Présidentielles en France : la dernière (et certainement pas la moins affligeante) séance avant le verdict des urnes !

Publié le 6 Mai 2017

Au saint des saints républicains se rejoignent toutes les ambitions politiques... L'eau, la nature et surtout  l'Elysée convoité mais un sujet essentiel sinon vital est singulièrement passé aux oubliettes : l'environnement et le climat. On croit rêver !
Au saint des saints républicains se rejoignent toutes les ambitions politiques... L'eau, la nature et surtout  l'Elysée convoité mais un sujet essentiel sinon vital est singulièrement passé aux oubliettes : l'environnement et le climat. On croit rêver !

Au saint des saints républicains se rejoignent toutes les ambitions politiques... L'eau, la nature et surtout l'Elysée convoité mais un sujet essentiel sinon vital est singulièrement passé aux oubliettes : l'environnement et le climat. On croit rêver !

 

Ce n’est pas faire offense à Eddy Mitchell que d’emprunter, comme on dit, le titre éponyme (« La dernière séance ») d’un de ces albums qui donnera par ailleurs son nom à une mythique émission de télévision dans laquelle le cinéma américain fut en particulier célébré.

Dans un autre domaine, à l’occasion de la dernière et certainement pas la moins affligeante séance, politique celle-là, de l’actuelle campagne présidentielle, les candidats auraient pu – il est trop tard et de toutes façons aucun n’est en mesure sur le fond d’égaler certains prédécesseurs dont pourtant ils se réclament - s’en référer à Sénèque et singulièrement à son propos intitulé « De la Providence » :

« Le choc de l’adversité n’altère pas une âme vaillante : elle maintient son caractère et c’est elle qui communique aux événements sa couleur, car son pouvoir est plus grand que celui de tous les objets extérieurs. »

TRIOMPHE SANS GLOIRE

Tout consiste à s’interroger sur la gloire du sage stoïcien – qui, lui, n’est pas prétendant au trône républicain - affrontant les difficultés de la fortune.

Retour aux deux candidats en lice pour s’accorder sur le fait que leur combat ressemble plus à un appel contradictoire avec l’appel stoïcien incitant à l’humilité qu’à la critique récurrente de l’orgueil. Bref.

Corneille, dans le Cid, le déclamait plus explicitement jusqu’à en faire aujourd’hui un proverbe :

« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! »

Dans le genre, lors de ce dernier rendez-vous, les français ont été servis.

Un combat électoral qui n’avait rien à voir – très loin s’en faut - avec celui des gladiateurs de l’Antiquité.

Aujourd'hui, la guerre, par la volonté des « start-up », est subtile et pernicieuse. Trompeuse parfois. Les internautes ne se privèrent pas de réagir lors de ces dernières joutes.

En effet, les incontournables réseaux sociaux ont été mis à feu et à sang et, à ce stade d’exaspération, tous les dérapages, on le sait, sont permis.

Les journalistes chargés de mener un débat ennuyeux au possible ont été rapidement débordés, incapables de casser une ambiance détestable.

Où sont passés, dans les années 70, les grands échanges entre d’authentiques personnalités présentant une autre stature que ceux que l’on nous soumet aujourd’hui. De vraies idées et des projets de sociétés souvent mâtinées de références littéraires ou philosophiques.

Vous avez dit niveau ?

Aujourd’hui, cette hargne sourde et malsaine est complaisamment relayée sur les plateaux de télévision et dans les studios de radio où le syndrome du scoop est obsessionnel.

Dans un contexte de conflit larvé où tous les coups, comme précédemment les dérapages, sont permis et où tout ce qu’on lit, on entend ou l’on voit, est hallucinant de mauvaise foi. Où les sondeurs jouent à leur façon les perturbateurs endocriniens.

Quant au front républicain vous repasserez.

IDENTITES MEURTRIERES

En cet instant de réflexion désintéressée de détresse psychologique, à l’instar d’une grande majorité de français politiquement déboussolés, je suis revenu sur une analyse ancienne et finalement intemporelle retrouvée dans mes archives.

Je faisais alors référence – certains de mes lecteurs s’en souviennent peut-être - à l’académicien franco-libanais Amin Maalouf (auteur entre autres ouvrages des « Identités Meurtrières ») qui se confiait à un magazine d’obédience africaine.

Ses confidences étaient révélatrice du malaise, pour ne pas dire des malaises, qui agitent aujourd’hui la planète et au passage en ces temps de présidentielles « notre cher pays » (comme disait le général De Gaulles) avec un maître-mot, le dérèglement, plus assimilable au désordre que le changement émanant plutôt d’une modification due à des causes diverses et plus évolutives.

Vous me suivez toujours ?

En tout cas, le constat de l’auteur d’ « Un fauteuil sur la Seine » se révélait terrible et sans appel.

Amin Maalouf évoquait librement une époque, selon ses propres mots :

«Entre paradis et enfer, fascinante et angoissante ».

Son analyse était autrement révélatrice du mal profond qui affecte les sociétés actuelles :

« Le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficile toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est en lui-même le symptôme d’une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d’une longue pratique de l’irresponsabilité. Pour moi, le dérèglement du monde tient moins à la guerre des civilisations qu’à l’épuisement simultané des civilisations, l’humanité ayant atteint en quelques sorte son seuil d’incompétence morale. Ce constat est parfois difficile à vivre. »

ORPHELINE

Difficile de ne pas s’en référer à nouveau à Charles De Gaulle, un homme d’exception – qu’on le veuille ou non – dont aujourd’hui, plus d’un politique pour ne pas dire de politicien (appellation autrement péjorative et néanmoins plus en phase avec cette catégorie de professionnels de plus en plus rejetés par l’opinion) entend se réclamer et qui devrait méditer cette petite phrase du général :

« Pas de rayonnement dans la confusion, ni de progrès dans le tohu-bohu. »

Suivez à nouveau mon regard et dont acte à l’attention, (ou à l’intention) de toutes celles et de tous ceux qui se réclament de la philosophie gaullienne et dont la France est aujourd’hui singulièrement orpheline.

Ceux-là seraient bien inspirés de se pénétrer de ces petites réflexions à l’emporte-pièce dont raffolait le général :

« Ma nature m’avertit, mon expérience m’a appris, qu’au sommet des affaires on ne sauvegarde son temps et sa personne qu’en se tenant méthodiquement assez haut et assez loin. Quant au plus difficile ce n’est pas de sortir de l’X mais de sortir de l’ordinaire ».

On pourrait compléter la liste par les grandes structures bancaires, par exemple.

Et cela, au détriment d’une certaine idée de la France que nos prétendants actuels au poste suprême - n’en déplaisent à leurs soutiens et autres alliés du moment - sont à des années lumière de représenter.

Bernard Vadon

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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