pleins de vieilles recettes et de vieux principes français. Politique et littérature procèdent d’un identique patriotisme, même si ceux qui les exercent ne croient pas à la patrie et ne voient pas en elle rien d’autre qu’une occasion de travail bien fait (puissant moteur pour les artistes)."

Il semble que Flaubert, note Jean Dutourd, n’ait guère été patriote.

Pour cause, la politique l’assommait et il la trouvait futile. Mais il était enchaîné à la France par son art. Sans la France, sans la langue française, pas de Flaubert. Il n’aurait pu écrire Madame Bovary en anglais, ni même en patois normand.

En sorte et par analogie de pensée, sans la France, sans le passé français, pas de général de Gaulle.

En somme, rien de plus éloigné, comme on peut constater, de ce qu’on appelle aujourd’hui « la classe internationale ».

A la singulière prédiction de Louis XV :

« Après moi le déluge »

Le général répondit autrement, en ces termes et en conclusion, à son interlocuteur :

« La France, Dutourd, vous verrez, dans trois cents ans … »

Sous entendant que l’avenir est une belle chose puisqu’il était entre nos mains, que la France existerait longtemps, qu’elle était une idée, une âme en même temps qu’un corps.

Cela aussi c’était De Gaulle dont la ressemblance avec ceux qui voudraient s'en réclamer est manifestement fort sujette à caution !

 

Bernard Vadon

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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