A Marrakech : "Cosi fan tutte" ou "Ainsi font-elles toutes ! "

Publié le 8 Septembre 2017

Ici, le blanc est la couleur maîtresse tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ... (ne pas manquer l'illustration musicale exceptionnelle ci-dessous de "Soave sia il  vento" avec notamme,t Renée Fleming.
Ici, le blanc est la couleur maîtresse tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ... (ne pas manquer l'illustration musicale exceptionnelle ci-dessous de "Soave sia il  vento" avec notamme,t Renée Fleming.Ici, le blanc est la couleur maîtresse tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ... (ne pas manquer l'illustration musicale exceptionnelle ci-dessous de "Soave sia il  vento" avec notamme,t Renée Fleming.
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Ici, le blanc est la couleur maîtresse tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ... (ne pas manquer l'illustration musicale exceptionnelle ci-dessous de "Soave sia il vento" avec notamme,t Renée Fleming.

Renée Fleming dans une interprétation inoubliable ...

 

 

Quand la Dame de Ferrare fait escale musicale inopinée dans une maison de rêve à Marrakech.

 

 

Peut-on imaginer décor aussi beau qu’insolite par son architecture défiant d’une certaine façon, et aux yeux du néophyte que je suis, les plus élémentaires lois de la gravité sinon tout simplement de l’équilibre dans la traduction de ces lignes bétonnée et pourtant gracieuses que soulignent des pans impressionnants de lumière discrètement tamisés par de gigantesques baies vitrées.

Une sorte de vision féérique à l’image d’un conte cathartique. En somme, l’’approche du merveilleux qui agit telle une thérapie et dissout miraculeusement toutes pensées négatives. Au moins le temps de quelques  mesures mozartiennes empruntée, excusez du peu, à l’un des opéras-bouffe du grand maître viennois : « Cosi Fan Tutte » (Ainsi font-elles toutes).

 

RAFFINEMENT EXTREME

Deux improbables paons de couleur aussi immaculée qu’insolite, importés des campagnes romaines se glissent de leurs pas chaloupés entre les massifs où le blanc virginal des fleurs fait à sa façon le spectacle.
Vous avez dit paradisiaque ?

Mais non, vous n’êtes pas dans l’excès des mots et des verbes.

Le soleil qui décline du côté de l’Ouest donne au décor le vertige de couleurs crépusculaires.

Les plus belles sinon les plus accessibles à la sérénité.

La maison est singulièrement offerte au jardin qui la prolonge dans les reflets d’un immense plan d’eau aux teintes fluides où se marient, par la magie de l’eau, la multitude des essences environnantes avec une prédominance de bronze.

Sans transition, outre une subtile et discrète différence entre l’intérieur et l’extérieur, le salon impressionnant par ses volumes se met aussi en scène dans une féérie visuelle de gris et de blanc que soulignent de discrètes touches et lignes noires.

Ici, quelques meubles dont une sculpturale chaise d’origine malgache et des fauteuils profonds fondus dans la nébulosité ambiante, regroupés, pour quelques-uns, autour de longues tables basses en bois pétrifié.

Là d’inattendues jantes récupérées sur une mythique Bentley du siècle passé et transformées en tables basses après avoir été soumises, via l’imagination débordante de Souad Rachou, à un traitement pictural personnalisé.  

Un raffinement extrême à la mesure de cette musique - interrompant soudain la conférence nocturne d’une escouade de batraciens bavards et croassant – et qui soudain, venue de nulle part, ajoutent leurs notes savamment associées pour inventer un monde pas tout à fait comme les autres.

Ici aussi le blanc est la couleur virginalement maîtresse tant à l’extérieur dans une sorte de délire floral où la rose blanche évidemment prévaut, qu’à l’intérieur où les fragiles plantes herbacées de la famille des Liliaceae, autrement et plus familièrement nommés, lys – blancs évidemment – dont  les tépales (trois sépales et trois pétales) qui la composent dispensent un parfum singulier au même titre que les non moins délicats gardénias blancs aux effluves amoureux et élégants.

Au loin, par-delà ce parc soigneusement entretenu, ne sacrifiant pas à une nature qui ne demande ici qu’à s’exprimer, se devine, à travers les hautes futaies et les graciles phénix frémissant dans le vent léger du soir, le Haut Atlas impérial sous la lumière rasante, et qui semble renvoyer en écho subtil les mesures du somptueux sextuor de « Cosi Fan Tutte »:

« Heureux l'homme qui prend toute chose du bon côté et, à travers toutes les vicissitudes, se laisse guider par la raison… »

 

Souad Rachou, l’heureuse et sympathique propriétaire de cette oasis qui mérite bien son nom par le fait de la réalité quasi désertique qui l’entoure  (Marrakech n’est-elle pas désignée comme étant  la porte du désert ?) serait à même de faire sienne cette formulation masculine.

Ce havre de paix, elle l’a conçu et nourri de ses idées manifestement novatrices. Une maison très personnelle pensée avec un rare souci du détail et néanmoins de la précision technique par Souad dans les moindres détails. Jusqu’à cette domotique omniprésente qui ne fait qu’ajouter à une modernité discrète mais bien efficiente.

Souad Rachou, un surprenant et frêle personnage faussement fragilisé par la grâce d’un élégant physique empreint de féminité mais qui cache étrangement une personnalité affirmée et volontaire. En fait, la résultante d’une vie qui ne fut pas toujours un long fleuve tranquille.

Même si à présent le destin lui semble maîtrisé et tout à son avantage.

Un bout de ce chemin partagé avec ses souvenirs en attestent.

Il y a néanmoins dans ce bout de femme, à laquelle il n’est point besoin d’en promettre, comme de l’Alexandra David-Néel, l’exploratrice aux multiples et nombreux talents.  Aux nombreuses facettes.

Je ne peux m’empêcher, à ce propos,  de penser au nom qu’Alexandra donna à sa villa de Digne-les-Bains, en France :

« Samten Dzong » autrement dit : « La Résidence de la réflexion. ». Lhssah au Tibet n’est pas loin !

 

Il y a trois façons de vivre, affirmait la célèbre exploratrice :

« Par les sens, par la raison ou l’esprit et par le sentiment … je suis ce qui fut, ce qui est et ce qui sera et nul n’a jamais levé mon voile … »

Tiens, tiens, n’y aurait-il pas un peu de Souad Rachou dans ces propos énigmatiques ?

 

AMPLEUR ET SOMPTUOSITE

Mais revenons à notre soirée musicale :

Beethoven reprochait à Mozart d'avoir commis cet ouvrage auquel Wagner vouait une sympathie, disait-on,  « navrée ».

Pas très charitable !

Gommée un temps de l’affiche, l’œuvre revint plusieurs années après sur le devant de la scène. Notamment grâce Richard Strauss, admirateur inconditionnel de Mozart, qui l'imposa à Munich, puis à Berlin et à Vienne. Juste retour des choses.

Bien qu'elle ne manquât pas d'arias très élaborés pour chacun des rôles principaux, la partition est remarquable par l'enchaînement de ses ensembles à deux, trois ou quatre voix. Le tout d’une ampleur et d'une somptuosité sans équivalent dans l'art lyrique, selon les critiques. Appréciation à laquelle nous adhérons.

En effet, les personnages bouillonnent de vie et s'expriment avec une vérité sans pareille, alors que l'orchestre traduit une expressivité et une élasticité remarquables, particulièrement les instruments à vent, volubiles et souples comme autant de personnages de théâtre.

 

Étrange chose que « Cosi fan tutte »… estimait un « mozartien » en puissance qui posait la question de savoir :

« Demandez à un mélomane quel est de Mozart son opéra préféré, il répondra, sans trop d’hésitation, « Don Giovanni » ou « La Flûte Enchantée » ; parfois, «  Les Noces de Figaro ». Le mozartien, lui,  affirmera presque immanquablement qu’il choisit « Cosi Fan Tutte ». Comme s'il se trouvait ici une sorte de cœur secret, mieux de code secret. Comme si cet opéra-bouffe, par son apparente légèreté, son livret étrangement systématique et sa théâtralité un peu raide, incarnait toute la complexité et la profondeur de Mozart. »

 

TRAGIQUEMENT LEGERE !

Certes, cet opéra ne possède pas la puissance dramatique d’un « Don Giovanni » ou encore  l'efficacité théâtrale des « Noces de Figaro » sinon la magie de « La Flûte Enchantée ». Il n’empêche que Mozart a composé l'une de ses musiques les plus subtiles, les plus nostalgiques et paradoxalement les plus tragiquement légères :

« Sous couvert de gaieté se cache toujours une brisure, une plaie, qui donne à l'œuvre une divine amertume. »

La première heure de l'opéra compte peut-être parmi les chefs-d'œuvre de la musique occidentale, tous genres confondus, car un ange semble s'être posé sur Mozart tandis qu'il composait le magnifique et émouvant trio « Soave sia il vento. »

 

Nous n’avions pas, l’autre nuit en ce lieu inhabituellement beau et impressionnant, volontairement et à dessein égaré dans la campagne de Marrakech,  des Haneke, Sellars et autre Patrick Chéreau qui trouvèrent, chacun à leur manière reconnaissons-le,  le ton et la mesure de cette œuvre décriée par les uns ou honorée avec raison par d’autres. 

Il fallait une auteure encore plus imprégnée de ce que Mozart a souhaité insuffler dans cette œuvre originale au sens de l’innovation.

Ainsi, l’hiver dernier, à l’opéra Garnier de Paris, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker  a su, quant à elle, capter le côté atypique en s’appliquant à compléter sur scène la partie vocale et orchestrale (avec l’orchestre de l’Opéra national placé sous la direction de Philippe Jordan) par l’adjonction au chanteur  d’un danseur.

Effet garanti ; et par la magie de la mémoire, il était facile de ressentir, dans ce superbe décor de facture résolument contemporaine,  toute la dimension d’une œuvre entièrement au service du coeur et  de sentiments d’une extrême complexité que parfois le vital organe conoïde génère.

A ce titre, il m’a également été difficile de ne pas éprouver une intense émotion en me remémorant le merveilleux film de John Schlesinger – « Sunday Bloody Sunday » (« Un Dimanche comme les Autres ») avec au générique la grande Glenda Jackson aux côtés de Peter Finch et de Murray Head.

Dans sa lyrique magnificence, « Soave sia il Vento », thème du sublime trio dans « Cosi Fan Tutte », les  réunit et les déchire en même temps dans une sorte de sublime célébration mozartienne.  

 

 

Bernard VADON

 

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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