Présidentielle Française : de Platon à Socrate ... ou l'art du mensonge.

Publié le 1 Avril 2017

Persuader n'est pas forcément convaincre ...

Persuader n'est pas forcément convaincre ...

 

Si Platon estimait que persuader n’était pas forcément convaincre, par voie de conséquence philosophique et par extension quant à y croire, on pourrait faire référence à Kant lequel enseignait combien la croyance est un fait de notre entendement susceptible de reposer sur des principes objectifs.

En ces temps de débats présidentiels, il serait singulièrement opportun de parler d’art de la persuasion dans la mesure où l’orateur - en l’occurrence les candidats - parvient précisément à nous convaincre.

Les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les font … surtout dans le monde de la politique dont la définition, rappelons-le quand même, est avant tout celle que donne le Littré, à savoir de gérer les affaires publiques. Avec, malheureusement, cette propension subtile sinon perverse à confondre habilement affaires publiques et affaires privées pour ne pas dire plus opportunément intérêts personnels. Voie ouverte, en passant, aux carriéristes.

Etant entendu, à ce propos, que la persuasion use naturellement de la séduction et, le cas échéant, de la sensibilité pour parvenir à un objectif pas forcément et honnêtement avoué.

Une démarche intellectuelle dévolue au rhéteur personnage clé habilité à enseigner l’art du bien dire en s’appuyant notamment sur des règles et des préceptes d’éloquence.

Autrement plus rationnel est effectivement l’art de convaincre dans la mesure où celui-ci nécessite avant tout de fournir des preuves et de faire appel à la raison.

Socrate, soucieux de s’en tenir à la nature des choses, figure comme un maître dans cet exercice où la difficulté consiste à solliciter l’assentiment de l’auditeur en usant, justement et comme on dit, d’une élaboration raisonnée sinon de concepts.

Pas aussi évident qu’il peut y paraître. Et pourtant !

Trêve de billevesées, dans le célèbre Gorgias, sorte de personnification de la rhétorique, Socrate soutient, mordicus, que cette dernière est un discours d’ignorant (pas moins !) dont les puissants se serviraient pour dominer les plus faibles. Tiens, tiens !

Pour une fois, la réalité est en phase avec le jugement fut-il on ne peut moins sévère et quelque part assassin.

En tout cas, un sujet de prédilection pour nos professeurs de philosophie un rien malicieux et par voie de conséquence un chemin sur lequel – souvenir, souvenir ! - les élèves avaient alors quelque appréhension à s’aventurer lorsque les autres sujets proposés n’apparaissaient guère plus convainquant.

 

Place au dialogue :

SOCRATE : - Tu prétends, Gorgias, être capable de rendre orateur quiconque veut bien s'instruire auprès de toi ?

GORGIAS : - Oui.

SOCRATE : - Au point de convaincre une assemblée sur n'importe quel sujet non pas en l'instruisant, mais en la persuadant?

GORGIAS : - Parfaitement.

SOCRATE : - Tu as même dit qu'en matière de santé, l'orateur est plus persuasif que le médecin.

GORGIAS : - Devant une assemblée, oui, je le maintiens.

SOCRATE : - Devant une assemblée, c'est-à-dire devant des gens qui ne savent pas; car, pour sûr, ce n'est pas devant des gens qui savent qu'il est plus persuasif que le médecin.

GORGIAS : - Tu as raison.

SOCRATE : - Ainsi, s'il est plus persuasif que le médecin, le voilà plus persuasif que celui qui sait ?

GORGIAS : - Assurément.

SOCRATE : - Sans être lui-même médecin, n'est-ce pas ?

GORGIAS : - Oui.

SOCRATE : - Celui qui n'est pas médecin ignore les choses que le médecin sait.

GORGIAS : - C'est évident.

SOCRATE : - Ainsi celui qui ne sait pas se montre, aux yeux des gens qui ne savent pas, plus persuasif que celui qui sait, lorsque l'orateur est plus persuasif que le médecin. C'est ce qui arrive ou non ?

GORGIAS : - C'est bien ce qui arrive, en ce cas du moins.

SOCRATE : - Et c'est également à l'égard de tous les autres arts que l'orateur et la rhétorique ont le même avantage : cela exige non pas qu'elle sache la vérité des choses, mais qu'on ait trouvé un procédé de persuasion permettant de passer aux yeux des ignorants pour plus savant que ceux qui savent."

 

CQFD … et avec un tel terrain de jeu électoral, on ne peut trouver meilleure illustration que ce dialogue écrit par Platon dont la finalité vise à l’étude de la valeur morale et politique de la rhétorique qu’enseigne précisément le sophiste Giorgias plus enclin à célébrer l’art du bien parler, par le biais de la rhétorique, alors que Socrate considère celle-ci comme la parfaite expression de l’art du mensonge.

Braves citoyens suivez, si m’en croyez, mon regard !

 

Bernard Vadon

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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