171 ans à deux ou l'incroyable vitalité d'un couple de scientifiques octogénaires !

Publié le 15 Septembre 2017

Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.
Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.

Un parcours exceptionnel qui n'a pas manqué d'attiser l'appétit et la curiosité des médias.

 

 

 

 

Le Docte     Eric Kandel – Prix Nobel de physiologie ou de médecine en 2000, excusez du peu – et son épouse Denise Bystryn Kandel, totalisant à eux deux la bagatelle de 171 ans (87 ans pour Eric et 84 ans pour Denise) forment un couple - depuis 60 ans -  qui n’est pas seulement un banal modèle du genre (les centenaires ou ceux qui s’approchent du chiffre mythique sont de plus en plus légions) mais qui répond à la réflexion d’Albert Camus lorsqu’il affirmait que le sens de la vie est la plus pressante des questions, en écho, peut-être,  à celle de Nietzsche estimant, pour sa part, que celui (ou celle) qui possède un pourquoi qui le fait vivre peut supporter tous les comment.

 

En témoigne le cri de guerre de ce couple pas tout à fait comme les autres mais qui, au demeurant, pourrait faire des émules : « On n’abandonne jamais ! ».

 

Une singulière appétence à la vie pour Eric Kandel, spécialiste de biologie de la mémoire à l’Université Columbia de New-York qui partage sans modération ce goût de la vraie vie avec son épouse, professeur d’épidémiologie au sein de la même entité universitaire.

 

Inutile de dire que leur parcours exceptionnel n’a pas manqué d’attiser la curiosité des médias et non des moindres à commencer par l’incontournable « The New York Times » dont les journalistes ont eu l’idée, pour le moins insolite, de leur demander de quelle façon ils passaient  leurs dimanches.

Effet garanti et surprise à la clé pour ce qui est d’Eric Kandel qui consacre son temps, excepté les dimanches, à la rédaction de ses ouvrages mais aussi à ses recherches en neurosciences pendant que Denise travaille sur l’étude du comportement des enfants hyperactifs.

Le relationnel – avec leurs proches et les amis – constituant une sorte de liant intellectuel et social auquel s’ajoute un sens toujours entretenu de la curiosité et de tout ce qui fait de la vie un merveilleux perpétuel.

 

Bons vivants ?

Certes mais la table constitue aussi et selon eux un facteur de santé capital même si les Kandel font l’impasse sur le pain (eh, oui !)  mais en contre partie ne se privent pas du plaisir de déboucher une bonne bouteille de bon vin. Millésimé tant qu’à faire.

Un geste sinon une commensalité (ou convivialité) et pourquoi pas un hédonisme bien compris qui n’exclue pas la règle fondamentale préconisant une nourriture saine et frugale.

 

Ce qui ne fait pas l’affaire des marchands de pilules aux fausses vertus toutes confondues allant de l’inutile complément alimentaire au somnifère en passant par le miraculeux paracétamol.

Glissons sur les fameux génériques et autres placébos.

Ce raisonnement ne concernant, évidemment, que les personnes n’ayant pas maille à partir avec une santé par trop fragilisée ou souffrant d’affections graves.

Quoique …  

En effet, le docteur Kandel s’est donné pour mission de décoder les mécanismes fondamentaux de la mémoire en étudiant les neurones de l’aplysie un mollusque gastéropode à corps nu, répandu dans toutes les mers du globe – que Darwin comparait à une aubergine ! – et qui respire par des branchies visibles dorsalement et formant une sorte de buisson.

Le docteur Kandel et ses collaborateurs ont constaté que l’aplysie possédait un réflexe de retrait identique à celui du chat ce qui, par la suite, a conduit à une autre  compréhension neurobiologique de l’habituation et de la mémoire.

Considéré comme l’un des plus éminents neuroscientifiques sur la planète, il est à l’origine de la théorie moderne des neurosciences modernes.

Grâce à elle, le docteur Kandel a démontré que nous apprenons non pas en modifiant nos neurones mais en renforçant ou en créant de nouvelles synapses (ou connexions entre neurones). La découverte des mécanismes complexes et fondamentaux sous-jacents à ce processus vital, à savoir le rôle déterminant des gènes dans l'élaboration des synapses, a permis d’affirmer que les gènes modifient notre cerveau, en réaction à l'environnement, tout comme ils donnent forme au corps et à ses constituants.

Les gènes et l'environnement interagissant en permanence.

 

Des découvertes importantes qui valurent à Eric Kandel de partager, en 2000, le prix Nobel de physiologie-médecine avec Arvid Carlsson, de l'Université de Göteborg en Suède, et Paul Greengard, de l'Université Rockefeller aux Etats-Unis.

Humaniste convaincu

 

La conception « connexionniste » des neurosciences étant établie, elle apporta la preuve que le cerveau est un organe plastique, c'est-à-dire un ensemble de connexions entre neurones et aires cérébrales qui évoluent.

 

Pour reprendre les termes du neurobiologiste Joseph Ledoux, de l'Université de New York :

« Nous sommes qui nous sommes à cause de ce que nous avons appris et de ce dont nous nous souvenons ! » 

Une affirmation accompagnée de preuves.

 

En humaniste convaincu, lecteur autant de Proust que de Pavlov, le docteur Kandel insiste sur le fait que nos pensées et nos émotions émergent de mécanismes biologiques qui n’entament en rien la magie de la mémoire :

 

« Évidemment que l'esprit est un produit du cerveau ! Comment pourrait-il en être autrement ? » assure, non sans humour, l’espiègle et sympathique docteur.

 

Aussi, je ne résiste pas à l’envie de reprendre l’interview qu’Eric et Denise Kandel accordèrent aux journalistes du « New-York Times », reprise dans la lettre en ligne d’un communiquant médical et à laquelle je suis abonné.

A s’en inspirer, sans aucune modération, en méditant au passage cette réflexion de la journaliste-écrivaine Françoise Giroud :

« Si vieillir, c’est se désintéresser devenir indifférent, ce malheur là m’est épargné.

 

A la manière, pourrait-on, dire du couple Kundel.

Démonstration :

 

Une heure de sommeil en plus

« Denise et moi nous réveillons habituellement à 6 h 30, mais le dimanche nous ne sortons du lit qu’entre 7 h 30 et 8 h. Au lieu de dormir huit heures, nous dormons neuf heures. Ainsi, nous nous levons bien reposés et prêts à partir. »

 

Petit-déjeuner

« Nous prenons notre petit-déjeuner, le même depuis cinq ans : un demi-pamplemousse chacun, une tasse de café et un bol de porridge (flocons d’avoine cuits) tout en lisant le journal. »

 

Sport

« J’ai fait du sport toute ma vie. Je pense que l’activité physique est bonne pour la mémoire, le corps et l’état mental. De plus, c’est amusant. Pendant la semaine, je nage. Le samedi je joue au tennis et le dimanche je fais de la musculation à la maison. Je commence avec des étirements d’épaules sur le sol puis je fais vingt « pompes » et quinze minutes de marche sur un tapis roulant. Ensuite, mon entraîneur Chris vient et me fait faire pendant une heure encore de la musculation et du stretching. »

 

Joie des salles de bains séparées

« Après le départ de notre entraîneur, nous nous habillons pour la journée. Denise et moi avons chacun notre propre salle de bains, ce qui a deux avantages : je ne la dérange pas avec mes affaires de toilette quand je les laisse sur le lavabo et nous pouvons prendre notre douche simultanément et ainsi être prêts au même moment. »

 

 

Déjeuner léger

« À midi, nous mangeons léger. Par exemple, une banane, un yaourt ou un potage de légumes. Nous aimons manger à la maison. Ma femme cuisine très bien et j’ai une belle collection de bouteilles de vin. Cela nous permet de mieux contrôler ce que nous mangeons. »

Passion partagée

« Denise et moi partageons la passion de l’art et après le repas, nous allons souvent au musée. Je suis viennois, et j’aime beaucoup la Neue Gallerie (elle a été ouverte en 2009 par Ronald S. Lauder pour exposer des œuvres allemandes et autrichiennes du XXème siècle)

La collection d’art de maîtres autrichiens comme Klimt et Kokoschka est limitée mais passionnante. Si nous ne sommes pas à la Neue, nous allons au Met, au Museum of Modern Art ou à la galerie Guggenheim. Parfois, nous visitons deux musées. »

Marcher ensemble

« Nous rentrons ensuite à la maison avant de retourner marcher à travers le Riverside Park.  Un endroit qui est absolument magnifique qui me rappelle certains des plus beaux parcs d’Europe. Parfois, nous marchons main dans la main, mais nous profitons toujours de cette promenade pour parler de nos travaux respectifs. Elle étudie la façon dont les enfants sont confrontés à la drogue.

Comme je suis souvent en train de jongler entre plusieurs projets, je lui demande son opinion sur ceux sur lesquels je devrais me concentrer le plus. Elle me donne d’excellents conseils. »

Dîner en famille

« De retour du parc, Denise met le repas en route et notre petite-fille Libby, qui étudie à Columbia, passe parfois pour dîner avec nous. Régulièrement, notre fils Paul et sa femme Emily se joignent à nous également. À 19 heures, nous prenons place à table dans la salle à manger.

Au menu, une salade verte, un poisson grillé et des légumes à la vapeur.

Nous ne mangeons pas de pain mais nous prenons parfois du riz.  Sans oublier d’ouvrir une bonne bouteille de vin. »

 

Participer

« Je ne suis pas bon cuisinier aussi c’est moi qui fais la vaisselle depuis que nous sommes mariés. Je nettoie la cuisine et je sors les poubelles. »

 

Ensemble

« Vers 21 heures, Denise et moi reprenons nos études respectives. Nous travaillons environ une heure. En général, je reprends l’écriture d’un article ou d’un livre.

Certaines personnes se détendent en regardant la télévision. Moi, je me détends en écrivant.

Nous nous retrouvons ensuite au lit vers 22 h 30.

Nos emplois du temps, comme notre relation, sont ainsi parfaitement bien synchronisés. »

 

Qui ne signerait pas un aussi captivant contrat avec pour objectif une existence d’une richesse aussi exceptionnelle.

Un peu dans la mouvance de ce que disait Mère Térésa à propos du bonheur :

 

« La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter. »

 

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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