A Marrakech : Conférence-récital sur le thème :"La lune dans tous ses états" par Bernard Vadon et le pianiste Michel Chanard.

Publié le 22 Mai 2017

Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.
Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.
Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.
Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.

Une petite partie des invités entourant Michel Chanard et Bernard Vadon : "Je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qui aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes." Marcel Proust.

Elle nous fit l'immense et autant de joie que de venir chanter dans le décor de Dar Moulay Ali ( la Maison de France à Marrakech) . C'est la raison de ce choix unique et beau.

La lune est, en termes de distance, le corps céleste le plus proche de la terre. Nous pouvons la voir dans le ciel pendant trois semaines sur quatre et les terriens, pendant des milliers d'années, ont utilisé sa lumière pour se diriger dans l'obscurité. Voilà pour la forme, si l’on peut dire. (1)

Sur le fond, la personnification de la lune comme Déesse est quasi institutionnelle et toutes les sortes de légendes et de mythes plus fascinants les uns que les autres sont associés à la lune et à ses cycles.

Ainsi, la lune, lorsqu’elle pleine, semble avoir un effet sur les animaux mais aussi sur les personnes. En témoigne pour l’anecdote et à la rubrique des faits divers le fameux cas de Charles Hyde qui commit plusieurs crimes à Londres en période de pleine lune et inspira Robert Stevenson au travers du célèbre Mister Hyde.

Dans certains pays, un halo autour de la lune signifie que le mauvais temps arrive. C’est le cas dans le mien.

Enfin et pour rester dans la note fantaisie on dit que la première fois où l’on aperçoit une lune croissante pendant le mois il faut mettre des pièces de monnaie dans une poche et une autre partie dans l'autre poche ce qui aura pour conséquence de porter chance le mois qui suivra. Je ne l’ai pas encore vérifié !

Et je passe sur toutes les expressions et citations usant du mot ou si vous voulez de l’entité LUNE.

Mais la lune a aussi et surtout inspiré l’ensemble des disciplines artistiques dont évidemment la musique. Et cela, dans tous les genres : classique et variété.

Autant dire que les choix sont aussi (très) nombreux que variés.

On comprendra que la liste de circonstance de Bellini à Debussy en passant par Dvorak, Kruger, Duvernoy, Bortkiewitz, Onslow et surtout Beethoven n’est pas, loin s’en faut, exhaustive.

Simplement le temps imparti nous imposait un choix.

ANTON DVORAK

Avec son opéra « Rusalka » Anton Dvorak a servi les voix admirables de Renée Fleming, Anna Netrebko mais aussi Krtistine Opolais qui en février dernier donna au Métropolitan opéra de New-York une inoubliable interprétation de la pièce la plus connue de cette œuvre intitulée tout simplement : « la chanson à la lune »

Cette ode sublime est tirée du premier acte de Rusalka.

Le décor représente un lac dans lequel l’esprit des lieux est attiré à la surface par trois autres esprits des bois.

Rusalka – qui symbolise l’esprit des eaux dans la mythologie slave - fille d’un des esprits révèle à son père son amour pour un prince qui vient de temps en temps chasser au bord du lac et son souhait de se transformer en femme afin d’embrasser ce beau prince.

Malgré la désapprobation de son père, Rusalka invoque la sorcière Jezibaba qui lui conseille de s’adresser à la lune afin qu’elle serve d’intermédiaire dans la réalisation de son voe à une seule condition, son rêve accompli, elle n’aura plus l’usage de la parole

Une légende qui n’est pas sans rappeler celle de « La petite sirène » d’Andersen

En voici le joli texte :

« Petite lune si haute dans le ciel

Ta lumière transperce le lointain

Tu vas de par le vaste monde

Tu vas jusque chez les humains

Arrête-toi un instant

Dis-moi où est mon amour ?

Dis-lui, lune argentée

Que pour moi tu l’entoures de tes bras

Dis-lui qu’u moins un instant

Il se souvienne de moi en songe

Dis-lui que je l’attends

Eclaire-le là-bas, très loin

Et si j’apparais en songe à cette âme humaine

Fasse qu’elle s’éveille avec ce souvenir

Lune, ne te cache pas, ne te cache pas,

Lune ne te cache pas. »

WILLEM KRUGER

Avec « Vaga Luna » - mélodie de Bellini pour piano Op 6

Dans une adaptation de Wilhem KRUGER – pianiste et compositeur allemand (notamment 178 pièces diverses pour piano)

Une vision musicale originale du romantisme exprimée là aussi dans le texte :

Vaga luna, che inargenti / Belle lune, qui inargentes[1] (éclaire)

queste rive e questi fiori / ces berges et ces fleurs

ed inspiri agli elementi / et inspire aux éléments

il linguaggio dell'amor; / le langage de l'amour ;

testimonio or sei tu sola / tu es seule témoin

del mio fervido desir, / de mon fervent désir ;

ed a lei che m'innamora / et à celle qui me charme,

conta i palpiti e i sospir. / conte[2] mes frémissements et mes soupirs.

Dille pur che lontananza / Dis-lui aussi que l'éloignement

il mio duol non può lenir, / ne peut apaiser ma peine ;

che se nutro una speranza, / que si je nourris une espérance,

ella è sol nell'avvenir. / elle réside seulement dans l'avenir.[3]

Dille pur che giorno e sera / Dis-lui aussi que du matin au soir

conto l'ore del dolor, / je compte les heures de ma souffrance,

che una speme lusinghiera / adoucies par un espoir

mi conforta nell'amor. / d'amour.[4]

J.B DUVERNOY

Pianiste compositeur français de l’époque romantique J.B Duvernoy - connu pour ses études élémentaires destinées à améliorer la coordination des doigts – a tout simplement emprunté son thème au répertoire populaire connu du plus grand nombre :

« Au clair de la lune,

Mon ami Pierrot,

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot.

Ma chandelle est morte,

Je n'ai plus de feu,

Ouvre-moi ta porte,

Pour l'amour de Dieu. »

Un air qui aurait été faussement attribué à Lulli et qui a été écrite en 1790 sur l'air d'une contredanse en vogue quelques années auparavant intitulée "La Rémouleuse" puis "En roulant ma brouette".

Contrairement à son histoire cette chanson serait de préférence à classer parmi les refrains libertins en raison de son contenu. Par exemple, "battre le briquet" que l’on note dans le texte intégral exprimait à l’époque des ébats amoureux !

CLAUDE DEBUSSY

Avec Claude Debussy la lune est célébrée avec un extrait de la suite bergamasque (inspiré de la ville de Bergame en Italie et la singularité de la musique et des danses de cette région)

L’occasion de s’arrêter sur une touchante légende mettant en scène la lune et le soleil dont les rendez-vous ont été souvent évoqués dans des textes et des musiques.

Ainsi, le soleil dit un jour à la lune :

« Ma chère amie, nous avons beaucoup trop d’enfants qui nous causent bien du tourment, mangeons-les. »

« Je suis de votre avis, répondit la lune, mais ce serait trop horrible de manger ses propres enfants. Envoyez-moi chaque jour un des vôtres, et je vous ferai servir en retour un des miens. »

Le soleil accepta et la lune reçut, dés le lendemain, un des fils de son ami.

Elle n’y toucha pas mais l’arrosant d’une nouvelle sauce le renvoya au soleil qui, sans se méfier, croyant qu’il s’agissait d’un enfant de la lune, le mangea.

Ainsi, firent-ils tous les jours jusqu’à ce que le soleil perde dans ce marché de dupe tous ses enfants.

La lune, par contre, conserva tous les siens.

C’est pourquoi on peut voir, le jour, le soleil seul au firmament tandis que la lune, la nuit, est entourée de sa nombreuse progéniture d’étoiles.

Lorsque le soleil comprit la trahison de son amie, il s’élança furieux après elle et la poursuite continue encore de nos jours.

Une façon d’illustrer le comportement d’un révolutionnaire discret dont on a parfois dit qu’il songeait éveillé :

« Je ne révolutionne rien, je ne démolis rien. Je vais tranquillement mon chemin, sans faire la moindre propagande pour mes idées, ce qui est le propre des révolutionnaires. »

Tout au long de sa vie, dans sa riche et parfois savoureuse correspondance Claude Debussy en dépit de ses nombreux succès n’a cessé de répéter que la renommée ne l’intéressait pas alors qu’à quarante ans son opéra « Pelléas et Mélisande » le propulsait dans les honneurs :

"On s’obstine autour de moi à ne pas comprendre que je n’ai jamais pu vivre dans la réalité des choses et des gens d’où ce besoin invincible d’échapper à moi-même dans des aventures qui paraissent inexplicables…"

Le rêve, la traduction d’une impression en musique, l’anticonformisme, la recherche de la modernité telles sont quelques uns des aspects de l’univers debussyste sur lesquels se penche ce volet d’une vie et d’une œuvre attestant d’un itinéraire peu commun.

Une attention particulière est portée aux liens complexes de Debussy avec Mallarmé et Proust, à l’importance du symbolisme, des arts plastiques, au rôle que jouèrent dans sa vie comme dans son œuvre les femmes, l’amour, les salons.

A propos de ses « Images » Debussy parlait de musique de "couleur et de temps rythmés" et de « Pelléas et Mélisande » d’une chose qui cherche à échapper à toutes les formules. Laissant à ses "Nocturnes » le poids d’un mot traduisant les impression et la lumière".

La musique est un art libre affirmait le compositeur :

« Un art jaillissant, un art de plein air, un art à la mesure des éléments, du vent, du ciel et de la mer !" "Ah, je l’aime la musique, moi, passionnément et c’est par amour pour elle que je m’efforce de la dégager de certaines traditions stériles qui l’engoncent".

Philippe Cassard a enregistré une intégrale de l’œuvre pour piano de Debussy ainsi qu’un cycle de mélodies avec Nathalie Dessay.

Quant à Myriam Chimènes , Directrice de recherche au CNRS, et secrétaire générale du Centre de documentation Claude Debussy mais aussi Jean-Michel Nectoux , Conservateur général de L’Institut de Recherche sur le Patrimoine musical en France ils ont prêté leur précieux concours à l’organisation au Musée de l’Orangerie à Paris d’une exposition sur le thème :

"Claude Debussy la musique et les arts".

Un bel hommage auquel il faut associer d’autres noms prestigieux pour certains disparus mais toujours présentes dans les mémoires.

De Marguerite Long à Pierre Boulez en passant par Vladimir Jankelevitch (auteur du livre « Debussy et le mystère de l’instant » et Roland Manuel.

SERGE BORTKIEWITZ

Avec Sergueï BORTKIEWITZ pianiste « ukrainio- autrichien » dont le style n’est pas sans réappeler Frédéric Chopin et auquel on doit de nombreuses compositions et « impressions » dont 7 poèmes pour Verlaine qui a écrit ce beau et orignal poème intitulé « La lune blanche » :

« La lune blanche

Luit dans les bois ;

De chaque branche

Part une voix

Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,

Profond miroir,

La silhouette

Du saule noir

Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre

Apaisement

Semble descendre

Du firmament

Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

 

GEORGES ONSLOW

Georges ONSLOW était également inscrit à ce programme musical. Ses variations sur le thème traditionnel « Au Clair de la lune » n’était pas sans rappeler celui emprunté à la célèbre comptine par Jean-Baptiste Duvernoy.

Avec ce petit intermède littéraire de Victor Hugo :

« Quand la lune apparaît dans la brume des plaines,

Quand l'ombre émue a l'air de retrouver la voix,

Lorsque le soir emplit de frissons et d'haleines

Les pâles ténèbres des bois,

Quand le boeuf rentre avec sa clochette sonore

Pareil au vieux poète, accablé, triste et beau,

Dont la pensée au fond de l'ombre tinte encore

Devant la porte du tombeau,

Si tu veux, nous irons errer dans les vallées,

Nous marcherons dans l'herbe à pas silencieux,

Et nous regarderons les voûtes étoilées ;

C'est dans les champs qu'on voit les cieux !

Nous nous promènerons dans les campagnes vertes ;

Nous pencherons, pleurant ce qui s'évanouit,

Nos âmes ici-bas par le malheur ouvertes,

Sur les fleurs qui s'ouvrent la nuit !

 

Nous parlerons tout bas des choses infinies.

Tout est grand, tout est doux, quoique tout soit obscur !

Nous ouvrirons nos coeurs aux sombres harmonies

Qui tombent du profond azur !

 

C'est l'heure où l'astre brille, où rayonnent les femmes !

Ta beauté vague et pâle éblouira mes yeux.

 

Rêveurs, nous mêlerons le trouble de nos âmes

A la sérénité des cieux !

 

La calme et sombre nuit ne fait qu'une prière

De toutes les rumeurs de la nuit et du jour,

Nous, de tous les tourments de cette vie amère

Nous ne ferons que de l'amour !

 

LUDWIG VAN BEETHOVEN

Une œuvre maîtresse s’imposait en conclusion de ce voyage musical et littéraire en terre de lune en compagnie prestigieuse de Ludwig Van Beethoven et de la sonate au clair de lune (N°14 opus 27)

Une sonate que le maître dédicaça à la comtesse Giulietta Guicciardi, dont il était amoureux et qu'il ne put épouser car les parents de la belle s’y étaient opposés.

Beethoven, dépité, aurait alors, dit-on, composé cette sonate comme une marche funèbre caractéristique par sa tonalité en ut dièse mineur. Un dépit et un deuil pour singulariser ce mariage avorté.

Le style sinon la forme ne sont pas ceux d'une ballade poético-romantique reproduisant le lent balancement d'une barque de deux amoureux au clair de lune comme on pourrait l’imaginer mais plutôt celui d'une marche funèbre dans la tradition des conventions qui se sont progressivement constituées au XVIIe et au XVIIIe siècles.

Les triolets devant se jouer plus discrètement, les anacrouses sont pointées et le rythme est à deux temps et non plus à quatre pour respecter la version musicalement correcte.

En tout cas c’est la position soutenue par les partisans de la thèse de la marche funèbre.

Finalement, ce n’est pas Beethoven mais un poète du XIXe siècle, un certain Ludwig Rellstab, qui donna à cette sonate le nom - apocryphe - de "clair de lune" au prétexte (le sien !) qu'il imaginait dans le premier mouvement "une barque au clair de lune" voguant sur un lac suisse.

Tous les pianistes ou presque l’interprétèrent sous cette appellation alors que cette sonate dans sa composition initiale rappelle clairement une marche funèbre !

(1), EN BREF

Michel Chanard élève de Pierre Barbizet. Il est actuellement titulaire du grand orgue de l’église Saint Jean Baptiste à Bagnols sur Cèze (dans les environs d’Avignon en France)

Premier prix d’excellence – piano – au concours musical de France.

Il s’est spécialisé dans l’accompagnement de nombreux solistes dont le trompettiste Bernard Soustrot, les soprano Adina Aaron et Valéria Florencio, Catherine Dominguez, le ténor Patrick Garay avec lequel il a enregistré divers CD.

Il accompagne également des chœurs dont le Madrigal de Nîmes et a effectué des tournées à l’étranger. Enfin, il a composé une « Messe Brève ».

Bernard Vadon journaliste et écrivain. Auteur de chansons et d’une douzaine de livres. La musique est son « hobby » et tout est prétexte pour la célébrer et la partager. Simplement pour le plaisir. Avec quelques amis, il s’est aussi lancé, non sans difficultés financières, dans le projet fou et compliqué de la restauration de l’orgue de l’église de Marrakech installé en 1956 par la mythique et référencée islamologue Denise Masson. Plus qu’un défi, un devoir de mémoire.

 

(1) Depuis 10 ans à Marrakech et en France ils proposent des conférences récitals sur des thèmes originaux et variés.

A ce dernier récital conférence, on notait, parmi la trentaine d’invités, M. Eric Gérard, consul général de France à Marrakech et son épouse Véronique ; M. Christophe Pomez, directeur délégué de l’Institut Français à Marrakech.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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